Libération (Casablanca)

Maroc: "Sans arme, ni haine, ni violence"

A.P

15 Avril 2008


Histoire d'un gentleman cambrioleur

C'est l'histoire d'un petit photographe de province qui s'ennuie ferme à faire des photos de mariage, l'histoire d'un homme qui, au hasard d'une idée piquée dans un vieux polar, décide de réaliser l'un des plus gros casses du siècle. C'est l'histoire d'un gentleman cambrioleur, excentrique et extraverti, adulé par la presse, un voleur dont le nom est passé à la postérité: Albert Spaggiari, auteur de la célèbre attaque de la salle des coffres de la Société générale à Nice, 50 millions de francs dérobés via les égouts!

Pour réaliser un film sur un personnage aussi surréaliste, véritable fou du danger et du déguisement, il fallait bien un ex-Robin des bois, un acteur qui a commencé sa carrière en "faisant le con" sur la chaîne Comédie et qui, aujourd'hui, réalise son premier coup d'essai en tant que co-scénariste et réalisateur: Jean-Paul Rouve.

On le savait talentueux et fantasque dans ses choix de carrière. Voici qu'il surprend de nouveau, en portant son projet de A à Z, pour signer un fabuleux premier film: "Sans arme, ni haine, ni violence" (sortie mercredi dans les salles en France).

Appréhendé en 1977 pour avoir conçu, organisé et réussi le fameux casse de Nice, Albert Spaggiari (Jean-Paul Rouve) s'évade du bureau du juge d'instruction en sautant par la fenêtre. Pendant des années, il va rester insaisissable, résistant à toutes les tentatives d'arrestation, au nez et à la barbe de la police et de la justice.

Au cours de sa longue cavale ensoleillée en Amérique du Sud, il multiplie les déguisements et les identités, organise des rencontres avec les journalistes, fait des photos en forme de pied de nez au public français. Petit à petit, Spaggiari entre dans la légende des criminels de l'époque. Mais un curieux criminel, sympathique et loufoque.

Pour Vincent Goumard (Gilles Lellouche), petit reporter de banlieue, ce célèbre fuyard représente une aubaine, celle d'un article qui ferait la Une de "Paris Match". Il réussit à décrocher une interview et l'approcher pendant quelques jours dans une ville d'Amérique du Sud, où il s'est réfugié avec sa compagne Julia (Alice Taglioni). Mais au contact de Spaggiari, Vincent découvre un être qui n'a rien à voir avec le grand banditisme, une sorte d'Arsène Lupin, généreux et facétieux, un homme qui souffre de ne pas profiter davantage de sa gloire, un looser grandiose, fauché mais toujours traqué par la police...

"Il y a déjà un moment que je voulais initier un film autour d'Albert Spaggiari. J'avais envie d'interpréter ce type-là, je trouvais que c'était un beau rôle", confie Jean-Paul Rouve. Pour jouer ce "beau rôle", ce personnage qui lui colle à la peau jusqu'à cette ressemblance physique quasi surréaliste, il s'est décidé à écrire et réaliser lui-même son film.

Inspiré par la véritable histoire d'Albert Spaggiari, nourri par ses innombrables interviews et interventions publiques, "Sans arme, ni haine, ni violence" évite pourtant l'écueil du bio-pic classique et sans surprises. Son secret: une narration en flash-back, une réalisation très "70's" et quelques libertés prises par rapport à la réalité.

Malgré des moyens de tournage relativement limités, Jean-Paul Rouve recrée l'atmosphère des films des années 1970. Les costumes, les décors, le grain de l'image, tout respire la vague hippie et disco, jusqu'aux acteurs, Alice Taglioni et Gilles Lellouche, qui semblent tout droit sortis d'un film de Mireille Darc ou de Charles Bronson.

Fasciné par Spaggiari et son statut de voleur vantard devenu star, Jean-Paul Rouve réussit le pari de faire un film à son image, bourré de fantaisie et de trouvailles, tant dans la narration que dans le montage, avec de vraies pépites: l'arrivée à l'aéroport en Amérique Latine, la découverte de la salle des coffres à Nice ou encore cette séquence finale, attendue peut-être, mais drôlement émouvante.

Lorsqu'on lui demande ses références, l'ex-Robin des Bois aligne pêle-mêle Antonioni et "Tintin et les Picaros", Claude Lelouch et "Le Parrain", James Cameron et Costa-Gavras. Mélange de genres et mélanges d'époques aussi dans ce premier film monté par petits bouts façon puzzle, savoureux comme son personnage principal, petit voleur, petit acteur, devenu grand.

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