Fraternité Matin (Abidjan)
Landry Kohon
5 Avril 2008
Abidjan — Les magistrats qui n'ont aucune considération pour les avocats ! Des décisions rendues en violation des textes. Des juges discourtois et qui agissent à la place des avocats. Rétention malicieuse des décisions rendues, etc. De même, les avocats, oubliant toute notion de courtoisie envers les magistrats et les chefs des juridictions. Des avocats véreux, foulant aux pieds les règles de l'éthique et de la déontologie et qui ne courent qu'après le gain facile. Des avocats qui, dans leurs plaidoiries, tiennent des propos orduriers et irrespectueux envers les magistrats, etc.
Ces récriminations des magistrats envers les avocats et vice-versa ne sont pas exhaustives. Et c'est en vue d'améliorer un tant soit peu, l'atmosphère pour le moins délétère qui règne depuis plusieurs années entre magistrats et avocats, qu'un forum d'échange les a mis face à face hier après-midi, à la salle des pas perdus du Palais de justice d'Abidjan Plateau. Intitulé «Regards croisés », magistrats et avocats ont, dans le cadre de leurs professions respectives, déballé ce que les uns et les autres se reprochent, ou leurs ressentiments les uns envers les autres. Il s'agit d'une initiative de l'Association des jeunes avocats (AJA) qui a bénéficié de la parfaite collaboration de l'Association des jeunes magistrats (AJM). «Doit-on tuer les avocats?» ou «Doit-on tuer les magistrats?» C'est dans ce thème évocateur que les interventions ont été circonscrites. Deux avocats et deux magistrats se prononcent sur ces questions avant que les autres participants (magistrats et avocats) ne contribuent aux débats. Les principaux orateurs, côté magistrats : Ehounou Malan Laurent, par ailleurs président de l'ONG Transparency Justice et le conseiller à la Cour suprême, Boby Gbaza, ont exposé sur le volet du thème concernant les avocats. «Doit-on tuer l'avocat?» Un thème à la fois polémique et provocateur, selon M. Ehounou Malan, premier à intervenir. Polémique parce que, dit-il, cela ressuscite le vieux débat sur la qualité intellectuelle et morale des magistrats et des avocats. Le magistrat Malan a tellement insisté sur l'importance du rôle de l'avocat que sa conclusion s'est dégagée d'elle-même: «Non, il ne faut pas tuer l'avocat.» Quoi que magistrat, le président de Transparency Justice a, dans son exposé, parlé du danger que représenterait un magistrat qui ne fait pas son travail dans les règles de l'art. Et le président de conclure en ces termes: «L'avocat aura beau être vierge de toute souillure, renaître avec les habits les plus transparents, sa contribution à l'oeuvre de justice sera vaine, si le juge, véritable Dieu sur terre, n'y est pas sensible. Si le juge qui doit situer le camp de la vérité adore les contre-vérités, si le juge aime que l'on parle «français» Il faut comprendre dans ce cas que l'avocat ne sera pas le seul qu'il faut tuer, mais il faut aussi tuer le juge.»
A la suite du juge Malan Ehounou, sur le même sujet est intervenu le magistrat hors hiérarchie, Boby Gbaza. Pour lui, le thème ne manque pas d'humour, tant il est irréaliste. L'essentiel de l'intervention de celui qui est vu comme un modèle s'est articulé autour des textes qui définissent la profession d'avocat. M. Boby Gbaza a ensuite prodigué des conseils pratiques à ses jeunes collègues de l'appareil judiciaire. Les deux avocats de la table ronde étaient, Me Diomandé Soualiho et Me Abbé Yao Vincent. A les écouter, on se croirait en pleine plaidoirie à l'audience. Tout comme l'ont fait savoir les magistrats, les avocats, s'en tenant au vrai sens donné à la question, disent qu'il n'est pas question de tuer le juge, car s'est exclamé Me Soualiho: «Malheur au peuple qui tue son juge ! » Après avoir ainsi planté le décor, les intervenants ont démontré à travers des anecdotes que le magistrat et l'avocat, unis dans un même destin, ne devraient, dans l'accomplissement de leurs missions respectives, ne faire qu'un.
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