La Prospérité (Kinshasa)
8 Avril 2008
Kinshasa — Pour Ne Mwanda Nsemi, il est du ressort de la CPI de s'occuper de 5 fosses communes et de centaines de cadavres découverts au Bas-Congo, jetés dans le fleuve. L'AMP estime que la démarche de Ne Mwanda Nsemi est dénuée de tout fondement dans la mesure où les instances judiciaires nationales ont pris en main le dossier.
Le conflit qui oppose le Gouvernement de la RDC au mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo -BDK- prend une nouvelle tournure. Ne Mwanda Nsemi, Chef spirituel de BDK, a pris la décision de saisir la Cour Pénale Internationale (CPI) et l'ONU. Il accuse le Gouvernement de fermer les yeux ou d'encourager, selon ses propres mots, les massacres de la population du Bas-Congo. Ne Mwanda Nsemi s'appuie sur l'Assemblée nationale qui a pris, le 29 mars, des résolutions pour arrêter la chasse aux adeptes de BDK et favoriser leur réintégration. Selon lui, l'armée continue de tuer dans les secteurs de Kibanza, de Kenge et de Munguluwala à Luozi.
« Mettez-vous à la place du peuple Kongo. On parle déjà de 5 fosses communes et de centaines de cadavres découverts au Bas-Congo, jetés dans le fleuve. Tout ceci ne suffit-il pas de parler de massacres, de génocide, de crime contre l'humanité ? ». Ce sont-là de graves accusations formulées par Ne Mwanda Nsemi contre le Gouvernement de la République. Les journalistes, présents, le samedi 4 avril dernier, à la conférence de presse du Chef spirituel de BDK ont rapporté beaucoup de choses. D'abord, Ne Mwanda Nsemi a donné la précision que les massacres sur ses adeptes ont pris de l'ampleur depuis 2002 jusqu'à ce jour. Et que lui-même et ses proches avaient aussi eu des démêlées avec le pouvoir de Mobutu. Des révélations ont été faites sur les méthodes utilisées pour démanteler le BDK.
Des éléments armés débarquent dans les maisons des supposés adeptes, on arrête et on emmène. Il y en a, a-t-on appris, qui sont morts en détention. La chasse à l'homme ne se limiterait pas qu'aux membres de BDK. Les autres confessions religieuses, à croire le député Jean-Claude Mvuemba, n'ont pas été épargnées lors de l'offensive des forces de l'ordre contre la secte mystico-politico-religieuse. D'après Ne Mwanda Nsemi, il est aussi député national, la terreur instaurée dans la province est telle que tous ceux qui tentent de loin ou de près de s'approcher des victimes de la répression sont inquiétés. Et que les activistes de droits de l'homme ont du mal à exercer leur travail. La Voix des sans voix, très connue pour ses actions en faveur des opprimés, est montée au créneau.
Le secrétaire exécutif de Reprodhoc (Réseau provincial des Ongs des droits de l'homme du Bas-Congo), Pamphile Mbuangi, a confirmé la poursuite des "massacres" de la population dans le Bas-Congo. Pour lui, le Gouvernement prend les choses à la légère, au lieu de prendre des mesures fortes pour sauvegarder des vies humaines, la situation n'étant pas sous contrôle. « La chasse à l'homme continue. Les policiers diligentés par le Gouvernement continuent de pourchasser tous ceux qui sont supposés être les adeptes de BDK. Là aussi, il faut comprendre les choses. Aujourd'hui, quand on dit adepte de BDK, il ne s'agit pas nécessairement des fidèles de Ne Mwanda Nsemi. Tous les aigris politiques, socio-économiques ont gonflé ces rangs-là. ». C'est ainsi qu'ont été cités en exemple un certain Johnny Voza Zola, présenté comme un activiste des droits de l'homme proche de BDK, membre du groupe The Way et sa soeur Catherine Voza. Le premier aurait pris la poudre d'escampette depuis belle lurette. Comme viennent de le faire plus de mille Makesa (adeptes de BDK) qui auraient trouvé refuge au Congo Brazzaville. Information confirmée par les officiels. La Voix des sans voix a publié un communiqué dans lequel elle affirme que des médecins sont inquiétés pour avoir donné le bilan macabre. Un certain Mabiala, médecin chef de zone de santé, serait interpellé par la police judiciaire. On l'accuse d'avoir divulgué le secret professionnel. La liste de victimes a été très longue. Ne Mwanda Nsemi a parlé de près d'un millier.
La réaction musclée de l'AMP
Pendant que les observateurs étaient en train de s'interroger sur les chances de voir la démarche de Ne Mwanda Nsemi aboutir, l'AMP, famille politique du Chef de l'Etat, faisait connaître sa position sur le développement de cette affaire.
Pour le secrétaire exécutif de l'AMP, Koya Gialo, ancien gouverneur du Katanga à l'époque des massacres de Lubumbashi, la démarche de Ne Mwanda Nsemi est dénuée de tout fondement. Il soutient qu'il n'est pas question de condamner le Gouvernement. Et que la Cour pénale internationale ne peut être saisie que lors que les instances judiciaires nationales ne font rien. Or, dans le cas du Bas-Congo, les instances judiciaires nationales sont saisies, les magistrats sont sur le dossier au Bas-Congo. Selon Koya Gialo, la question relève du pouvoir judiciaire.
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