Coulibaly Zié Oumar
3 Avril 2008
M. Mabingué N'Gom, responsable Afrique de l'Ouest et du Centre au Fonds mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme à Genève en Suisse, s'est offusqué du manque de culture de résultats chez certains dirigeants africains. "Nous travaillons avec des gens qui n'ont pas une culture de résultats", a dénoncé M. N'Gom, lors d'une communication au cours des premières assises des médias contre le sida en Afrique de l'Ouest et du Centre qui se sont déroulées à Abidjan du 25 au 29 mars dernier.
Pour le responsable Afrique de l'Ouest et du Centre du Fonds mondial, cette institution créée en 2002 est un partenariat public-privé et veut opérer une rupture avec les programmes d'ajustement structurels (PAS) des années 90 où tout était imposé au pays africains. "Avec le fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ce sont les pays à travers un comité de coordination mis en place, qui disent ce qu'il veulent faire et le fonds finance quand il est convaincu", a-t-il soutenu. Par conséquent, M. Mabingué N'Gom estime que le fonds mondial est un "instrument de financement et non un mécanisme d'exécution ». C'est pourquoi, le fonds -qui n'a pas de représentation dans les pays- soutien les programmes des pays en faisant « en sorte que ces pays assument la responsabilité totale de la conception, de la mise en oeuvre et du suivi ». C'est au nom de cette responsabilité que l'orateur estime ne pas comprendre que des pays ne soient pas capables de régler des problèmes de système propre à leur fonctionnement. "Il y a un pays où nous avons acheté et convoyé des boîtes d'artémisinine qui sont bloquées au port de ce pays pour des raisons de douane. Le pays au lieu de régler ces formalités douanières, appelle le Fonds et demande l'autorisation de payer la douane sur l'argent publique qui lui a été alloué par le Fonds. Nous avons dit non ! Parce que ce n'est pas normal. Il faut que les pays s'engagent à régler certains problèmes de système propre à eux. Car la raison du Fonds n'est pas de régler des problèmes de système mais de sauver des vies", a témoigné Mabingué N'Gom sans citer le pays.
De même, dans un autre pays qu'il a aussi refusé de nommer, l'invité des assises des médias contre le sida a mis en exergue le fait que dans ce pays alors que le Fonds a mis des véhicules à disposition, les autorités sanitaires de ce pays arguant du fait qu'elles n'ont de voitures pour distribuer les médicaments que le fonds lui a aussi par ailleurs livrés, ont produit un communiqué pour demander aux responsables des districts sanitaires de passer prendre leur quota une fois de passage dans la capitale du pays. "Ce n'est pas aussi normal ! L'argent du fonds doit être bien géré", a affirmé M. N'Gom. Pour lui, "la transparence et la performance sont les deux notions sur lesquelles, nous ne sommes pas flexibles. ( ) Si je refuse de décaisser de l'argent pour un pays, c'est qu'il y a de bonnes raisons".
A l'en croire, la meilleure façon d'encourager les bailleurs, c'est de bien utiliser les fonds mis à disposition. Il a ainsi saisi la perche à lui tendue par les médias pour expliquer les mécanismes de décaissement du Fonds. "Quand nous tombons d'accord avec le pays concerné sur le projet à financer, nous décaissons une première tranche de l'argent. Une évaluation est faite après deux ans d'exécution. Si cette première phase est concluante, alors la deuxième phase est décaissée. Si c'est passable ou médiocre, on peut faire un deal pour voir s'il faut réduire les délais et le montant de l'argent. Ou encore, on peut décider de vous adjoindre à une autre structure qui va vous aider à booster vos résultats. Si vous êtes en déça des résultats attendus alors on décide de tout vous couper", a expliqué le responsable Afrique de l'Ouest et du Centre du Fonds Mondial. Il a toutefois fait observer que depuis ces dernières années, il y a "une tendance assez positive de bonne utilisation des fonds décaissés". Interpellé par les journalistes sur son supposé côté arrogant que lui attribuent ses interlocuteurs dans les pays dont il est responsable, M. Mabingué N'Gom, a rejeté cette accusation la jugeant de pas très sérieuse. "Je n'ai aucune sympathie pour les pilleurs de nos Etats. Je fais beaucoup pour cette région parce que je veux que l'image de l'Afrique change", a affirmé M. N'Gom. Concernant la société civile, Mabingué N'Gom estime qu'elle n'est "pas encore prête à gérer plusieurs millions de dollars même si elle a fait beaucoup de progrès". Il a affirmé, à l'occasion, que le Fonds est disposé à étudier la possibilité d'un appui financier au Réseau des médias africains contre le sida, la tuberculose et le paludisme à condition qu'il soumette un projet à l'institution.
Le Fonds mondial de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme depuis sa création jusqu'en décembre 2007 a décaissé, selon l'orateur, 4,7 milliards de dollars sur 8,6 milliards de dollars déjà versés par les bailleurs sur 17 milliards annoncés jusqu'en 2010.
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