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Ile Maurice: Le riche parcours du doyen de la presse


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

27 Mars 2008
Publié sur le web le 27 Mars 2008

Philip Li Ching Hum
Port Louis

Né en 1928 à Port-Louis, d'un fils d'immigrants, Poon Yow Tse, plus connu sous le nom de Poon Yune Lioung, est le doyen de la presse écrite. Trilingue (anglais, français et mandarin), ses services sont souvent sollicités comme interprète et traducteur.

Aujourd'hui, cet octogénaire, toujours lucide, observe la société d'un oeil critique car il est un témoin privilégié de la transformation du pays, tant sur les plans culturel, politique, commercial et social. De nature taciturne, il est devenu philosophe avec le temps. Il passe son temps à lire et à écrire. Sa maison de style ancien témoigne de son amour pour la lecture : ses livres, vieux journaux et revues de presse jaunis par le temps, s'entassent pêle-mêle. Il mène une vie simple et ascétique. Souvent il se laisse aller dans ses pensées philosophiques.

Poon Yow Tse a goûté à une enfance heureuse malgré des conditions difficiles. Son père, figaro à la rue La Rampe, lui a toujours inculqué l'importance de l'éducation, une arme redoutable pour grimper l'échelle sociale. Son engouement pour le mandarin s'est développé à la Chinese Middle School où il a été élevé. À l'âge de 17 ans, ses parents l'envoient en Chine pour se plonger dans la culture chinoise. Entre-temps, la Deuxième Guerre Mondiale éclate. Une expérience exaltante pour ce jeune mauricien de découvrir Meixian, la terre de ses ancêtres. En 1949, il s'inscrit à l'Université de Tsing Hua. Il éprouve de la fierté d'être à cette université prestigieuse chinoise car parmi les old boys se trouvaient Zhu Rongi (l'ancien Premier ministre) et Hu Jing Tao (l'actuel président de la République Populaire de Chine). Aussitôt rentré à Maurice, Poon voulait se joindre au service diplomatique pour servir le pays mais la chance ne lui a pas souri. Il sera enseignant à son Alma Mater (la Chinese Middle School).

Au bout de deux ans, tenté par l'aventure et ayant le sang des Hakka dans ses veines, il met le cap vers la Grande-Bretagne. Il part avec deux amis : Clifford Ng Kwet Chan et Raymond Foo Kune en 1955 à bord du bateau Jean Laborde. Le voyage de quatre semaines était enrichissant à travers le Canal de Suez, avec plusieurs escales avant de gagner Marseille. Ensuite ils sont à Paris pour prendre le ferry pour traverser La Manche pour Douvres. Un choc culturel. Loin de son pays natal, il se sent perdu dans le brouillard londonien. Il voulait être mathématicien. Sa santé commençait à se fragiliser, ruinée par la fatigue et les privations. Il travaillait comme plongeur à la Battersea Power Station. Pendant la Noël, il prit de l'emploi comme facteur pour joindre les deux bouts. Il grelottait. Au bout de deux ans, il décide de mettre fin à cette aventure. Pragmatique, il regagne son île natale pour reprendre son poste d'enseignant de mandarin. Mais le destin frappe encore une fois : la Chinese Middle School ferme ses portes pour devenir ensuite une école pour les cours du samedi. Il prend de l'emploi à la New Chinese Commercial Paper jusqu'à sa fermeture. Il devient interprète dans une usine hong-kongaise à Floreal.

Aujourd'hui il se consacre à The Mirror (un hebdomadaire de la presse chinoise). Il collabore à deux autres journaux, à savoir le China Times et Sino News. Malgré son âge, Poon garde toujours la forme et lui seul en a le secret. Il se lève très tôt le matin par une marche vers La Citadelle. Aujourd'hui Poon se sent un homme comblé. Sa fille, Moy Chin, après ses études de droit à Toulouse exerce comme avoué à Maurice. Son fils aîné, Jing Kwang, détient une maîtrise en ingénierie des Etats-Unis. Il a travaillé à Silicone Valley et se trouve désormais en Chine où il effectue des recherches. Jing Tung a complété un degré en informatique au Canada et y travaille. Tandis que le benjamin, Jing Xian, a étudié l'architecture à Bordeaux. Poon Yow Tse va laisser ses empreintes indélébiles à travers ses articles de presse et sa contribution, si modeste soit-elle pour l'épanouissement de la culture chinoise et la dissémination du mandarin à Maurice.



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