Séraphine SOME
2 Avril 2008
opinion
L'Union africaine et les Forces armées comoriennes, appuyées par la France, ont déployé, la semaine dernière des troupes à Anjouan, une île des Comores, et ont chassé le président Mohamed Bacar du pouvoir.Cette opération qui visait à instaurer la démocratie sur l'île risque d'entraîner des conséquences négatives qui pourraient jouer sur l'unité des pays africains.
Imposer la démocratie aux Etats africains, serait-il la nouvelle mission de l'Union africaine (UA) ? On est tenté de croire que oui, au regard des derniers événements qui se sont déroulés à Anjouan, une île des Comores.
Avec l'appui matériel de la France, l'UA y a envoyé ses troupes aux côtés des forces comoriennes pour chasser du pouvoir Mohamed Bacar dont l'élection à la présidence en 2007 avait été jugée caduque par le Conseil constitutionnel des Comores et l'UA pour cause d'irrégularités. L'opération dénommée "Démocratie aux Comores" a été un succès puisse que l'homme fort d'Anjouan a abandonné son trône pour d'abord se réfugier avec vingt-trois de ses hommes à Mayotte, une île française, ensuite à la Réunion, une autre île de l'Hexagone où il a été assigné en résidence après qu'il ait demandé l'asile politique. En effet, il n'y a pas eu de pertes en vie humaine ni de dégâts matériels importants. Le vice-président des Comores, Ilikou Dhornine assure l'intérim à Anjouan, en attendant que des élections démocratiques soit organisées. L'opération, la première du genre, initiée par l'UA, aussi petite soit-elle, au regard du nombre de soldats déployés (environ 1 500), de la superficie de l'île et de sa population (200 000) peut toutefois se révéler être un précédent dangereux.
Doit-on comprendre que désormais l'Union continentale usera de la manière forte pour obliger les Etats africains à se mettre au pas de la démocratie ? Démocratie qui, bien qu'étant considérée comme le meilleur type de gouvernance, doit être soumise au choix des populations.
Il apparaît impossible que l'UA puisse s'ériger en gendarme de la démocratie, parce qu'elle risque d'intervenir dans les affaires intérieures des pays, toute chose que les chefs d'Etat, voire les peuples ne toléreront pas toujours.
Prioriser la voie pacifique
L'organisation pourrait être confrontée à la résistance des populations ou de forces nationales, ce qui n'est pas souhaitable à cause des dégâts matériels et des décès qui peuvent en découler. Or, cela ne fait pas partie de ses objectifs qui sont entre autres de préserver la paix et booster le développement du continent. Et même si l'UA est déterminée à poursuivre dans la même direction, en imposant la démocratie de gré ou de force aux Etats, elle court le risque d'entamer l'unité des pays du continent déjà fragilisée par les conflits récurrents et les intérêts égoïstes des dirigeants. Pour être logique avec elle-même, il faudra qu'elle mette un terme au système de pouvoir à vie, à la modification des constitutions qui permet à certains chefs d'Etat de se maintenir au pouvoir. A ce propos, plusieurs pays membres de l'Union se retrouveront dans l'illégalité. A moins qu'elle n'applique la politique de deux poids deux mesures, une voie ouverte à la dislocation à terme de l'Union. En revanche, si Anjouan a été le théâtre d'une opération d'imposition ponctuelle de l'Etat de droit, alors l'histoire retiendra un traitement inégal de l'UA par rapport aux pays africains.
L'organisation doit certes travailler à la promotion de la démocratie qui permet aux populations de choisir librement leurs dirigeants. Mais l'usage de la force en dehors du maintien de la paix et de la protection des hommes ne saurait être la solution.
Des moyens plus souples existent pour décourager les putschistes tels que l'embargo, l'isolement politique, les dénonciations des abus et autres manÅ"uvres illégales. Réussir déjà cela n'est pas rien !
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