Libération (Casablanca)

Maroc: L'insécurité gagne la campagne

Abdelkrim MOUHOUB

2 Avril 2008


Les habitants de la campagne ne se reconnaissent plus! Qu'est-ce qui porte préjudice à leur quiétude? Quel démon a-t-il été à l'origine de cette psychose sciemment installée chez eux et en eux et qui leur colle à la peau? Qui serait capable de leur redonner cette tranquillité et cette paix qui ne puissent être que les leurs? Serait-on, au moins, au courant de cette série noire qui pompe l'air à ces braves gens qui résistent aux caprices du temps et des hommes?

Ne pouvant évoluer dans les villes en raison de leur traque par la police, les voleurs agresseurs battent la campagne, de jour comme de nuit, et repèrent leurs victimes. Pas n'importe qui: celles qui reviennent du souk après avoir vendu une vache ou un veau. Les récits ne cessent de se multiplier et d'alimenter les discussions au point d'empoisonner la vie des citoyens du monde rural.

A douar Lafqih, Si Brahim a été surpris, dans son sommeil, par deux personnes en pleine nuit qui lui ont soutiré la somme de 1200 dirhams, un couteau sur la nuque. Il en garde un traumatisme psychologique et une cicatrice à la main gauche.

A Ouled M'Sellem, à quatre kilomètres de Sidi Bennour, Mostapha, un jeune homme, fin négociant, a vendu un veau à Tlath Sidi Bennour; il attend un taxi pour le conduire à la ville. Une voiture, celle des "khatafa" s'arrête, et les passagers lui ont fait place. La voiture change vite de direction et les passagers le contraignent à leur débourser la somme qu'il possède. Ce qu'il fait sans résistance aucune.

A Ouled Si Boubker, la commune de Tamda n'a pas été du reste. Rentrant de Sidi Bennour, après avoir vendu lui aussi un veau, il a failli subir le même sort si ce n'est la vigilance de son fils aîné; lequel fils, rentrant tard la nuit, s'aperçoit qu'une lampe clignote, et s'approche de chez eux. "J'ai réveillé mon père, l'ai averti mais celui-ci me conseille d'aller me coucher au lieu de rôder comme un chien égaré. J'ai persisté cependant. Il s'est vite rendu compte que je ne plaisantais pas et nous nous sommes cachés dernière les cactus en attendant que les silhouettes se distinguent mieux.

"- Qui êtes-vous?

- Les hôtes de Dieu.

- Qu'ils soient les bienvenus! Mais pas si tard!

- Je vous promets que si vous ne quittez pas les lieux, mes balles se logeront dans votre corps!

Les deux visiteurs regagnent leur bagnole qui, à notre surprise, n'était pas loin, et disparaissent ."

Les habitants des douars s'organisent dorénavant, pour se défendre et n'hésitent pas à les clouer là où ils apparaissent. Les pièges sont tendus.

"Nous nous sommes organisés en groupes de vigilance usant d'un langage spécial pour communiquer, donnant ainsi des renseignements sur les véhicules qui traversent le bled après nous être enquis de leurs passagers", nous confie l'un de ces jeunes qui s'est installé définitivement à douar Rouiss relevant de la même commune. Il ajoute que "les responsables de la sécurité doivent, de temps en temps, faire un saut au bled pour s'enquérir de la situation".

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