Libération (Casablanca)

Maroc: Saâd Bendidi cède sa place à Mouatassim Belghazi à la tête d'ONA

Abdelouahed Kidiss

14 Avril 2008


Limogé pour mauvais résultats enregistrés après 3 ans et 3 mois d'activité

C'est fini avec Bendidi, à la tête d'ONA. Le premier conglomérat du Royaume s'est trouvé un autre profil, en la personne de Mouatassim Belghazi, dans l'objectif de sortir le Groupe de l'ornière. Le communiqué du conseil d'administration du Groupe ONA, publié vendredi, en fin de journée, et rendant public le limogeage de celui que d'aucuns qualifiaient de «boîtes à outils» a déjà fait le tour des rédactions qui en ont fait un délice. A ce jour, ce même communiqué n'est pas mis en ligne sur le site du holding. Mais l'opinion publique n'en reste pas moins attentive à l'évolution du puissant groupeprivé du Maroc.

Cette instabilité du management nuit, sans doute, à l'image de marque du puissant groupe marocain. Mais, à force de grandir et d'élargir son périmètre d'activités, ses principaux actionnaires, de plus en plus exigeants, deviennent plus gourmands en termes de rentabilité, de gestion optimisée et de profitabilité.

Saâd Bendidi est probablement victime de son succès. Son éviction est tout aussi surprenante que sa nomination. L'homme, qui fut l'oreille écouté du patron de Finance.com, comptait à son actif, entre autres, la mise en place du premier assureur du Maroc, après le bouclage réussi de la fusion des deux compagnies d'assurance, Al Wataniya-RMA, et la montée en puissance du deuxième opérateur télécoms, Méditel. Sa mission au sein du Groupe ONA, depuis qu'il en a pris le contrôle, début janvier 2005, consistait essentiellement à dupliquer les succès du concurrent redouté, en particulier dans ces secteurs dits à forte croissance.

Si le divorce avec AXA Assurance s'est déroulé dans des conditions plus ou moins favorables -avec des retombées positives pour les finances du holding-, la séparation du Groupe Auchan fut, en revanche, un peu tonitruante voire incommodante. Le plus dur est, sans aucun doute, le lancement et le développement de l'offre 3 G de l'opérateur télécoms Wana. Cette dernière a, non seulement coûté beaucoup plus cher, mais devait compliquer la donne pour l'état major du Groupe. Bendidi devait payer de sa tête les mauvais résultats de Wana, entité qui a rendu le Groupe ONA «unijambiste» avec un endettement de quelque 11,3 milliards de DH dont pas moins de 9 milliards de DH au titre de l'investissement.

Le communiqué du conseil d'administration, "relève que les besoins de financement additionnels concernant Wana, qui se montent à 5 milliards de DH, résultent de projections insuffisamment maîtrisées". Mohammed Mounir Majidi, conseiller du Roi en charge de Siger, actionnaire de référence du Groupe, confie que "la complétude et la fiabilité de l'information due aux administrateurs n'ont pas été assurées".

Le communiqué du conseil d'administration, tel qu'il a été relayé par un câble de l'AFP, note également "des éléments de négligences apparus et répétés dans le suivi et l'animation des affaires du groupe". Il a invité M. Bendidi "à rendre ses mandats".

A noter qu'à fin 2007, le Groupe ONA a enregistré des performances fortement contrastées, d'un pôle à l'autre. En dehors de l'agroalimentaire et de la distribution, les résultats sont plutôt mitigés. Si le chiffre d'affaires progresse de 15% à 32,8 milliards de dirhams, le résultat d'exploitation consolidé, en revanche, a cédé 29,3 % pour se limiter à 1,3 milliard de dirhams, en raison de l'importance des charges de démarrage de la filiale télécoms. Par conséquent, la marge opérationnelle se contracte de près de 2,5 points à 3,9%.

De la même manière, le bond de 80% du Résultat Net Part du Groupe -RNPG- à 1,7 milliard de DH est fondamentalement dopé par la plus-value réalisée sur la cession de participations dans les filiales de quelque 857 millions de DH, dont AXA Assurance Maroc (pour 678 millions de DH), La Monégasque (66 MDH) et Amendis (83 MDH).

Le nouveau président du Groupe ONA, Mouatassim Belghazi, aura, tout le monde en convient, du pain sur la planche et beaucoup de grains à moudre. Après avoir occupé plusieurs hautes fonctions au sein de l'administration publique, M. Belghazi a été nommé en 2006 PDG de la Somed, un groupe maroco-émirati présent dans le tourisme, l'industrie, l'immobilier et l'agro-alimentaire. Il est également président du conseil d'administration de la Fondation pour le développement local et le partenariat (plus connue sous l'acronyme FONDEP Micro-Crédit), qui a réussi à obtenir la 5ème place au niveau mondial pour les associations de Micro-Crédit. Ce classement, rappelons-le, a été établi en décembre dernier par le très sérieux magazine économique américain Forbes,

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Fort de ses connaissances du monde des affaires et connu dans les milieux universitaires et économiques (diplômé du Centre d'études financières, économiques et bancaires de Marseille, membre du prestigieux Centre d'analyse économique de la Faculté d'économie de l'Université Paul Cézanne d'Aix-en-Provence et auteur de plusieurs articles scientifiques), M. Belghazi, docteur d'Etat en sciences économique, saura-t-il réussir les challenges qui l'attendent?

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