Libération (Casablanca)

Maroc: Ils ont dit: " La lutte contre le terrorisme, une responsabilité à double dimension "

5 Avril 2008


opinion

Abdellah Rami: "Le 11 septembre demeure l'événement matrice".  « Je ne suis pas surpris par les attentats kamikazes avortés de mars et avril 2007, à Casablanca. Lorsqu'on s'intéresse de près au mouvement djihadiste, certains signes ne trompent d'ailleurs pas.

Au Maroc, je pense qu'il existe des cellules possédant une réelle expertise terroriste, entretenant des relations suivies avec des correspondants en Irak, en Algérie, et en Afghanistan ; ou avec des cellules dormantes en Europe. Si ces groupes ne se manifestent pas pour le moment, c'est parce qu'ils se sont donné une stratégie qui parie sur la durée et qu'ils n'entendent pas agir dans la précipitation, faire des coups limités ou n'importe quoi. Il y a des facteurs religieux, théologiques derrière cela. A commencer par le mythe du martyre (chahada) qui absout d'emblée tous les péchés du croyant, dispense celui-ci du jugement dernier et lui ouvre grandes les portes du paradis. Il faut donc insister sur une donnée psychologique qu'on peut qualifier d'obligation de résultat immédiat.

En ce qui concerne l'état d'esprit des kamikazes, il ne faut pas oublier l'influence des médias et de l'Internet. Bien qu'on mesure encore mal son degré d'importance, un autre facteur d'ordre psychologique joue certainement un rôle : le besoin d'attirer l'attention, de sortir de l'anonymat, de créer l'événement et d'être -ne serait-ce qu'un laps de temps - le héros. Le mimétisme joue ici un rôle essentiel : on agit comme les héros des attentats du 11 septembre, qui demeure l'événement matrice.

*Hassan Rachik, anthropologue: "Il faut un peu d'équilibre pour cerner les phénomènes religieux"

« Dans la lutte contre le terrorisme, la responsabilité des sciences sociales reste très sensible. Cette responsabilité a une double dimension : individuelle et collective. Travailler sur des phénomènes religieux est une responsabilité individuelle. Tandis que la responsabilité collective reste très rare, inexistante même. Il faut qu'on instaure un peu d'équilibre pour pouvoir mieux cerner les phénomènes religieux. Il existe des phénomènes qu'on prend à la légère et qu'on considère futiles alors qu'ils sont très importants. En se basant sur un travail de terrain, des pratiques nous ont montré que la connaissance des Marocains de la religion est très faible. Pourtant, le questionnaire que nous avions préparé était basé sur des questions faciles. Par exemple, quels sont les quatre Khoulafaa Arrachidines? Quels sont les rites existant en Islam? La scolarisation des filles, la mixité dans les plages, dans les cérémonies de mariage, entre autres, sont des sujets qui nous aident à définir des phénomènes très importants dans notre approche des phénomènes religieux ».

*Mohamed Nabil Benabdellah, membre du bureau politique du PPS

"Les réseaux terroristes exploitent l'espace démocratique pour le saper"

"Affronter le terrorisme aujourd'hui nécessite l'engagement de tout le monde. Le démantèlement du réseau terroriste « Belliraj » montre que le terrorisme continue de guetter le pays, ce qui requiert de maintenir la vigilance et de continuer à le combattre en raison de la menace qu'il représente pour le projet démocratique dans lequel le Maroc s'est inscrit. Il faut que les composantes de la société marocaine défendent ensemble les valeurs qui fondent le Maroc nouveau, dans le respect total des principes démocratiques.

Il faut également faire preuve de la fermeté nécessaire face à tout ce qui est susceptible de menacer la sécurité et la stabilité de la société, d'autant que les réseaux terroristes tendent à exploiter cet espace démocratique pour le saper. Les forces démocratiques et tous ceux qui croient en le projet démocratique moderniste marocain doivent faire preuve de vigilance et conjuguer leurs efforts pour la défense des constantes de la nation ».

*Mohamed Darif, islamologue

"Les trois mouvances islamiques au Maroc ont toutes des ambitions politiques

« Un aperçu historique sur le mouvement islamique au Maroc nous permet de constater qu'il y a trois mouvements principaux: le mouvement soufi, islamiste et salafiste. Au début, leurs efforts étaient concentrés sur comment protéger Al Jamaâ Al Islamya ou l'identité islamique.

Il existe trois mouvances islamiques au Maroc, le courant islamique intégré, le courant islamique contestataire : le Parti de la justice et du développement (PJD), Al Adl wal Ihssane, Le courant islamique élitiste : Al Badil Al Hadari. Mais ils sont tous des groupes qui n'ont rien à voir avec le terrorisme. Ils ont tous des ambitions politiques.

Et il y a des raisons qui ont propulsé leur croissance. Par exemple, Al Adl wal Ihssane s'est inspiré du modèle iranien : la désobéissance civique. Parce que, après que le mouvement des Frères musulmans en Egypte a assassiné Anouar Sedate pour contrecarrer le régime, rien n'a changé depuis ».

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