Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Controverse autour du concept de microfinance

22 Avril 2008


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Cette façon de concevoir le rôle des institutions de microfinance permet de les définir comme des institutions qui visent de façon générale à améliorer la situation des populations démunies en leur fournissant des services financiers et des services non financiers complémentaires. Ainsi par exemple, pour Ziadi « la microfinance se rapporte à toute activité liée aux services financiers et sociaux au profit des exclus, telles que le microcrédit, l'assurance-vie, la formation, l'éducation... »

Dans le même ordre d'idée, la Caisse française de développement (2005) démontre que la microfinance renvoie à quatre principaux critères: (i) la mise en place de dispositifs de financements spécifiques, notamment des microcrédits en faveur des populations non «bancables» et pour des activités génératrices de revenus, (ii) l'extension de la bancarisation des populations exclues du secteur bancaire, en leur offrant la possibilité de disposer d'un compte en banque pour y déposer leurs économies et servir de support à des opérations de crédit, (iii) la mise à disposition des populations pauvres des moyens de paiements tels que les virements de fonds, nationaux et internationaux, et (iv) la fourniture d'autres services financiers (micro-assurance) ou non financiers (formation).

Pour d'autres enfin, les institutions de microfinance diffèrent dans leur histoire et dans leurs pratiques. Mais toutes sont liées par une finalité commune, à savoir le développement et la lutte contre la pauvreté (par opposition aux banques classiques qui sont à la recherche de la rentabilité). Dans la nouvelle version de l'Instruction N° 1 aux institutions de microfinance parue en décembre 2005, la Banque centrale du Congo définit ainsi la microfinance : elle est « la prestation de services de crédit et/ou d'épargne aux agents économiques vulnérables, exclus du système bancaire classique, en vue de leur permettre de réaliser des activités génératrices de revenus, de créer des emplois et ainsi lutter contre la pauvreté»

Pour André Chomel de la Fondation du Crédit Coopératif (France) également le terme microfinance «désigne l'ensemble des organisations de natures diverses, dont tout ou partie de l'activité a pour objectif, dans une perspective de lutte contre la pauvreté et/ou le développement, de mettre à la disposition des populations démunies les services de crédit et d'épargne nécessaires pour promouvoir ou soutenir des activités de production et de service, assurant leur autonomie et leur dignité ».

Les institutions de microfinance ont pour caractéristique et, c'est là un autre dénominateur commun, d'être capables de répondre aux défaillances d'autres acteurs dans le secteur financier, celles du secteur bancaire classique en particulier. Raison pour laquelle, un autre courant, parmi ceux qui rejettent l'utilisation des critères quantitatifs pour définir la microfinance, propose une définition (on parle de définition normative) qui s'appuie soit sur les imperfections ou les échecs du marché (en l'occurrence des populations qui sont exclues aussi bien au niveau des dépôts qu'au niveau des prêts par les banques classiques), soit sur les problèmes d'asymétrie d'informations.

Sans entrer dans les détails, disons que les définitions qui mettent l'accent sur les échecs du marché se fondent sur l'idée selon laquelle les institutions de microfinance remplissent un vide qui découle de l'inadéquation entre la demande de financement des populations pauvres et l'offre du système bancaire classique. En d'autres termes, le non-accès des populations pauvres aux banques engendre l'exclusion économique de ces populations. En donnant justement la chance aux populations exclues des banques d'accéder à des services financiers, et donc de financer leurs besoins, les institutions de microfinance apparaissent comme des substituts au secteur bancaire classique.

Cette façon de concevoir la microfinance permet de la définir comme étant «l'offre de services financiers (principalement crédit et épargne) à des personnes exclues des systèmes bancaires classiques» (Labie, 2005, p. 5) ou «un ensemble très diversifié de dispositifs offrant des capacités d'épargne, de prêt ou d'assurance à de larges fractions des populations rurales, mais aussi urbaines, n'ayant pas accès aux services financiers des établissements soumis à des contraintes de rentabilité immédiates et à certains ratios prudentiels, modèle qui domine dans les pays capitalistes développés» (Gentil et Servet, 2002, p. 737) ou encore « l'octroi de services financiers à des personnes en situation de précarité économique... Ces personnes n'ont généralement pas accès aux institutions financières commerciales en raison de leur profil socio-économique» (Attali et Arthus-Bertrand, 2007, p. 34).

Ceux qui définissent la microfinance à partir des problèmes d'asymétrie d'informations, insistent sur le fait que l'un des défis majeurs auxquels fait face une institution financière est de pouvoir évaluer correctement la qualité de chaque emprunteur et son comportement dans le futur, mais aussi d'arriver à 1'inciter à révéler toute l'information dont il dispose, et donc de l'empêcher à adopter un comportement opportuniste. Ils montrent que, contrairement aux banques classiques, les institutions de microfinance arrivent à maîtriser les risques liés aux problèmes de l'asymétrie d'informations, notamment l'insuffisance des données sur l'activité financée et la difficulté à surveiller le comportement de l'emprunteur lors du déroulement ;du crédit.

La microfinance est alors définie comme étant l'ensemble des institutions spécifiques produisant de l'information sur les agents et, qui dans les conditions de transactions financières avec les agents spécifiques (notamment les populations démunies), sont comparativement plus efficaces que le marché.

Cet éventail de définitions montre bien la complexité du concept de microfinance. En même temps, elle témoigne de son actualité. Pour notre part, le terme microfinance désigne des institutions formelles, semi-formelles ou informelles, offrant exclusivement ou principalement des services financiers (épargne, crédit, assurance, transfert de fonds, etc.), le plus souvent en faveur des populations démunies des pays les pays du Sud mais aussi des populations défavorisées des pays du Nord.

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