Port Louis — L'étude que réalise le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est arrivée à sa phase cruciale. Celle où les recommandations devront être approuvées par l'Etat mauricien. Une étape que les différents protagonistes sont confiants de pouvoir franchir avec succès tant les partenaires du PNUD dans cet exercice colossal que sont le ministère mauricien de la Sécurité sociale et le Mauritius Council of Social Services (MACOSS) ont témoigné de leur soutien pour ce travail.
Lancée en juillet 2005, soit près de trois ans de cela, l'étude est arrivée au stade des propositions. Suivra celui de l'accord avant la mise en pratique des recommandations. Mais, déjà, dans ses grandes lignes, le rapport soumis par les experts du PNUD semble faire l'unanimité. La ministre de la Sécurité sociale a ainsi affirmé son appréciation du travail accompli. Un travail scientifique auquel ont participé des spécialistes étrangers et qui répond aux principes d'une expertise participative. Tous les principaux partenaires de la société civile ont ainsi pu participer à l'exercice.
Sous le titre «Strengthening of the NGO Sector in Mauritius» (Renforcer le secteur des ONG à Maurice), l'étude s'articule autour de quatre axes : la révision du cadre légal, celle de la politique générale, le partenariat ONG, secteur privé et gouvernement et enfin le programme de renforcement des ONG. La première phase de collecte d'informations et de rencontres est en voie de réalisation en cette année 2008 alors que la deuxième phase s'étend jusqu'à 2009-2011 lorsque les recommandations seront mises en pratique.
Avant d'en arriver là, il faut d'abord rappeler que jusqu'ici, même s'il y a une reconnaissance formelle du travail effectué par les ONG, il n'en demeure pas moins qu'il n'existe pas de politique gouvernementale cohérente et transparente par rapport à PNUD ces ONG. Cette situation a permis à un certain clientélisme d'émerger. L'absence d'un cadre légal a contribué à la confusion générale. Lorsqu'on connaît les difficultés en termes de compétence dont souffrent les ONG, on mesure tout le travail qu'il reste à abattre.
«Les défis aujourd'hui sont grands pour
les ONG. Tout n'est pas qu'une question
de sous. C'est aussi une question
de perception et d'appréciation du
travail abattu par elles. La reconnaissance
de ce travail témoigne d'une certaine
compréhension des problèmes
sociaux et des solutions qui
peuvent être apportées.»
Pourtant ni les volontés ni les compétences ne manquent. Déjà, l'Etat investit quelque Rs 300 millions annuellement pour répondre aux besoins de la communauté. Le secteur privé, à travers ses 100 compagnies les plus profitables, participe à hauteur de Rs 80 millions dans cette entreprise. D'où la nécessité d'une nouvelle cohésion, d'un dialogue structuré et d'une hiérarchisation.
La société de consultants StraConsult souligne, dans un rapport remis dans le cadre de cet exercice, l'importance d'un «partenariat stratégique entre l'Etat, le secteur privé et les ONG où leurs investissements humains et financiers profitent pleinement au développement économique et humain».
Afin d'insuffler ce nouveau dynamisme, il est nécessaire d'harmoniser et de rationaliser le secteur des ONG. Plus concrètement, cela implique des procédures d'enregistrement plus transparentes, la mise en place des mécanismes appropriés rendant plus fluides les relations de travail entre les ONG, l'Etat, les institutions donatrices de fonds et les autres partenaires.
De la même manière, il importe que la circulation des informations se fasse dans des conditions optimales permettant une meilleure utilisation des ressources et un plus grand partage des expériences. La création d'un NGO Policy Council est également préconisée. Cet organisme sera responsable de coordonner la mise en pratique de la politique générale avec la collaboration du ministère de tutelle et le secteur des ONG. De manière générale, ce conseil traitera de toutes les questions liées aux ONG.
David Moore, de l'International Center for Not-for-Profit Law (ICNL), explique, pour sa part, que la réforme vise prioritairement à assurer une procédure d'enregistrement transparente, à améliorer le mode de fonctionnement des ONG, à assurer la bonne gouvernance, à garantir des critères objectifs dès qu'on évoque la notion d'intérêt public et à rendre redevables les parties concernées dont les ONG. Renforcer les ONG, explique-t-il, permet également à l'Etat de partager sa responsabilité et sa fonction dans la gestion des services publics. C'est un nouveau partenariat qui se dessinera avec la réforme du secteur des ONG entre celui-ci, l'Etat et le public.
Les défis aujourd'hui sont grands pour les ONG. Tout n'est pas qu'une question de sous. C'est aussi une question de perception et d'appréciation du travail abattu par elles. La reconnaissance de ce travail témoigne d'une certaine compréhension des problèmes sociaux et des solutions qui peuvent être apportées. Les ONG ne sont pas des structures qui oeuvrent dans le seul esprit philanthropique, véritables partenaires du changement social, elles participent à la transformation des citoyens dans le processus de prise en charge.
C'est aujourd'hui la raison pour laquelle une action est nécessaire afin que les ONG soient mieux organisées pour pouvoir lever des fonds, développer et gérer des projets, mettre en place des systèmes de gestion de leurs finances, améliorer leurs compétences en communication et enfin travailler selon des mécanismes qui les rendent redevables. Ce sont autant de défis qui ne concernent pas que les seules ONG.
Définition
â- L'exercice entrepris par l'UNDP en collaboration avec les autorités mauriciennes a permis, entre autres, de parvenir à une certaine définition du secteur des ONG. Une définition, dans un tel contexte, n'est pas un acte académique. Elle vise à rendre opératoire le concept des ONG dans une société qui souvent assimile le secteur à l'amateurisme et à l'à-peu-près. La définition que préconisent les ONG elles-mêmes se lit ainsi : une ONG est une association indépendante politiquement et financièrement qui ne peut être influencée dans son action, qui aspire à travailler avec plus de professionnalisme, à fonctionner en réseau et qui participe activement au processus de prise de décision.
