Les maux qui minent cette initiative des pays riches en faveur des pays pauvres recensés par la société civile.
L'aide publique au développement mise à la disposition des pays pauvres par les pays riches est une source de revenu fondamentale dans les budgets de certains bénéficiaires. A en croire Christine Andela, coordonnatrice du groupe de travail de la société civile camerounaise sur l'efficacité de l'aide au développement, cette aide représente, par exemple, 50% de l'enveloppe budgétaire du Burkina-Faso, contre 10% seulement du budget d'un pays comme le Cameroun. Mais à la question de savoir si l'instauration, depuis des décennies, de l'aide publique pour le développement des pays pauvres a une incidence notable dans les pays concernés, les acteurs de la société civile qui se séparent ce jour à Yaoundé au terme de trois jours d'une "concertation nationale sur l'efficacité de l'aide au développement", répondent, à l'unissons, par la négative.
"Depuis une vingtaine d'année, on réfléchit sur l'impact de l'aide. Ce n'est pas normal qu'après tant d'années d'aide, les pays africains soient toujours pauvres", affirme Christine Andela, qui ajoute : "comme dans toutes les entreprises qui lient des institutions, il y a des problèmes". Et de l'avis de la coordonnatrice du groupe de travail de la société civile camerounaise sur l'efficacité de l'aide au développement, les obstacles qui se dressent sur le chemin de l'efficacité de cette initiative des pays pauvres en faveurs des pays riches sont multiples.
Il y a d'abord la question de l'aide liée, qui, dans tous les cas, ne s'octroi jamais sans contrepartie. Dans ce schéma, si le Cameroun veut par exemple construire un pont avec des fonds issus de l'aide française, il est imposé aux autorités camerounaises d'octroyer le marché de la construction dudit pont à une entreprise française, voire même d'acheter tout le matériel à utiliser dans ce projet auprès des entreprises du pays donateur. L'aide liée est donc, dit-on trivialement, une manière de donner de la main gauche et de reprendre par la main droite.
Corruption, détournements...
En suite, ce que Christine Andela appelle "collusion entre la dette et l'aide" annihile tout incidence de l'aide publique dans le développement des pays pauvres. Car, soutient-elle, "il y a des instruments dans le traitement de la dette qui intègrent celle-ci comme aide au développement". Ce qui signifie qu'il n'est pas rare que des pays bénéficiaires d'une aide soient souvent, à cause de mécanismes divers parfois mal maîtrisés, appelés à la rembourser avec des intérêts généralement substantiels. Toute chose qui a le don de créer l'effet contraire : appauvrir davantage, au lieu de développer les pays sous développés. Enfin, au plan de la gestion de ladite aide, la société civile camerounaise stigmatise la gouvernance approximative au sein des Etats bénéficiaire de l'aide, situation qui dresse le lit de la corruption et du détournement des fonds issus de ladite aide.
Mais a côté de cela, les membres de la société civile dénonce le manque de pertinence dans les choix des projets financés par l'aide au développement, ainsi que le manque de discernement des gouvernants africains, qui ne nouent pas toujours des partenariats gagnant-gagnant.
Autant d'avis que la société civile a souvent fait savoir au gouvernement camerounais, qui n'y accorde pas beaucoup d'attention, a déclaré Christine Andela à l'ouverture de la "consultation nationale sur l'efficacité de l'aide au développement" lundi dernier, au palais des Congrès de Yaoundé. Une déclaration qui a valu aux participants aux assises, cette mise au point du ministre de l'Economie, Louis Paul Motazé, qui a ouvert les travaux : "il me semble dangereux que la société civile dise que ses avis ne sont pas suivis. Un avis est-il fait pour être suivi ? Un avis ce n'est qu'un avis ! C'est à la société civile de montrer qu'elle est sérieuse. Il ne faut pas que ces associations deviennent des entreprises unipersonnelles qui recherche ses propres intérêts, au détriment de l'intérêt général".

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