Libération (Casablanca)

Maroc: Said Belkhal, chercheur: Les partis politiques entre scepticisme, rejet et dénonciation

Editorial

5 Avril 2008


Depuis l'été 2002, les éléments de la sûreté ont procédé au démantèlement des réseaux terroristes. Les réactions des partis politiques, des associations des droits de l'Homme et des médias nationaux divergent.

Les partis politiques ont pris trois positions différentes : scepticisme, rejet et dénonciation, alliance et compromis. La première est à mettre à l'actif du Parti de la justice et du développement PJD. Ce dernier a pointé du doigt l'Etat l'accusant ainsi d'avoir fabriqué de toutes pièces ces événements dramatiques et remettant en cause tout lien possible entre les terroristes et le réseau Al Qaïda. Le même scénario s'est produit quand l'Etat a opéré l'arrestation des membres de certains groupes islamiques extrémistes à l'affût de «Assirat Al Moustakim», «Assalafia Al Djihadia», et «Al Hijra Wa Attakfir».

Les choses ne s'arrêtent pas là. Peu de temps après, le Parti a imputé la responsabilité de ces affaires de terrorisme et leurs conséquences à l'Etat surtout les partis de gauche. Comme en témoigne l'interview accordée, le 30 mai 2003, par le secrétaire général du parti Saâd Eddine Ottmani au journal hebdomadaire « Al Asr». « Le gouvernement est incapable d'assumer son échec sur plusieurs plans. Alors, il essaie de chercher un bouc émissaire qui pourrait payer les pots cassés. C'est étrange. Le gouvernement est incapable de s'attaquer aux sujets les plus préoccupants comme le développement social, la lutte contre l'habitat insalubre, la généralisation de la scolarisation, entre autres. Ceux qui ont commis ces actes terroristes ont des niveaux de scolarité très bas. Ce qui met en lumière la situation de la déperdition scolaire. Il y a d'autres problématiques plus importantes dans lesquelles les précédents gouvernements, dont celui présidé par l'USFP, sont appelés à assumer leur responsabilité. »

La deuxième position est celle que prennent les autres partis dont ceux de la majorité. Ceux-ci ont organisé plusieurs marches pour dénoncer le terrorisme et ses conséquences. Ils ont même publié un communiqué dans ce sens, annonçant par la même occasion la création d'une commission mixte pour la préservation des acquis nationaux et démocratiques. Sauf que cette position n'a pas été opérationnalisée, ce qui a handicapé la démarche de la commission mixte qui n'a pris aucune position depuis sa création en août 2007. La troisième position est celle qu'ont adoptée les partis de la gauche radicale. Ceux-ci, malgré la haine historique et idéologique qu'ils vouent aux courants islamiques et djihadistes, déploient leurs efforts pour optimiser une alliance périodique contre le régime politique. Ce régime qui, pour eux, est considéré comme l'ennemi commun qu'ils veulent détruire pour pouvoir atteindre leurs objectifs.

Les associations des droits de l'Homme ont pris trois positions. La première est celle qui respecte les droits de l'Homme envers les présumés terroristes lors de leur arrestation et procès. Les tenants de cette position considèrent que le droit à la sécurité, la stabilité et à la vie, constitue une priorité. Ce principe est défendu par l'Organisation marocaine des droits de l'Homme. La deuxième considère les terroristes et les prédicateurs de l'extrémisme comme des prisonniers d'opinion. Ceci dit qu'il ne faut pas les condamner selon la loi antiterroriste. La troisième position se manifeste à travers l'aide apportée aux familles des présumés terroristes en leur offrant une bonne couverture médiatique et judiciaire. Les partisans de cette position sont des membres du Parti de la justice et du développement (PJD), et ceux du Mouvement unité et réforme (MUR). Ils ont organisé plusieurs sit-in pour dénoncer la détérioration de la santé des présumés terroristes et les états psychologiques dlicats de leurs familles. A cela s'ajoute une troisième attitude qui sécrète le doute quant à l'existence de toute affaire de terrorisme et considère que la responsabilité incombe aux forces de sécurité. Elle est défendue par l'Association des droits de l'Homme affiliée à Al Adl Wa Al Ihssane.

Les médias ont pris, quant à eux, trois positions vis-à-vis du terrorisme au Maroc. La première se conjugue à travers l'opposition et le rejet par principe du terrorisme et de ses conséquences sur l'Etat et la société civile. Tandis que la deuxième est celle de l'hésitation qui marque le comportement de nombreux journaux, presse partisane et indépendante confondues. Et la troisième opte pour le compromis voire la complicité active. Une position qui peut aller jusqu'à la diffusion des idéologies d'extrémisme et des thèses des « émirs du sang », devenant ainsi la porte-parole de ses derniers. Il y a plusieurs raisons qui poussent ces journaux à prendre une telle position. D'abord, ils le font pour des raisons mercantiles: promouvoir leurs ventes en dépit du danger du terrorisme sur la société. Ensuite, des raisons idéologiques qui expliquent qu'il y a une volonté de détruire l'Etat et d'édifier un régime qui arrangerait leurs affaires.

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