La Prospérité (Kinshasa)
2 Avril 2008
Kinshasa — Bunia a été le théâtre des atrocités incroyables durant les quelques années qui viennent de s'écouler. Les gens restent jusqu'à présent perplexes sur le fait que des êtres humains en sont arrivés à un tel degré de cruauté et de barbarie comme celui atteint en Ituri en général et à Bunia en particulier.
Ce qui s'est passé en Ituri n'avait pas manqué d'interpeller les bonnes volontés sur le plan international, lesquelles avaient vite mis sur pied la MONUC, qui est leur mission au Congo. L'intervention musclée de celle-ci en Ituri a rendu possible le retour de la paix en cette partie de la R.D.C ; cela est indéniable. Malheureusement, c'est également en Ituri que cette mission des Nations Unies donne le spectacle d'un dysfonctionnement de son administration qui a fini par attirer l'attention et le discrédit dans la population Congolaise au point que celle-ci questionne désormais son autorité morale de faire le monitoring du respect des droits de l'homme et de ses tentatives pour ramener dans les moeurs politiques et économiques du pays la dignité humaine. En effet, comment donner des leçons à des gens lorsque soi même on est coupable des mêmes péchés ? Le cas des agents de la sécurité de Bunia est une illustration du cynisme et du manque de scrupules dont les administrateurs de la MONUC ont fait preuve dans leur traitement des personnes humaines et dans l'accomplissement de la mission leur confiée par la communauté internationale.
Au plus fort de l'escalade de la violence en Ituri, le conseil de sécurité de l'ONU décide de renforcer sa présence en R.D.C. et de passer au chapitre 7 qui stipule l'utilisation de la force en cas de nécessité pour rétablir la paix en Ituri. Les agents expatriés de la MONUC ne pouvaient pas assurer eux mêmes la sécurité dans les installations de la mission à Bunia, à savoir au quartier général, à la base logistique, et à l'aéroport. Il leur faut un personnel d'appoint. Ils se décident de recruter localement et ils sélectionnent pour cela après des tests d'usage quelques 70 hommes et femmes qui doivent travailler dans des conditions d'une extrême tension. Ils sont placés sous le statut de travailleurs journaliers et perçoivent un salaire de 3 dollars américains par jour.
Les Recrutés font très vite preuve de beaucoup de zèle et de loyauté envers l'organisation, parfois au mépris de leur intégrité physique. En effet, leurs superviseurs internationaux leur font miroiter la possibilité d'obtenir un contrat qui ferait d'eux des membres locaux du Personnel de l'ONU, statut très prisé en raison des avantages qu'offre ce type de contrat. Ils vont payer le grand prix pour cela. Non seulement qu'ils sont considérés comme traîtres par les miliciens qui se mettent à les traquer ; mais aussi ils sont obligés de les trahir réellement en dénonçant à leurs supérieurs des plans qu'ils ourdissent contre les membres de la mission. (Plusieurs contingents ont été ont été informés des attaques projetés contre des convois, des installations de la mission en avance par ces agents). Ils ont pu ainsi sauver beaucoup des vies humaines des fonctionnaires de la mission par leur action. Mais ils ont payé un grand prix. Il y a eu deux de leur qui ont été tués durant cette période trouble de l'Ituri à cause de leur appartenance à la mission. Mr Butege Meme le 30 Octobre 2003 et Mr Chandi enlevé et porté disparu jusqu'à ce jour, donc considéré comme mort illustrent bien notre propos. D'autres ont été objets de menace et même des attentats parce qu'ils travaillaient pour le compte de la mission. Le 13 Mars 2004, Malobi Ndetsu a eu son domicile pillé de fond en comble et lui même s'en est tiré de justesse avec une balle dans le pied sans grande conséquence pour sa vie. Un autre, Simon Kiza a été attaqué également le 19 Juin 2004 par des hommes armés non autrement identifiés qui l'avait sommé par des tracts de quitter son boulot de la MONUC quelques jours auparavant. Plus proche de nous, le 31 Décembre 2007, les agents de la sécurité MONUC avaient risqués leur vie devant des hommes armés qui avaient investis la base logistique de la MONUC à Bunia afin d'y voler.
Avec des tels témoignages, on aurait attendu de la MONUC une reconnaissance plus prononcée pour ces actes de courage et d'abnégation. La loyauté de ces jeunes gens méritait plus. Nous nous serions attendus à l'octroi de contrat de travail plus avantageux et la reconnaissance pour services rendus au risque de leur vie. La loyauté et la reconnaissance sont des vertus que la hiérarchie de la MONUC ne cultive pas.
