Julien Pagès
18 Avril 2008
Que l'on inhale chaque jour, de grandes quantités de CO2 lorsqu'on vit à Casablanca, ce n'est pas vraiment une nouvelle.
Les Casablancais sont, en effet, tristement habitués à ces lourdes émanations de gaz que dégagent en permanence les pots d'échappement des autobus, ces nuages épais qui sortent sans discontinuité des cheminées de leurs usines. On en aurait presque oublié ce que c'est que de respirer l'air frais des campagnes. Seules quelques demoiselles, un brin délicates, osent encore s'éventer le nez en passant derrière un bus qui redémarre. Un geste dont la portée reste malheureusement symbolique.
«Heureusement, rétorque-t-on pour se rassurer, du fait de sasituation géographique, faisant tampon entre l'océan et de grandes plaines balayées par les vents, ce dragon qu'est la «maison blanche», peut paraître relativement aérée, comparé à d'autres métropoles mondiales telles que Bombay ou Pekin.» Mais le vent, qui souffle fort en cette période, emporte-t-il vraiment tous les soucis des Casablancais?
Le sujet de la pollution urbaine, bien que peu débattu, n'en est pas moins sensible étant donné le bassin de population que représente la citadelle casablancaise. D'autant que la qualité de l'air est, au même titre que celle de l'eau, une des responsabilités des autorités de la ville, et que les maladies respiratoires restent la première cause de mortalité chez les populations masculines.
Depuis 2003, la ville a justement tenté d'assumer ses responsabilités: sept stations fixes de surveillance de la qualité del'air ont été érigées aux quatre coins de la région. Gérées par la Direction de la Météorologie nationale, elles s'occupent d'engranger les statistiques, afin d'établir, en quelque sorte, un diagnostic des poumons de la commune. Or, les scientifiques sont formels, les indicateurs sont au rouge.
Partant de ce constat, la Wilaya de Casablanca, en collaboration avec le Secrétariat d'Etat chargé de l'Eau et de l'Environnement ont décidé d'établir un inventaire des émissions atmosphériques avec, pour objectif de déterminer les sources de cette pollution. Il ressort de l'étude, à mi-parcours, que les principales causes de la pollution, on s'en serait douté, sont la circulation automobile et l'activité industrielle.
À ce jour, les premières recommandations de la Wilaya, dans le but d'améliorer la qualité de vie de ses administrés, concernent donc deux points. La promotion, d'une part, d'un transport en commun «rationalisé et respectueux des normes écologiques mondiales» afin de réduire l'utilisation des voitures personnelles. La production, d'autre part, d'hydrocarbures de meilleure qualité à travers le projet de modernisation de la raffinerie SAMIR.
Par des «transports en communrationalisés», on entend le fait que ceux-ci tiennent compte des directives du Plan de Déplacement Urbain, afin de coller au mieux, voire d'anticiper la demande en déplacement des citoyens. Cela devrait permettre d'éviter les trajets inutiles tout en empêchant que les usagers, las d'attendre ou d'être entassés, ne succombent à la tentation du véhicule individuel. Des voitures personnelles qui se sont multipliées «ces cinq dernières années» dans les boulevards de la capitale jusqu'à rendre la situation intenable aux heures de pointe. Parole de taxi.
Par ailleurs, depuis 20 ans, plusieurs études se sont succédé concernant la faisabilité d'un métro casablancais. Abandonnée du fait de la proximité de l'océan, l'idée d'un moyen de transport alternatif a réémergé sous la forme, moins grandiose, d'un tramway. Mais alors que la communauté Rabat-Salé entame la construction de sa propre ligne, rien ne semble fait, pour le moment, pour transposer le projet à la capitale économique. Est-il nécessaire de rappeler que dans les années 70, les autorités de la même ville avaient mis à la casse les trolley-bus, qui sillonnaient les rues à l'aide d'électricité...?
Concernant, maintenant, la participation des industries à la réduction d'émissions de gaz carbonique, des partenariats devraient être conclus avec les autorités afin que les principaux pollueurs supposés, installent des systèmes d'auto-contrôle. Ces systèmes permettront de fournir des rapports, remis à la wilaya, et qui serviront de base à la mise en oeuvre d'une réglementation commune. L'intérêt serait, à terme, d'assurer le respect des normes environnementales internationales via des processus de certification tels que l'ISO 14001.
Ces différents projets marquent, quoi qu'on en dise, le début d'une prise de conscience. «Tardive mais néanmoins louable» notent les associations de défense de l'environnement. Ils entrent dans le cadre de «l'ambitieux projet» «Qualit'air» lancé par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l'environnement.
Ils devraient, en marge, s'accompagner d'une multiplication des centres de contrôles techniques automobiles agréés, eux-mêmes alimentés en mécaniciens spécialisés formés dans les écoles du royaume.
Finalement, la grisaille de la cité, due à l'urbanisation sauvage des dernières décennies, devrait être compensée par la constitution d'une «ceinture verte». Faite de parcs et d'aires de jeux, elle permettra d'aérer l'espace au propre comme au figuré, tout en répondant à un besoin réel de la population.
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