Libération (Casablanca)

Maroc: Combien de provocations les musulmans peuvent-ils supporter?

Hamid Lechhab

5 Avril 2008


analyse

Poser une question de ce genre, c'est d´abord rappeler que depuis le dernier siècle, l´islam fait l´objet d´un ensemble de provocations intérieures et extérieures, qui s'accentuent chaque jour et prennent un tournant très dangereux, non pour l´islam en tant que religion, mais avant tout pour les musulmans en tant qu´êtres humains, qui se sentent à chaque petite ou grande provocation ciblés et blessés dans leur monde symbolique existentiel, spirituel et social.

Nous écartons aujourd´hui consciemment les provocations intérieures qui naissent même dans les rangs des musulmans eux-mêmes, pour nous concentrer uniquement sur les provocations extérieures, qui nous préoccupent actuellement. L´Occident contemporain dans sa complexité réelle décline plusieurs facettes et nous ne savons plus quoi faire ni comment réagir devant cette complexité. Si on résume cette dernière à deux dominateurs communs, nous pouvons ainsi dire sans craindre le réductionnisme, qu´il s´agit d´un Occident avec qui il est possible de cohabiter, de coopérer et de dialoguer. Nous entretenons avec cette partie de l´occident, qui nous devance de siècles de développement technique, technologique et par un système socio-économique qui fonctionne assez bien, une relation ambivalente. Avec une main, on nous tend la carotte et avec l´autre on nous gifle.

Contrairement, les pouvoirs en place en occident, compte tenu de leurs intérêts stratégiques, économiques et militaires, se sont habitués à nous humilier quand ils veulent et à faire semblant qu´ils nous aident quand bon leur semble. Pour clarifier les choses, ce comportement de l´Occident nous agace, nous dérange, nous fait mal matériellement, moralement et politiquement. On se sent les mains liées, sans pouvoir et sans possibilité de faire quoi que ce soit. N´oublions pas que nous avons intériorisé ce sentiment depuis des siècles déjà.

L´autre partie de l´Occident qui nous intéresse davantage est celle avec qui nous avons une relation de conflit depuis l´émergence de l´Occident en tant que force économique et militaire. Dans l´histoire qui nous lie à l´Occident, il y a une position claire et nette de refus de l´Autre, de la volonté de sa disparition physique des deux côtés. Les guerres du Moyen-Age entrent dans cette catégorie, au moment où les conflits d´après étaient en grande partie des guerres de colonisation. Les raisons de notre refus par cette partie de l´Occident, sont au fond les mêmes pour lesquelles nous la refusons et peut être aussi inconsciemment tout le reste de l´Occident.

Pour simplifier les choses, sans volonté de les caricaturer, les guerres du Moyen Age continuent au 21ème siècle sous différentes formes, et ce avant même la déclaration solennelle de la thèse de « la guerre des civilisations ». Cette dernière n´est que le produit de cette idéologie de refus avec laquelle cette partie de l´Occident nous affronte. A souligner à ce niveau d´analyse que la partie de cet Occident avec qui nous avons le plus de problèmes s´inscrit globalement dans un registre politique bien clair et bien défini : les affidés de la ligne sont issus en majorité des partis politiques de droite et de l´extrême-droite. Autrement, ce sont des Occidentaux qui détestent l´islam et les musulmans en général et les immigrés musulmans en particulier. Ils ne cachent ni leur appartenance politique à des partis héréditaires de l´idéologie hitlérienne ni leur xénophobie envers les immigrés et particulièrement les musulmans.

Les provocations et le refus de l´islam et des musulmans par cette catégorie se sont multipliées depuis plus d´un quart de siècle et viennent de tous les coins d´Europe et du Nord d´Amérique. La première invasion du Golfe était en fait le feu vert qui a déclenché une série d´attaques ouvertes contre le monde musulman et les musulmans occidentaux en particulier. On ne parle pas d´un nouveau colonialisme, car l´ancien est toujours en vigueur. Quelle nouveauté y-a-t-il dans le colonialisme, sinon continuer l´ancien avec de nouveaux moyens ? Sommes-nous vraiment libres comme l´Occident nous le fait croire ou le croit-on nous-mêmes ? La réponse à cette question est capitale si on veut voir clair et ne pas tourner dans le cercle infini des illusions où l'on nous a enfermés et où nous sommes tombés depuis la défaite arabo-musulmane en Andalousie.

Loin de défendre aveuglément les musulmans contre les attaques d´une partie de l´Occident, nourri par la haine et le rejet de l´Autre, nous aimerions bien attirer l´attention sur un fait établi : faute de leur non encadrement conscient et responsable par leurs gouvernements d´origine, une grande partie des immigrés musulmans en Occident a développé une compréhension totalement erronée de sa religion et livrent ainsi gratuitement les munitions nécessaires aux xénophobes occidentaux pour la bombarder. Nous savons tous que la première génération des immigrés musulmans était en grande majorité analphabète et sans aucun accompagnement des pouvoirs musulmans, qui ne voient en elle qu´une source de devises. Nous savons tous aussi que la grande majorité des enfants musulmans de la deuxième, voire de la troisième génération, vu leurs conditions économiques, familiales etc. connaissent un échec scolaire horrible. Le fait qu´ils ont eu un parcours scolaire chaotique suffit à lui-même pour comprendre leur échec psycho-existentiel aussi. Ceux qui ont choisi, consciemment ou inconsciemment, de se réfugier dans leur religion, vivent leur spiritualité sans références suffisantes. Comment veut-on véhiculer un islam objectif par des parents faisant l'amalgame entre islam et traditions du patelin ? L´image d´un Allah furieux, qui souffle le soufre et le feu si l´on ne fait pas ce qu´il ordonne, hante l´imaginaire de l´enfant musulman immigré. La baraka ou la vengeance du saint « Sidi » du Douar des parents au bled pourchasse l´enfant immigré même dans ses rêves. La mentalité moralisatrice de la première génération qui voit dans les Occidentaux des incroyants (des Koufars), alimente la haine de leurs enfants envers leur pays natal, qui n'est en aucun cas le pays d´origine de leurs parents. Peut-on imaginer le processus psychique de faire haïr à un enfant son pays natal ? L´idéologie des pays musulmans qui essaient par tous les moyens de garder l´appartenance des générations issues de l´immigration, non par amour à ces générations, mais par peur qu´elles leur tournent le dos et les laissent sans devise sûre, n´est pas à démontrer.

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Nous n'avons même pas l'intention d'évoquer les enfants immigrés qui sont tombés dans les filets de nos intégristes, par peur de déborder du thème principal. Si nous avons évoqué comment l´immigré musulman comprend et excerce sa religion, c´est pour souligner qu´il ne faut pas oublier notre responsabilité concernant l´image que l´on donne de l´Islam et que les nouveaux soldats des croisades exploitent contre nous. Si nous leur livrons l'arme, nous ne devons pas nous étonner, si nous les voyons tirer sur nous. Avec l´autre partie occidentale, nous devons dialoguer sans cesse et croire à un dialogue pacifique. Si le dialogue est la plus noble vertu humaine qui pourrait nous conduire à une issue, où tout le monde sort gagnant, où personne ne perd la face, pourquoi donner aux racistes et aux fascistes l´occasion pour ruiner ce chemin royal où la compréhension, le respect mutuel et la coopération sont à dom

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