Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Une Gué-guerre entre gouvernement, travailleurs et patronat

Louis-Paul Eyenga Sana

12 Avril 2008


Kinshasa — Un bras de fer risque d'être engagé entre le gouvernement, les travailleurs d'une part et le patronat de l'autre. Le monde du travail bouillonne à la suite de la fixation du taux du SMIG à 3 %.

La proposition du Conseil national du travail relevant le taux du SMIG à 3 dollars est « une avancée significative » comme l'a dit à l'AFP Mme Marie-Ange Lukiana, ministre de l'Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale bien que cela inquiète le patronat qui s'est déclaré impuissant pour l'appliquer à cause de la situation macro-économique du moment. Le gouvernement est invité à prendre des mesures d'encadrement pour rassurer le patronat et respecter les engagements pris lors de la 3ème session extraordinaire du Conseil national de du travail.

Et pour cause. Les organisations syndicales du patronat congolais ont fait savoir dans une lettre adressée le 4 avril dernier à la ministre de l'Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale, que ce SMIG est susceptible d'asphyxier la plupart des entreprises privées du pays. Elles estiment que des secteurs agricole, pastoral, agro-industriel, industriel et surtout les PME éprouveront d'énormes difficultés pour surmonter une augmentation des charges salariales que va occasionner ce réajustement.

En définitive, soutient le patronat, l'application du nouveau SMIG pourrait conduire à la fermeture de certaines entreprises, et donc entraîner la suppression de plusieurs emplois ainsi que le développement du secteur informel. Ils proposent alors un Smig de 1.400 Fc (un peu moins de 2.5 Usd), payable en deux tranches : juillet 2008 et janvier 2009

UNE SITUATION MACRO-ECONOMIQUE PREOCCUPANTE

L'AFP a constaté que l'annonce de cette hausse du SMIG intervient après des mois de détérioration du pouvoir d'achat. En RDC, 75% des 60 millions d'habitants vivent avec moins de un dollar par jour et le plus bas salaire dans l'administration publique est d'environ 20 dollars par mois.

Le pain et les céréales ont augmenté de 27,6% et le prix de l'huile a bondi de 32% en six mois (de septembre 2007 à février 2008), selon l'Institut national de la statistique (INS).

Le coût des transports a augmenté de 46%, notamment du fait de la hausse du prix de l'essence et de difficultés d'approvisionnement, à la suite de mouvements sociaux des transporteurs.

L'inflation, qui frôlait les 10% fin 2007, a grimpé à 15% en taux annualisé en mars 2008, selon la Banque centrale du Congo (BCC). Cette hausse des prix est en partie liée à la dépréciation persistante de la monnaie nationale par rapport au dollar américain, devise de référence en RDC.

LES SUGGESTIONS DES TRAVAILLEURS

Face à cette situation et aux cris de détresse du patronat à cause du relèvement du taux du SIMG, les autres partenaires du monde du travail ont réagi. Il s'agit du ministère, à travers le secrétaire général à l'Emploi, Travail et Prévoyance sociale, M Bola Boniface et M Symphorien Dunia, président de l'Intersyndicale nationale du Congo.

Le premier a dit que rien n'a été imposé au patronat congolais, et qu'au contraire, la décision a été prise après des concertations préalables et sur base d'un consensus. « Toutes les décisions se prennent par consensus. Une semaine avant la tenue de cette session extraordinaire du Conseil national du travail, Mme la ministre de l'Emploi, du Travail et de la Prévoyance sociale avait reçu tous les partenaires du monde du travail autour des questions qui constituaient l'ordre du jour, c'est-à-dire, le réajustement su SMIG », a-t-il expliqué avant d'inviter ces partenaires d'être sincères.

Quant représentant des travailleurs, il a recommandé au gouvernement de prendre des mesures nécessaires et urgentes pour protéger le pouvoir d'achat de l'ensemble des masses laborieuses par l'allègement fiscal. En rapport avec ce point, les délégués des travailleurs au Conseil national du Travail ont suggéré aux ministères du Budget et des Finances de s'impliquer pour « la révision du barème de l'impôt professionnel sur le revenu (IPR) qui est un paramètre majeur dans la revalorisation du SMIG pour aboutir à des résultats gagnants-gagnants ». Les travailleurs ont également demandé au gouvernement « de rendre opérationnelle la Commission nationale des prix dont la mission est de suivre et d'évaluer annuellement le SMIG par rapport à l'évolution des prix en vue de sa révision éventuelle ».

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