Kader Traoré
15 Avril 2008
Ca y est, les Ivoiriens ont enfin décidé d'une date pour la tenue de leur présidentielle.
La rencontre gouvernementale du lundi 14 avril dernier, qui avait pourtant un air folklorique, a accouché contre toute attente d'une décision très capitale pour l'avenir de la Côte d'Ivoire : en effet, à l'issue de ce Conseil des ministres extraordinaire, la résolution a été prise d'un commun accord entre les partis politiques engagés dans le processus de sortie de crise de repousser au 30 novembre prochain la tenue du premier tour de l'élection présidentielle.
L'exécutif ivoirien a aussi mis cette réunion à profit pour examiner certains textes électoraux, qui sont d'une importance capitale dans ce processus. Voici une bonne nouvelle qui vient assurer un tant soit peu à l'opinion ivoirienne et internationale que ce pays est résolument tourné vers la sortie de la profonde crise sociopolitique qui le déchire depuis la prise d'armes des rebelles le 19 septembre 2002.
De toute évidence, le monde savait que le mois de juin, précédemment choisi, ne tiendrait pas. Non seulement le pays n'était pas unifié, mais aussi et surtout, il y a tout un ensemble de préalables qu'il fallait réunir.
D'abord attendue en 2005, à la fin légale du mandat de Laurent Gbagbo, l'élection présidentielle sera mainte fois repoussée. La date de juin 2008 n'était d'ailleurs qu'une simple vue de l'esprit. Il fallait logiquement s'attendre donc à ce nouveau report ; lequel renvoi doit être précédé d'un ensemble de mesures pour surmonter les obstructions d'antan.
Si la nouvelle date tient, ça signifierait que les politiques ivoiriens ont compris que la résolution de la crise, qui les a longtemps divisés, passe forcément par eux, même s'il faut admettre que les bases de ces accords ont été entérinées à Ouagadougou. En tout cas, le facilitateur et président burkinabè, Blaise Compaoré, doit s'en réjouir, lui qui ne voulait pas que le scrutin présidentiel ivoirien aille au-delà de 2008.
Mais quoi qu'on dise, le plus dur reste à venir : il faudra maintenant mener à bien le processus d'identification et la confection des cartes électorales. Cela passe nécessairement par une bonne collaboration entre la Sagem (l'opérateur technique français) et l'INS (Institut national de la statistique).
A ce sujet, il y avait des appréhensions somme toute légitimes des partis de l'opposition. Ces derniers se méfient en effet de l'INS, dont les membres sont nommés par le président Laurent Gbagbo. Et leur crainte reste légitime.
Mais puisque les deux organismes vont devoir travailler de concert à chaque étape de l'évolution de l'identification, de l'enrôlement jusqu'à la distribution des cartes d'identité et d'électeur, les inquiétudes devraient être minimisées
Maintenant, il faut que chaque partie prenante joue franc-jeu pour que cette ultime chance ne soit pas gâchée, et n'aboutisse à des remous postélectoraux, comme on en voit çà et là.
L'autre point important qu'il faut souligner, c'est le fait que l'Etat ivoirien ait consenti à investir une enveloppe financière de plus de 66 milliards de francs CFA pour que tout se passe bien. Cela démontre, si besoin en était encore, que ce pays, malgré toutes les viscissitudes qui le plombent depuis 2002, n'en conserve pas moins les reins solides. Car mobiliser de tels fonds nécessite une stabilité et une assise économique appréciable.
Le moins que l'on puisse dire est que le président Laurent Gbagbo, qui s'est rendu hier aux Nations unies, a un nouvel argument à brandir devant ses pairs ; lui qui, mine de rien, est à la tête de l'Etat ivoirien depuis déjà huit ans. Il a ainsi l'occasion de montrer sa bonne foi concernant la sortie de crise. Et au besoin, il pourra se targuer d'avoir conduit à bon port le navire battant pavillon « réconciliation nationale ivoirienne ».
Au sortir de six ans d'un conflit fratricide, des troubles postélectoraux seraient catastrophiques pour ce pays qui a su, malgré tout, tenir le cap. Honte donc à ceux qui s'aviseraient de travailler à replonger le pays dans la discorde civile.
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