22 Avril 2008
Kinshasa — Le secteur de la micro finance est en forte expansion dans les pays en développement mais également dans les pays industrialisés et la problématique de la microfinance revient au coeur du débat sur le développement et la lutte contre la pauvreté. Toutefois, force est de constater que, malgré l'importance qu'a prise le secteur de la microfinance dans le monde, la définition de la micro finance ne fait pas l'unanimité ou, ce qui revient au même, il y a une controverse autour du concept de microfinance.
Il existe en effet de nombreuses définitions de la microfinance et de nombreuses controverses entre les spécialistes sur le concept de microfinance. Les nombreuses définitions de la microfinance peuvent être regroupées en trois grands types: les définitions quantitatives, les définitions institutionnelles et les définitions normatives.
Parmi les multiples définitions quantitatives de la microfinance proposées, on peut faire une distinction entre la microfinance au sens strict et la microfinance au sens large. Au sens strict, la micro finance est définie comme étant l'ensemble des activités de micro-épargne, de microcrédit, de micro-assurance ou de transfert d'argent de faibles montants (moins de 100 Usd). La microfinance au sens élargi inclut par contre les activités d'intermédiation microfinancière portant sur des montants pouvant dépasser 100 $US.
La Banque mondiale (elle s'intéresse ouvertement à la micro finance depuis quelques années), pour sa part, a préconisé un critère de définition de la microfinance et plus singulièrement du microcrédit qui tient compte du niveau de vie mesuré par le produit national brut (PNB) par habitant. Le microcrédit est défini comme tout crédit dont le montant est inférieur ou égal à 40% du PNB par habitant.
Cette définition est très contestée, car si le recours au PNB par habitant comme indicateur du niveau de vie est très répandu, le calcul de cet indicateur ne prend guère en compte des éléments qualitatifs et continue de faire débat. Au-delà même du fait que le PNB par habitant est un indicateur purement quantitatif, il y a l'incertitude des données de base qui servent à calculer le PNB, notamment dans les pays en développement. De surcroît, le classement des économies nationales selon le PNB par habitant varie considérablement d'une source à l'autre. Cela jette évidemment le doute sur les possibilités de comparaisons régionales ou internationales fiables.
Doit-on utiliser des critères quantitatifs pour définir la microfinance? Pour certains spécialistes .de la micro finance, la réponse est non. Car les critères quantitatifs comportent toujours un élément d'arbitraire. Ils ne tiennent pas ou tiennent insuffisamment compte du contexte économique local. D'autres spécialistes de la microfinance font remarquer que les divergences entre les différents critères quantitatifs proposés pour définir la microfinance peuvent être suffisamment importantes pour modifier le classement des différentes institutions de microfinance d'un pays, d'une région ou d'un continent. D'autres encore se demandent si les institutions dans lesquelles le montant moyen des transactions est supérieur à 100 $US ou qui octroient des prêts de 100 à 500 $US, voire plus, font véritablement partie de la microfinance.
Certains travaux récents sur la notion de microfinance réalisés par les auteurs qui rejettent l'utilisation des critères quantitatifs susmentionnés montrent que, malgré leurs nombreuses différences, les institutions de microfinance partagent d'autres caractéristiques qui tendent à les rapprocher. Les auteurs de ces travaux proposent dès lors une définition institutionnelle de la microfinance qui intègre 'les caractéristiques intrinsèques des institutions de micro finance, à savoir la proximité, l'entraide et la solidarité, le public cible constitué de populations démunies, etc.
Une des principales caractéristiques de la plupart des initiatives dans le domaine de la microfinance est en effet la méthodologie de la « triple proximité» : la proximité physique, la proximité sociale et la proximité relationnelle. Conscientes de la forte corrélation qui existe entre le taux de pénétration et la forte implication des clients dans la gestion du système, de nombreuses institutions de microfinance tissent des relations de proximité physique ou géographique avec leurs clients.
Les institutions de microfmance travaillent par ailleurs à être socialement plus proches de leurs clients, en favorisant le développement d'une grande relation de proximité entre le personnel de terrain et les clients, en adaptant en permanence leur système d'offre, leur culture « gestionnelle » et leur politique de gestion au niveau local, en simplifiant au maximum les procédures bancaires, en offrant des produits et services qui répondent aux besoins du public cible (les populations pauvres) et sont relativement souples dans les types de garanties à fournir pour bénéficier d'un prêt. Mieux, au coeur de certaines pratiques de microfinance et plus particulièrement des expériences coopératives ou mutualistes d'épargne et de crédit se trouve le thème de solidarité entre clients/membres, entre pauvres.
Les institutions de microfinance sont alors présentées comme des « institutions qui offrent des services financiers de proximité aux personnes pauvres mais économiquement actives » (AFMIN, 2002) ou «un ensemble d'organisations aux formes et aux statuts divers, pratiquant des opérations de prêt et/ou de collecte d'épargne de faibles montants, à une échelle décentralisée, et fondées sur la proximité » (Servet, 2006, p. 225) où encore «des institutions qui offrent aux exclus du système bancaire classique la possibilité d'épargner ou d'emprunter des sommes très modiques, et d'entrer ainsi dans la voie du développement économique. Les liens sociaux étant souvent la principale richesse des plus pauvres, ces institutions cherchent également à les renforcer, notamment en constituant des groupes de solidarité qui, par ailleurs, permettent de sécuriser les prêts» (Chao Béroff, 2002, p. 1).
D'autres auteurs montrent qu'il existe, au sein des institutions de micro finance, d'autres points communs, notamment la nature et les types de services offerts. Partant de l'hypothèse que les populations pauvres ont besoin d'une gamme complète de services financiers et de services non financiers, et non pas uniquement de services financiers purs, et que la recherche de l'efficacité commande que le problème soit traité de façon globale, ils proposent d'aller au-delà des caractéristiques suscitées et d'examiner d'autres facteurs qui font que l'offre des institutions de microfinance est plus adaptée à la demande des populations pauvres.
Ils soutiennent par ailleurs que les performances économiques et financières des institutions de microfinance s'expliquent, entre autres, par le fait que bon nombre d'entre elles combinent plusieurs types d'action au profit de leurs membres/clients: une action visant l'accès aux services financiers et une action d'appui non financier face à des besoins essentiels dans des domaines tels que la formation, le suivi-conseil. Les véritables institutions de microfinance seraient celles qui pratiquent la multifonctionnalité, c'est-à-dire celles qui s'occupent à la fois des besoins financiers et des besoins non financiers de leurs membres/clients.
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