La Tribune (Algiers)

Algérie: Pluralisme syndical - Quand syndicalisme rime avec islamisme

Faouzia Ababsa

29 Mars 2008


Il a fait partie du groupe de travail qui s'était penché sur l'avant-projet de loi relatif aux libertés syndicales. Il y représentait l'UGTA dans la commission mixte du temps du gouvernement de Mouloud Hamrouche. Il, c'est le secrétaire général de l'Union générale des travailleurs algériens sortant.

Abdelmadjid Sidi Saïd siégeait, en effet, dans cette commission et avait carte blanche pour faire des propositions sur ce qui allait désormais devenir la loi relative à l'exercice de l'activité syndicale. Fort de la confiance qu'avait mise en lui Abdelhak Benahouda, Sidi Saïd, en concertation avec sa hiérarchie syndicale, n'a pas hésité à introduire un article au texte consacrant le pluralisme syndical.

L'article 5 introduit par le représentant de la plus importante organisation syndicale du pays stipulait que le libre exercice de l'activité syndicale était garanti à toutes les personnes, quelle que soit leur appartenance politique (conformément à la Constitution de 1989 que Chadli Bendjedidi avait fait adopter par référendum au lendemain des événements du 5 octobre 1988). Un amendement accepté par les représentants du gouvernement de l'époque dans le fond, mais qui supprimèrent l'appartenance politique ou religieuse. Cet article a permis justement la création de syndicats autonomes (par rapport à qui et à quoi -on ne le sait pas encore), à l'image du Syndicat national du personnel de l'administration publique et du Syndicat islamique du travail. En introduisant cet amendement (qui, soit dit en passant, le gouvernement n'avait pas jugé d'intégrer une disposition dans le même sens à la lumière de la nouvelle loi suprême du pays), l'UGTA était loin de se douter qu'elle allait contribuer à donner naissance à un monstre, en l'occurrence le Syndicat islamique du travail (SIT). Un syndicat appendice du Front islamique du salut qui avait profité de la déliquescence de la Centrale syndicale à l'époque pour rameuter les employés vers lui. Ce fut le cas notamment dans les administrations publiques.

Ce syndicat avait qualifié les travailleurs en grève les 12 et 13 mars 1990 à l'appel de l'UGTA de membres de l'OAS (Organisation armée secrète). En somme, le SIT n'avait pas hésité à cracher dans la soupe, ignorant qu'il devait son existence à ces mêmes membres de l'OAS organisés au sein de l'Union générale des travailleurs algériens. Voulant mettre en application la ligne politique du FIS, le SIT ne demandait pas moins que le retour des femmes, rendues responsables, derrière leurs fourneaux pour absorber le chômage. Le SIT a d'ailleurs été largement suivi par l'APN, qui avait par la suite discuté de la taille du bâton avec lequel l'époux devait battre son épouse. Donc, une véritable guerre (non armée) entre l'UGTA et le SIT s'est déclarée. En juin 1991, le SIT mobilise ses troupes et appelle à une grève générale, largement non suivie, contrairement à ce qui a été dit et écrit à l'époque. Pour rameuter ses troupes et tenter de réussir la grève, le SIT n'a pas hésité, lui qui prône le libéralisme à outrance, à reprendre à son compte les revendications légitimes des travailleurs telles que la lutte contre le FMI, le plan de restructuration de l'économie algérienne, etc. L'UGTA se devait alors de riposter en se réunissant autour de la table de négociations pour arracher quelques acquis. Il fallait contrer le SIT et rien ne devait se mettre au devant de la Centrale syndicale, dirigée par Abdelhak Behamouda. Jusqu'au jour où les services de sécurité décident de «donner l'assaut» aux grévistes du SIT qui, toujours sur son injonction, donna des instructions d'occuper toutes les grandes places publiques en installant des tentes où furent réunis femmes et enfants.

La suite des événements fut désastreuse, puisque l'Algérie se verra engloutie dans la spirale de la violence. L'UGTA se place à l'avant-garde de la lutte antiterroriste. Ni le Syndicat national du personnel de l'administration publique ni les autres syndicats dits autonomes n'ont osé affronter les islamistes extrémistes. Seule l'UGTA en paiera un lourd tribut en enterrant plus de 300 de ses membres, lâchement assassinés. Cependant, quelques années plus tard, les responsables de la Centrale syndicale ne regrettent rien. Celle-ci ne fera pas son mea-culpa de l'article 5 ayant permis la création du SIT et d'autres syndicats autonomes. Ces derniers ne cessent de tirer à boulets rouges sur l'UGTA, lui reprochant d'être un appendice du pouvoir. Même les augmentations arrachées par la Centrale dans la fonction publique ne sont pas arrivées à atténuer l'animosité que vouent ces organisations sectorielles, au demeurant, à la première organisation syndicale du pays.

Abdelmadjid Sidi Saïd reste quand même serein.

Il n'est pas contre l'unité des travailleurs, puisque c'est l'un des principes fondateurs de l'UGTA.

Il refuse de faire dans l'exclusion et ne cache pas son souhait de voir un jour l'UGTA et les autres syndicats autonomes faire front en commun. L'idée de la création d'une confédération syndicale commence d'ores et déjà à trotter dans son esprit.

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