Cyr Payim Ouédraogo
21 Avril 2008
Des pièces de 1000 à 1300 ans après JésusChrist intègrent le Musée national
L'ambiance valait son pesant d'or : les différents acteurs qui ont oeuvré pour le retour des 262 objets archéologiques volés, découverts par la Douane de Rouen en France, étaient là lors de la remise officielle de ceux-ci dans la soirée du jeudi 17 avril 2008 au Musée national. Il s'agit du ministre de la Culture, Filippe Sawadogo, ambassadeur du Burkina Faso en France à l'époque des faits, du secrétaire général du même ministère, Souleymane Ouédraogo, jadis conseiller culturel de ladite ambassade ainsi que du consul honoraire du Burkina à Rouen, Alain Patrizio.
A la suite de Mamio, 262 objets archéologiques dérobés sont revenus au bercail. S'agissant de l'histoire de Mamio, on se rappelle que cette statuette de fécondité des Kurumba, volée en 1991 à Pobé Mengao (nord du Burkina), n'avait retrouvé le chemin de sa terre que dix ans plus tard. Il a fallu l'action conjuguée d'Interpol et du Pr Jean-Baptiste Kienthéga, archéologue à l'université de Ouagadougou, pour se rendre compte que la précieuse statuette était en Allemagne.
Le cas de Mamio a été largement médiatisé et a même fait l'objet d'un film documentaire réalisé par Nissi Joanny Traoré. Au cours de la remise officielle, le jeudi dernier, des biens culturels volés, le Pr Jean-Baptiste Kienthéga était présent aux côtés des officiels, dont le ministre de la Culture et l'ambassadeur de France au Burkina, François Goldblatt. Une opportunité pour les autorités de saluer l'engagement de celui-ci au retour de Mamio ainsi qu'à la lutte contre le trafic illicite des objets archéologiques.
Le secrétaire général du ministère de la Culture a fait la genèse des objets retrouvés sur le sol français. Selon lui, en effet, c'est en janvier 2007 que l'ambassade du Burkina Faso a été informée, par les services de Douanes de Rouen, de la saisie de pièces archéologiques en provenance de notre pays. Au nombre de 262, les pièces archéologiques, qui dateraient de 1000 à 1300 ans après Jésus-Christ, sont composées de 231 fragments de poterie, de 8 poteries entières, de 17 objets en pierre et de 6 autres en bronze.
Pour avoir suivi le dossier à l'époque, il a loué l'exemplarité de la collaboration avec les autorités françaises, qui a permis la restitution diligente desdits objets dans les locaux des services de Douanes de Rouen le 6 juillet 2007. Quant au Consul honoraire du Burkina à Rouen, Alain Patrisio, il s'est dit ému et fier de participer à la remise des vestiges archéologiques qui constituent une partie importante de l'histoire du Pays des hommes intègres.
Il a laissé entendre que ce dossier a commencé en décembre 2006 avec un transitaire originaire de Normandie qui a déclaré aux services de Douanes du port de Rouen que les biens culturels n'étaient que des effets d'un couple français qui quittait définitivement le Burkina pour leur patrie. Mais le professionnalisme des douaniers a payé, puisque ceux-ci ont trouvé autre chose à la place de ce qui avait été déclaré...
Des enquêtes menées par les services de Douanes de Rouen ont révélé qu'il s'agissait en réalité que d'objets archéologiques volés. Quant au directeur général du Patrimoine culturel, Jean Claude Dioma, il a déploré que le phénomène du trafic illicite des biens culturels ait pris autant d'ampleur. Et de relever que rien que pour l'année 2007, 669 pièces et d'importants objets archéologiques en provenance respectivement du Mali et du Niger ont été saisis à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.
Sur le plan national, en 2004, des caisses de 200 statuettes ont été saisies tandis que 33 sculptures en pierre, probablement d'origine malienne, ont été retrouvées en juillet 2007 par le Service régional de la police judiciaire dans un domicile à Ouagadougou. Il a donc exhorté les différents pays à réglementer non seulement les fouilles archéologiques, mais aussi l'exportation et l'importation des biens culturels.
La directrice générale du Musée national, Alimata Sawadogo, en réceptionnant les objets subtilisés, a promis d'en faire bon usage. Avant de contempler le lot de pièces exposées, le ministre de la Culture a présenté ses condoléances à l'ambassadeur français et à son pays, suite au décès ce même jour (17 avril) du dernier chantre de la Négritude, Aimé Césaire.
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