Les ONG mettent l'accent sur un changement soutenu et profitable à la société. Le financement obtenu par elles procède de l'appréciation de son travail. Les ONG partagent des valeurs solides et encouragent la participation des femmes et des jeunes dans le secteur.
Financement public
â- Les sources de financement pour les ONG ne sont pas multiples. Les subventions obtenues de l'Etat constituent une source importante. Or il existe de nombreux problèmes à ce niveau dont un manque de transparence, de contrôle, de suivi, de professionnalisme et souvent des décisions politiques arbitraires. Afin de surmonter ces obstacles, une loi rendant transparentes les subventions est essentielle. La réalisation d'un code de bonnes pratiques sert le même objectif. Le financement public doit aussi s'effectuer en fonction d'une hiérarchisation des priorités. A cet effet, les appels d'offres demeurent une option à considérer.
Des appels d'offre soumis à des règles précises dont un délai de trente jours pour y répondre, l'ouverture des dossiers devant un comité et la communication autour du choix de l'ONG qui bénéficiera du financement. Ces pratiques sont nécessaires dans le contexte mauricien où une certaine critique fait état des financements qui ne répondent pas à des conditions objectives. Des dirigeants, des divers gouvernements, n'hésitant pas dans certains cas à diriger des financements vers des partisans voire à des proches.
QUESTIONS à Carlo Merla
«Project Manager» de l'étude du PNUD
Etes-vous confiant que les recommandations de l'étude seront mises en pratique ?
Nous sommes effectivement arrivés au stade où il faut l'accord du gouvernement pour aller de l'avant. Et nous sommes plus que confiants de pouvoir avancer dans le bon sens tant le soutien de la ministre de la Sécurité sociale a été jusqu'ici total. La réforme du cadre légal devrait donc suivre pour donner une nouvelle impulsion aux ONG.
Vous avez le soutien du gouvernement. Etes-vous satisfait de celui des autres partenaires ?
Nous avons eu des discussions multilatérales. Les ONG, la société civile au sens large du terme, le secteur privé ont tous participé activement au projet. L'objectif est la professionnalisation du secteur des ONG et cela passe, entre autres, par l'investissement dans les compétences et dans la formation, soit le «capacity building». Nous avons, à ce niveau, fonctionné comme des facilitateurs pour identifier des programmes qui tendent en ce sens.
Nous avons contribué à mettre en réseau les différents partenaires en vue d'une action qui soit cohérente et davantage efficace. Ces partenaires sont, entre autres, le MACOSS, l'organisme qui oeuvre pour les groupes vulnérables, l'IVTB, le secteur privé, l'Empowerment Programme, les différents ministères concernés et bien d'autres protagonistes.
â-è Vous avez parlé de formation. Comment se fera-t-elle? Est-ce qu'on ne va tomber à nouveau dans la théorie ?
Nous avons déjà effectué une sélection de 45 ONG qui vont suivre un programme de capacité building. Il s'agit autant de formation que d'action. Je peux vous assurer que ce ne sera pas académique du tout. Il importe de fournir les outils aux ONG pour qu'elles puissent développer une stratégie claire, une bonne gouvernance interne et de la transparence. Des experts étrangers participeront au programme.
Le défi est d'intéresser le gouvernement et le secteur privé pour que du capacity building, nous puissions passer à une structure qui comprend les études sociales et la recherche. Il est essentiel de développer une conception du social plus élargie dans le sens où des compétences professionnelles vont oeuvrer afin de répondre aux besoins du pays.
Lors de vos rencontres avec les ONG, avez-vous senti de leur part une attente en particulier ?
C'est manifestement ce besoin de professionnalisme. Il n'y a pas la seule ambition de devenir des professionnels mais qu'une certaine perception change à l'égard du social. Les ONG espèrent une reconnaissance du travail social. Elles souhaitent que ce ne soit plus considéré comme un bénévolat. Cela est vrai à travers le monde. On rattache le social au bénévolat. Il faut changer cette vision d'un secteur qui est animé par des personnes qui donnent un peu de leur temps. L'esprit du volontariat doit demeurer mais il faut aussi que les gens puissent vivre de leur travail.
L'Etat et le secteur privé sont-ils prêts à s'engager dans cette voie ?
Jusqu'ici l'Etat et le secteur privé se sont signalés à travers un engagement formel. On ne sentait pas un engagement dans les faits. Aujourd'hui, il y a davantage d'intérêt pour réformer le secteur des ONG. Des différentes rencontres qu'on a eues, on a pu se rendre compte que nos interlocuteurs saisissent mieux l'importance du social. C'est ce qui explique que la réforme sera possible et qu'elle surmontera les éventuelles résistances au changement.
Pour mettre toutes les chances de notre côté, nous visons la formation des fonctionnaires pour qu'ils puissent mieux comprendre l'importance des ONG et des partenariats à long terme entre ONG et secteur privé. Une stratégie à long terme se met graduellement en place.
Quelle est l'importance des ONG dans le monde d'aujourd'hui ?
La société civile en général, formelle et informelle, doit participer au processus de prise de décision. Le monde est devenu plus complexe, d'où la nécessité de s'assurer de la participation de tous. Les ONG remplissent une fonction d'intermédiaires. Elles évoluent dans un cadre flexible et peuvent aller là où l'Etat ne peut aller.

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