29 Mars 2008
Port Louis — Des Anjouanais ont manifesté jeudi pour réclamer l'extradition du colonel rebelle. L'armée les a refoulés à coups de gaz lacrymogène.
Le président d'Anjouan, une île des Comores, sera jugé samedi en comparution immédiate devant le tribunal de Saint-Denis de La Réunion, a déclaré hier le procureur de la République de Saint-Denis, François Muguet. Le colonel Mohamed Bacar sera présenté à la barre du tribunal correctionnel avec 22 autres militaires qui l'ont accompagné dans sa fuite de l'île d'Anjouan. Tous ont été mis en examen pour «entrée irrégulière sur le territoire français et infractions à la législation sur les armes de guerre : importation, transport et détention», a précisé le procureur, ajoutant que «la peine encourue est de cinq ans».
Le président d'Anjouan a pris la fuite vers Mayotte mardi après avoir été délogé par une opération militaire de l'Union africaine. Jeudi, des forces militaires de La Réunion ont prêté main forte aux autorités de Mayotte, avec pour mission de ramener Mohamed Bacar en Transall pour être remis entre les mains de la justice. Dès son arrivée dans la nuit de jeudi à vendredi, le colonel et 22 militaires ont été placés en garde à vue à Saint-Denis. Le choix de la comparution immédiate des 23 hommes s'est imposé pour «satisfaire à la fois à la demande légitime des autorités des Comores et des autorités françaises» et participer «au rétablissement de la paix à Mayotte», a expliqué François Muguet. Jeudi soir, à Mayotte, le transfert du colonel Bacar vers La Réunion a provoqué de violentes manifestations faisant plusieurs blessés.
Ce que souhaite la France
Les comparutions immédiates devraient débuter à 11 heures ce matin. Mohamed Bacar pourra cependant «demander un délai supplémentaire de quinze jours au tribunal» pour préparer sa défense, a ajouté le procureur. La demande d'asile politique du colonel Bacar «ne rentre pas en ligne de compte», a encore précisé François Muguet. Le procureur suit la procédure puisqu'il assure également ne pas avoir «de mandat d'arrêt de la part des Comores sur son bureau».
Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a déclaré hier que des discussions étaient engagées sur une possible extradition du colonel Mohamed Bacar, ex-homme fort d'Anjouan. Interrogé sur France Inter, Hervé Morin a répondu : «On verra bien. M. Bacar est à La Réunion et maintenant des discussions sont engagées.» Il a par ailleurs affirmé que l'intervention des troupes de l'Union africaine pour chasser d'Anjouan le colonel putschiste et ses fidèles «correspond à ce que souhaite la France». «La France souhaite que les Africains prennent en main les conditions de leur stabilité, les opérations de maintien de la paix.»
Le gouvernement comorien n'a pas reconnu la réélection en mai 2007 de l'homme fort d'Anjouan, qui avait fait un coup d'Etat en 2001 avant d'être élu président en 2002. Bacar revendiquait depuis l'indépendance de l'île.
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