Le Potentiel (Kinshasa)

Kenya: Annan le Kenyan

Ben-Clet

15 Avril 2008


analyse

Kinshasa — Enfin ! Après avoir fait massacrer 1500 Kenyans, leurs compatriotes, et forcé 300 000 autres à émigrer de l'Est à l'Ouest du pays et vice versa, à la recherche d'une terre d'asile, les politiciens du Kenya se réconcilient. Toute honte bue et sans remords.

Le président Mwai Kibaki et son ancien rival, Raila Odinga, devenu premier ministre par la magie de la médiation de Kofi Annan, ont donc formé un gouvernement de coalition nationale. Avec, à la clef, la répartition fifty-fifty de la quarantaine de postes ministériels.

Ce pacte est intervenu après de laborieuses tractations, dont nul observateur n'attendait plus qu'un deuxième round des violences ethniques, en lieu et place de l'espoir. C'est comme si l'ancien chef de l'Etat ainsi que son challenger à la présidentielle de février dernier avaient besoin de s'enivrer du sang des martyrs pour consolider leur prétention au pouvoir, quitte à régner ensuite sur des cadavres. Espèce de vampires. Pouah !

Kibaki et Odinga se sont comportés en incendiaires. A cause de cela, ils méritent la pendaison par les co uilles. En outre, ils sont indignes de la sympathie de leur communauté. Parce que, des Kenyans d'en bas, en tout cas étrangers à la sorcellerie politique, sont innocemment tombés victimes des pogroms et de la chasse à l'homme téléguidés par chaque camp. Pis, des policiers instrumentalisés ont chargé et trucidé de nombreux civils. Pendant que des milliers d'édifices et de cases partaient en fumée.

Aujourd'hui que le président Kibaki et le premier ministre Odinga ont fumé le calumet de la paix et qu'ils ont proclamé leur volonté de «bâtir un nouveau Kenya où la justice sera le bouclier», il faut les obliger à réparer les blessures tant morales que physiques infligées au peuple kenyan. Ils doivent, in fine, payer leur dette pour les préjudices causés par l'incendie qu'ils ont personnellement allumé.

Les pyromanes du genre Kibaki (76 ans) ou de la variété Odinga (63 ans), l'Afrique en compte à la pelle. Conséquence : du Zimbabwe à l'Egypte, en passant par le Cameroun, le Gabon et le Burkina Faso, le spectre des violences à la kenyane est omniprésent. Néanmoins, le gâchis apocalyptique pourrait être différé si les peuples d'Afrique se liguaient dans une sorte de conscience conscientisante pour évacuer, chaque fois, des imposteurs du type «père de la Nation».

Bravo, Annan ! Les Kenyans te sont redevables. L'Afrique aussi.

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