Le PDCI a franchi le rubicond de l'intolérable cette semaine. A Soubré où il était en meeting, le président de ce parti cinquantenaire a tenu des propos non seulement dangereux pour la cohésion sociale, mais, en plus il a versé dans le tribalisme.
Henri Konan Bédié, ancien chef de l'Etat, septuagénaire, n'a pas jugé utile de s'appuyer sur ces deux réalités pour s'adresser à la Côte d'Ivoire. Et, comme s'il était un vulgaire bonhomme, il a soutenu, s'adressant à ses frères baoulé vivant à Soubré : "Si des gens tentent de vous empêcher de voter, défendez-vous comme on défend sa vie devant un danger". En d'autres termes, Bédié demande aux Baoulé de Soubré d'aller désormais à l'affrontement avec les Bété qui reçoivent ses parents à Soubré et avec qui ils vivent en parfaite harmonie. C'est exactement comme s'il leur disait : "Désormais, à la guerre comme à la guerre. Battez-vous au péril de votre vie ! Les Bété représentent aujourd'hui un danger pour vous". Un tel langage, ordurier, qui n'aurait jamais dû sortir de la bouche d'un homme comme Bédié, a pourtant été préparé minutieusement par le président du plus vieux parti politique de Côte d'Ivoire. Son texte, comme d' habitude, a été lu avec vigueur devant les quelque 4000 personnes présentes à la Place Bauza Donwahi de Soubré.
Mais, qu'on ne s'y trompe pas ! Le président du PDCI , qui est un habitué de ce genre de discours sait sur quoi il compte. Et il l'a dit à haute voix plus loin. Pour lui, la communauté baoulé de Soubré est de loin la plus importante. Elle représente, selon ses chiffres, 40 à 45% de la population totale de la localité alors que les autochtones bété ne font que 12%. Le taux restant représentant celui des allochtones. Très clairement dit, Bédié ne comprend pas qu'avec un tel pourcentage assez représentati f de leur poids, ses frères se laissent dominer par les autochtones. Surtout qu'il leur promet fermement le quadrillage de la zone par les Forces impartiales. Qui peut dire que tous les ingrédients ne sont pas en place pour que l'affrontement commence ?
Ce discours extrêmement dangereux et pernicieux devrait être condamné avec la dernière énergie par toute la classe politique du pays. Mais, avec elle, les organisations de défense des droits de l'homme, ainsi que les organismes de régulation et d'autorégulation de la presse. Car, dans les pays africains qui ont connu la guerre tribale et le génocide, c'est de cette façon que les intellectuels et les politiques ont construit des discours et inventé des concepts qui ont fini par mettre les uns contre les autres pour finir par embraser tout le pays.
Même s'il est connu pour être un tribaliste dans le sang, Bédié ne peut tenir un tel discours aujourd'hui, au moment même où le pays sort la tête de l'eau et au lendemain de la signature par son parti politique, du Code de bonne conduite qu'il se devait de respecter durant toute la période de sortie de crise.
En attendant le vote par les parlementaires de la nouvelle loi sur le tribalisme et la xénophobie adoptée déjà en conseil des ministres, il est plus que urgent de prendre des décisions judicieuses pour consolider les acquis de l'accord politique de Ouagadougou. Le président du PDCI ne mérite plus de parler sur les places publiques. Sa place se trouve aujourd'hui dans un Marengo ou dans un endroit clos. Cela, pour la survie de la Côte d'Ivoire. Et le premier geste à faire devrait venir des militants du PDCI eux-mêmes qui doivent refuser de marcher dans de telles combines qui ne peuvent que compromettre leur avenir et celui des autres Ivoiriens. Car, passe encore que Yves Fofana, député, délégué départemental du PDCI à Toumodi, appelle à l'affrontement entre les communautés. Mais que cet appel vienne d'un ancien chef d'Etat de 74 ans officiellement, c'est qu'il y a péril en la demeure. C'est ce qui justifie ce cri du coeur. Pour que, demain, l'on n'accuse point la presse de tous les maux.
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