Mouhcine Abou Nada
4 Avril 2008
Une panoplie de mesures d'urgence ont été prises pour lutter contre la maladie du feu bactérien, qui a touché plusieurs fermes dans la région de Meknès et qui représente une très grande menace pour l'arboriculture au Maroc.
Prise par la Direction de la protection des végétaux, des contrôles techniques et de la Répression des fraudes (DPVCTRF) relevant du ministère de l'Agriculture et de la Pêche maritime, cette stratégie vise la dissémination de la maladie du feu bactérien dans la région Meknès-Tafilalet.
Mise en oeuvre à la suite de la publication d'un arrêté gubernatorial déclarant Meknès zone en quarantaine, elle rend obligatoire la lutte contre le feu bactérien à travers la limitation de la circulation de tout matériel végétal de rosacées à pépins non contrôlé.
Le plan impose aux services régionaux de la Protection des végétaux concernés d'organiser des prospections exhaustives dans les différents vergers de rosacées à pépins des zones de production.
Au niveau des foyers touchés, une équipe est chargée exclusivement de la surveillance de la maladie dans ces vergers et de l'application des mesures phytosanitaires nécessaires. En parallèle, d'autres équipes continuent à faire des prospections et à surveiller les autres vergers.
Tous les plants (pommier, poirier et cognassier), produits au niveau des pépinières de Meknès (15 pépinières) et de la région limitrophe d'El Hajeb (6 pépinières), ont été analysés dans des laboratoires, en tant que condition sine qua non pour leur commercialisation.
Dans le cadre de cette stratégie, des actions de communication et de sensibilisation ont été également prévues et plusieurs sessions de formation et de sensibilisation ont été menées dans les différentes zones de production notamment à Meknès, El Hajeb, Ifrane, Fès, Khénifra, Boulemane au profit des producteurs et des autorités locales en vue de les sensibiliser sur la gravité de la maladie.
Selon les responsables de la DPA de Meknès, le département de tutelle veille au contrôle des plants importés, précisant que plusieurs actions ont été entreprises pour limiter la propagation de cette bactérie.
A ce jour, une superficie de 51 Ha de différents vergers, sévèrement attaqués, a été arrachée et incinérée dont 42 Ha en 2006 et 9 Ha en 2007. 57 autres hectares, présentant un début d'attaque, ont été assainis moyennant des traitements adéquats.
Concernant la surveillance du territoire, les services régionaux de la Protection des végétaux concernés organisent des prospections exhaustives dans les différents vergers de rosacées à pépins des zones de production.
Des visites d'experts étrangers (France et Italie) ont été mises à profit des cadres marocains par le bénéfice de l'expérience de ces pays dans la lutte contre le feu bactérien.
Quant aux actions à l'importation, l'autorisation d'importation de plants de rosacées à pépins n'est délivrée que pour les plants issus de régions reconnues indemnes de feu bactérien. Dans ce sens, les autorités phytosanitaires françaises par exemple ont mis à la disposition de leurs homologues marocains dès octobre 2007 la liste des pépiniéristes se trouvant dans les secteurs protégés du feu bactérien.
Aux termes de l'arrêté, promulgué suite à la découverte de plusieurs foyers de feu bactérien dans certains vergers de rosacées à pépins dans les communes rurales d'Ain Orma, Dar Oum Soltane et Ait Oualal relevant de la province de Meknes, «la circulation du matériel végétal (plants greffés, greffons, porte-greffes) de rosacées à pépins à l'intérieur de la zone en quarantaine est prohibéeet l'échange de matériel végétal de rosacées à pépins, y compris les espèces hôtes d'ornement, avec d'autres régions est interdit».
Néanmoins, la circulation des plants greffés ou les porte-greffes issus de pépinières agréées est autorisée après présentation au service régional de la Protection des végétaux d'un bulletin d'analyse bactériologique portant sur l'échantillonnage de 1 % du lot, qui doit être accompagné à tout moment d'un laissez-passer, a-t-on appris auprès de la Direction provinciale de l'agriculture. Sont aussi rendus obligatoires la déclaration par les producteurs de toute anomalie observée sur leur verger, les traitements adéquats, le cas échéant et sur avis du service régional de la protection des végétaux, des vergers faiblement infestés, la désinfection des outils de prélèvement et de taille par trempage dans une solution appropriée et l'élimination par incinération sur place des plantes et parties de plantes, y compris le bois de taille, présentant des symptômes de feu bactérien, ainsi que toutes les fleurs secondaires dans le cas où les vergers se trouvent à proximité d'un foyer de feu bactérien.
S'appliquant aux ruchers, aux arboriculteurs et aux pépiniéristes, ainsi qu'aux détenteurs des espèces hôtes telles que l'aubépine, le cotonéaster et le pyracantha, l'arrêté interdit de même la circulation des ruches d'abeilles à l'intérieur de la zone en quarantaine entre le 1er mars et le 15 juillet 2008, période de floraison des espèces hôtes de feu bactérien, et recommande la saisie et l'incinération de tout matériel végétal de rosacées à pépins et ruches d'abeilles n'étant pas conformes aux mesures en vigueur.
Par temps très humide, on observe l'écoulement de gouttelettes visqueuses de couleur d'abord laiteuse, devenant brunâtre par la suite. Cette sécrétion contribuera à propager la bactérie par des insectes, des oiseaux, du vent, de la pluie et de l'homme (les outils de taille). Originaire de l'Amérique du Nord, le feu bactérien a été détecté pour la première fois en 1957 en Europe. A partir des premiers foyers, la maladie s'est disséminée dans la plupart des pays européens, surtout au nord et à l'ouest du continent. Mais, elle a aussi atteint la partie-est du bassin méditerranéen (sud-est de l'Europe, nord-est de l'Afrique, outre le sud-ouest de l'Asie). La vitesse de dissémination de cette bactérie est très rapide: entre 1982 et 1990, quinze nouveaux pays ont été contaminés. Et elle continue à se propager dans de nouvelles régions. Au Maroc, les conditions climatiques favorables et l'abondance de plantes-hôtes constituent un risque très élevé d'apparition du feu bactérien, d'où la nécessité de prendre des mesures draconiennes pour éviter une dissémination rapide de ce fléau.
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