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Sénégal: Codesria bulletin n° 3 & 4, 2006
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Sud Quotidien (Dakar)
11 Avril 2008
Publié sur le web le 11 Avril 2008
Amady Aly Dieng
Ce numéro du Bulletin du CODESRIA présente des contributions soulignant la nécessité de repenser certaines assertions problématiques au sujet de l'Afrique, qui ont entaché et continuent d'entacher les travaux de recherches, les politiques, visions et comportements et ce, même chez les plus engagés des non-Africains.
Certaines contributions vont des réflexions critiques sur diverses initiatives axées sur la pauvreté, la gouvernance et la démocratie en Afrique aux thèses eurocentriques directives contestables véhiculées à profusion par les politologues africanistes par le biais d'écrits, de politiques et d'assertions inspirés par des sphères du pouvoir qui sur la race, la hiérarchie, le genre et la citoyenneté, entre autres. Dans leur tentative pour cerner les crises multiples qui secouent le continent africain, les contributions de ce numéro vont au-delà des facteurs internes pour souligner également et en particulier le caractère crucial des politiques publiques conçues par les principaux acteurs économiques et politiques du monde en ce sens qu'elles peuvent, soit faciliter l'intégration et la liberté sociales, soit intensifier les processus d'exclusion, surtout dans un continent comme l'Afrique qui a vu ses sphères et processus de décision pris en otage par des institutions financières au service du néolibéralisme.
Cette approche équilibrée et nuancée apparaît, au mieux, en filigrane même dans les plus louables des initiatives exogènes telles que la Commission pour l'Afrique, plus connue sous le nom de commission Blair, crée en 2004.
Ce rapport cite le manque de capacités et de responsabilisation au nombre des grands maux qui ont « gangrené » l'Afrique au cours des 50 dernières années. La mal gouvernance, comme le fait valoir le rapport, a engendré la guerre, mis en péril la paix et la sécurité, accentué les inégalités, privé des millions de personnes d'une éducation de base et de soins de santé primaires et rendu le continent extrêmement vulnérable aux fléaux tels que le VIH/SIDA. Le rapport définit la pauvreté et le marasme en Afrique comme étant « la plus grande tragédie de notre époque », invite les puissances nanties du monde et la communauté internationale tout entière à soutenir les Africains dans leur lutte contre ce fléau
Comme l'a mis en évidence la réflexion d'Adébayo Olukoshi, les conclusions du rapport de la Commission pour l'Afrique sur le manque de capacités et de responsabilisation qui a engendré et/ou alimenté les problèmes de développement qui se posent à l'heure actuelle sur le continent, minimisent les facteurs externes pour mettre en exergue les causes internes de la situation difficile que vit l'Afrique, faisant abstraction de l'interaction entre les deux ou, en l'espèce, du fait que l'élément externe ait pu peser lourdement sur la balance. Pareilles approches ne reflètent nullement l'histoire des luttes inégales qui ont façonné et transformé l'Afrique, déterminé et restreint la marge de manà "uvre et les moyens d'action des Africains. Il importe de ne pas perdre de vue le fait que le développement conçu pour l'Afrique regorge d'idées, de modèles et systèmes venus de l'extérieur et s'inscrivant tous dans le cadre de l'objectif déclaré : la réduction de la pauvreté.
Ce discours et ses tenants réduisent souvent la question du développement à la problématique consistant à réaliser la croissance ou à faire reculer la pauvreté dans le cadre économique néolibéral. Malgré la conception et la pratique du développement alternatif, le problème est rarement examiné dans son ensemble. Il en est ainsi de l'Afrique en particulier, où les attentes fondées sur un certain type de modernité ont engendré des approches technicisées, fragmentées, dépolitisées, aseptisées et directives du développement en tant que processus unilinéaire consistant en des pratiques ritualisées, standardisées, aseptisées, quantifiables et prévisibles. On met plus l'accent sur la téléologie et l'analogie que sur l'étude systématique des processus en cours, à savoir l'ingéniosité dont font preuve les Africains pour tirer leur épingle du jeu dans cette mosaïque de conflits, d'influences et de conceptions qui règne sur leur continent.
Les théories du développement, par analogie ou mimétisme, ont atteint le sommet de l'art du recyclage, du camouflage ou du déguisement qui leur permet de se présenter sous diverses étiquettes,leurs adeptes refusant ou étant tout simplement incapables de changer de discours. Au lieu de remanier, de modifier, d'enrichir et de repenser leurs concepts et théories à la lumière de la riche expérience et des mutations contextuelles du monde contemporain, les chercheurs de cette obédience se sont cramponnés à l'idée qu'il existe des hégémonies intellectuelles et qu'on a intérêt à viser moins haut.
Ce directivisme et cette indifférence vis-à-vis des réalités et visions africaines sont exacerbés par l'arrogance et l'ignorance inhérentes aux visées hégémonistes. La cause de l'Afrique est par ailleurs desservie par le fait que la plupart des études sur lesquelles reposent les projets de développement ne portent pas de jugement critique sur les origines et normes européennes des sciences sociales, comme il ressort de la prolifération actuelle des directives « purement académiques » à l'adresse des prétendus « Etats africains en situation d'échec » (se référer par exemple à Stephens Ellis, « how to Rebuild Africa », Foreign Affairs 84 (5) : 1-14, 20005) ; on veille, en effet, à parer systématiquement à toute critique contre cette assertion problématique que les « Etats-nations » sont viables, qu'ils sont forcément inopérants au vu des rapports de forces à l'échelle mondiale dans la conjoncture néolibérale actuelle et que les Africains sont à blâmer pour n'avoir pas pu réaliser des Etats-nations fonctionnels. Il faut donc tout mettre en à "uvre pour mettre en place des états fonctionnels en Afrique noire, même si cela implique le placement des Etats « en situation d'échec » ou « inopérants » sous une forme de « tutelle internationale ». On trouve de plus en plus d'écrits d'érudits africains très critiques à l'égard de ces assertions problématiques face auxquelles les africanistes ne sauraient se permettre de rester indifférents (voir Abdul Raufu Moustapha dans ce Bulletin).
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Les contributions publiées dans ce Bulletin portent un regard critique sur la nature problématique des études par analogie et, en particulier, sur la médiocrité et l'indifférence que suscitent pareilles études. Cette médiocrité et cette indifférence ne plaident guère en faveur de l'Afrique et des Etudes africaines.
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