Felix Nzale
18 Avril 2008
Aimé Césaire a finalement perdu son combat contre la mort. Dans leur cheminement intellectuel et idéologique avec Senghor, Léon-Gontran Damas et Gilbert Gratiant, ils ont notamment jeté les bases du concept de Négritude.
Aimé Césaire est âgé 18 ans quand il débarque à Paris au lycée Louis le Grand. Il s'y lie avec le futur président Léopold Sédar Senghor, au contact duquel il découvre l'Afrique et les musiciens noirs-américains. Durant cette période, « il se décolonise de l'intérieur », avouera-t-il plus tard. Ensemble, ils redécouvrent la phrase du philosophe allemand Hegel qui affirme que « ce n'est pas par la négation du singulier que l'on va à l'Universel, mais par l'appronfondissement du singulier ». Et Césaire de conclure : « Tu vois, plus nous serons Nègres, plus nous serons des Hommes ». Admis à l'Ecole normale, Césaire devient président de l'Association des Etudiants Martiniquais en 1934 et fonde le journal L'Etudiant noir.
Toujours accompagné de Senghor, mais également de Léon-Gontran Damas et de Gilbert Gratiant, il jette les bases du concept de Négritude et, avec Alioune Diop, ils fondent les Editions Présence africaine, dont la vocation est de donner un moyen d'expression aux auteurs d'Afrique, des Caraïbes et de l'Océan Indien.
Lorsque Césaire se présente à l'Assemblée nationale le 12 mars 1946, il place la République française devant ses responsabilités : « entre désintégration et intégration, il y a de la place pour l'invention. Nous sommes condamnés à inventer ensemble ou à sombrer, et pas forcément pavillon haut », s'exclame-t-il. Une semaine plus tard, les départements d'Outre-mer naissent officielement et Césaire prend déjà sa place dans l'Histoire.
Avec le concept de Négritude, Aimé Césaire inscrit son discours dans une logique résolument universelle. Il réaffirme à tous les déracinés et descendants d'esclaves la grandeur de la civilisation africaine qu'il veut source de fierté pour tous les Noirs. En 1939 déjà, avec Cahier d'un retour au pays natal, il amorce sa quête identitaire et pousse « un grand cri nègre ». L'ouvrage deviendra une source de référence incontournable pour tous les intellectuels des diasporas noires dans les décennies qui suivront. Subjugué par l'universalité de Césaire et par sa poésie surréaliste, l'écrivain français André Breton l'édite et le préface.
La poésie de Césaire s'affirme dans un style qui fascinera également Jean-Paul Sartre. Pour l'écrivain martiniquais, « la quête surréaliste permet de descendre au plus profond de soi-même et de libérer l'imaginaire du carcan de la langue ». De manière générale, il affirme que « la poésie est la réappropriation de nous par nous-mêmes ».
Défenseur de la Négritude, insatiable combattant pour la désaliénation des peuples, le poète est, selon Senghor, celui de « la Fraternité universelle ». Aimé Césaire a défriché le terrain sur lequel est née la créolité d'une nouvelle génération d'auteurs.
Il est le parrain, rappelons-le, de la 3è édition du Festival mondial des Arts nègres, prévue en février 2009 au Sénégal. Et à ce titre il a reçu récemment, à l'occasion de son 94è anniversaire, une visite de la Coordination générale du Fesman et des membres de l'organisation du Gala de la Reconnaissance qui lui ont rendu hommage.
(Source : Rfo)
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