Ils étaient 70 au début, les responsables du service de sécurité à la MONUC ont octroyé à une dizaine le fameux contrat d'agent de nations unies et ont laissé les 60 autres dans un statut dont l'ambiguë contour mérite d'être clarifiée. En effet, ils avaient commencé avec le statut de travailleur journalier leur permettant à peine de se payer le loyer et la nourriture durant une dizaine des jours par mois. Un des responsable de ce service, un français nommé Alain Amori trouva la situation de ces travailleurs trop misérable pour des gens ayant rendu des services aussi importants à la mission. Il demanda qu'on améliore leur ordinaire. Les administrateurs décidèrent alors de recourir à une société de gardiennage de Kinshasa pour les y verser. Dans celle-ci, la condition de nos soixante héros empira. Ils ne touchent plus que deux dollars au lieu de trois des débuts par jour et d'une manière irrégulière alors que la MONUC versait son dû à la société chaque mois à temps. Le même Amori résilie ce contrat avec la société de gardiennage et les remet au régime des travailleurs journaliers avec un salaire de 7 dollars par jour. Il promet aux agents de s'investir pour que leur statut soit changé et qu'un contrat leur soit donné. Un éclairci dans leur ciel obscurci par tant des déboires semble se confirmer lorsqu'on leur assigne un badge avec bande jaune commun à tous ceux qui ont le contrat avec l'ONU et il leur semble que les avantages matériels et financiers y afférents allaient naturellement s'en suivre incessamment. Erreur une nouvelle fois. Les bonnes personnes semblent avoir une longévité mitigée dans des administrations pareilles. Alain Amori ne réussit pas à convaincre l'administration et il entre dans une dissension suffisamment grande pour démissionner. Deux ou trois jours plus tard, après le prometteur changement de badge de ces agents, ils sont sommés de venir les rendre et d'accepter le badge vert et le salaire leur octroyé par Mr Amori (une bonne personne) demeure inchangé. Les mauvaises personnes ont fini par imposer leur vue sur cette affaire. Mr Amori s'en va et la situation de nos soixante agents reste sombre et peu claire. Le badge vert qui leur est donné et qu'ils gardent jusqu'à présent est celui qui est attribué normalement aux personnes ayant ce qu'on appelle 'contrat individuel' avec la MONUC. (L'ONU ne les compte pas parmi son personnel). C'est celui aussi que l'on attribue à aux agents travaillant pour des sociétés liés par un contrat à la MONUC pour un service donné. A quelle catégorie appartiennent ces agents ? C'est la question que tout le monde se pose.
Cet éclaircissement est nécessaire et a son importance. S'ils ont le contrat individuel, alors on doit réajuster leur situation salariale. Car depuis les revendications des staffs locaux de Juillet de l'année passée qui avaient abouti à un arrêt de travail de deux jours à la MONUC, les autorités de la MONUC ont pris l'option d'amener les salaires de Contractants individuels au même niveau que celui de son staff local faisant le même travail. Les salaires de ces contractants variaient aussi d'une région du pays à une autre ? Les mêmes autorités ont pris la résolution d'harmoniser ce salaire sur toute l'étendue de la République. Donc si nos soixante agents de la sécurité Bunia sont contractants individuels, ils ne peuvent continuer à toucher leur salaire de 7 dollars par jour. Ils auront droit à 20 ou trente par jours comme certains de contractants individuels ont commencé à toucher récemment. Ils peuvent être aussi considérés comme travaillant pour une société de gardiennage en contrat avec la MONUC ! Dans ces conditions là, ils pourraient aussi porter le badge vert. Quelle est donc cette société ? Si réellement ils étaient versés dans une société, alors on se trouverait devant un cas d'une immoralité intolérable, qui friserait l'esclavage. Faire travailler quelqu'un dans une société sans qu'il le sache et qu'il ne signe un quelconque papier avec elle n'est en rien différent de le prendre dans un bateau et l'amener aux caraïbes pour le faire travailler sur des champs, pourvu qu'il ait droit à une nourriture saine et à un traitement décent comme c'était le cas au 16ème et au 17ème siècle. Ce deuxième cas demanderait que le gouvernement congolais enquête sérieusement sur la chose et même s'il ne peut pas donner des injonctions à la mission pour qu'elle change leur statut, il peut se plaindre cependant aux instances de l'ONU à New York contre les animateurs de la MONUC Bunia pour ce traitement contraire à la charte des Nations Unies infligé contre ses dignes citoyens. Et le peuple congolais ne pourra que s'étonner de la mesquinerie et du cynisme de ces animateurs de la MONUC qui se comportent comme des mangeurs de citrons qui lorsqu'ils en ont envie ils les achètent, et les pressent jusqu'à ce qu'ils en tirent tout le jus et après ils les jettent sans pitié.
Nous connaissons leur escuse facile qui est de brandir le fait qu'ils leur ont assuré un emploi régulier durant quatre ans. Est-ce une raison de ne pas les traiter plus dignement et d'améliorer leur condition de vie ?
Nous avons dans nos correspondances suivi la situation de cette section de la MONUC depuis quelques mois et avons rapporté les dysfonctionnements qui y avaient élu domicile. En ce moment où toute la hiérarchie de l'administration de la MONUC a été remaniée à Kinshasa, nos conversations avec les agents de la MONUC toute catégorie confondue font état de la volonté de la nouvelle équipe de moraliser la gestion de la Mission et d'extirper ce type de dysfonctionnement qui avaient amené les agents locaux à un arrêt de travail l'année passée. Espérons qu'ils entendront la voix de ces pauvres congolais qui travaillent de concert avec leurs collègues expatriés pour que la paix revienne au Congo. Nous les observons attentivement durant les trois mois qui vont suivre et à Bunia et à Kinshasa et ne les jugeront que d'après leurs actes.
N'empêche que la seule existence d'un tel dossier est une insulte des autorités de la MONUC Bunia qui en sont auteurs à la noble mission leur confiée par la communauté internationale et un manque de respect criant de leur part pour le peuple congolais dans sa souffrance.
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