Alger — Scénario kényan en perspective
Le pouvoir Mugabe chancellerait-il après 28 ans à la tête de l'ex-Rhodésie britannique ? Quatre jours après les élections générales au Zimbabwe, les résultats se font toujours attendre. Et l'impatience est à son comble, faisant régner une ambiance de crise. Le scénario kényan est dans toutes les mémoires. Délivrés au compte-gouttes par une commission électorale accusée par l'opposition de favoritisme, les résultats semblent avoir du mal à s'afficher. Bien que, pour les législatives, l'opposition au président Robert Mugabe soit créditée d'une légère avance, c'est le black-out en ce qui concerne la présidentielle.
L'opposition, menée par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), aurait supplanté le parti de Mugabe avec plus d'un quart des sièges de députés. L'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique, parti au pouvoir, vit des heures sombres. Les Zimbabwéens attendent les résultats définitifs et n'arrivent pas à croire en une débâcle du «père de la nation». Mais les tergiversations des organisateurs à rendre publics les résultats risquent d'enclencher une flambée de violences similaires à celles du Kenya en décembre. Le parti d'opposition MDC n'a pas attendu les résultats définitifs. Il a revendiqué la victoire à la présidentielle, assurant que son candidat, Morgan Tsvangirai, l'avait largement remportée avec 60% des suffrages contre 30% à Robert Mugabe. Une autre source a donné des estimations dans le même sens : une coalition d'associations civiles donne le leader de l'opposition gagnant, mais avec 49,4% des voix contre 41,8% à l'homme fort du Zimbabwe. L'éventualité impliquerait un second tour dans trois semaines.
Le cafouillage dans la communication des résultats démontre une véritable panique au sein des instances dirigeantes zimbabwéennes. Pour l'opposition, il ne fait aucun doute : la commission électorale retarde délibérément l'annonce des résultats dans le seul but de gagner du temps. Et, de ce fait, les manipuler en faveur de Mugabe à la tête de l'Etat depuis 1980. Les pressions internationales commencent à se faire sentir. Et c'est sans surprise que l'Union européenne, Londres et Washington, qui n'apprécient pas particulièrement Mugabe, ont exigé une publication «sans retard» et impartiale des résultats définitifs.
Près de 5,9 millions de Zimbabwéens étaient invités à élire leurs président, députés, sénateurs et conseillers municipaux. Et c'est la première fois dans l'histoire du pays que cela est organisé en un scrutin unique. Robert Mugabe, 84 ans, le plus vieux président africain en exercice, lorgne un 6ème mandat. Une aberration pour le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, qui accuse le vieux leader d'être la cause de la situation catastrophique que vit le pays. Le Zimbabwe, pays d'Afrique australe, est en proie à un dantesque marasme économique. L'inflation dépasse le chiffre surréaliste de 100 000% par an.

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