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Maroc: L'écume du jour - les usines de la mort


Libération (Casablanca)
 

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Libération (Casablanca)

29 Avril 2008
Publié sur le web le 29 Avril 2008

Ahmed SAAIDI

La loi des séries? Si ce n'est pas ça, ça y ressemble comme deux gouttes d'eau. Un malheur n'arrivant jamais seul, l'incendie de l'usine Rosamor Ameublement sise au quartier Lissassfa a été suivi, dans la nuit de dimanche à lundi, par un autre qui s'est déclaré dans une unité de production de Hay Attacharouk. Le premier sinistre a fait cinquante cinq morts et 17 blessés et, dans le second qui s'est déclaré dans une tapisserie, trois personnes ont trouvé la mort.

Le fait que ces deux sinistres soient survenus en moins de 24 heures d'intervalleprouve qu'il ne s'agit nullement d'une pure coïncidence. Ceci d'autant plus qu'ils ne sont que la partie visible de l'iceberg. Plusieurs sinistres similaires ont sinon endeuillé des familles casablancaises, du moins causé des dégâts matériels plus ou moins importants sans que l'on y prenne garde. Leur caractère spectaculaire n'ayant pas «séduit» les amateurs de feux de la rampe, ces drames n'ont pas été mis en lumière suffisamment longtemps pour frapper l'imaginaire collectif. Mais toutes ces tragédies sont symptomatiques d'un état de fait dont la gravité n'a d'égale que le peu de cas qui en a été fait jusqu'ici. Primo, ils concernent tous des lieux de production ou de stockage de matériaux hautement inflammables et où les mesures de sécurité anti-incendie tiennent plus de la poudre de perlimpinpin que d'autre chose. Secundo: ils se sont produits dans des lieux où l'habitat est dense, ce qui dénote d'un aveuglement criminel sinon d'un laxisme qui laisse perplexe. Tertio: ils ont pris la vie à des pères de famille qui, pour gagner leur vie à la sueur de leur front, sont contraints à la précarité et au travail intérimaire. Quarto: les mesures de sécurité imposées dans certains secteurs, comme celui du textile-habillement et de la décoration, sont non seulement attentatoires aux droits de l'Homme les plus élémentaires, mais elles sont tout simplement criminelles au regard du non respect par certains employeurs des dispositions de la loi afférentes à la sécurité, à l'hygiène et à la santé des employés.

La relative faiblesse des peines encourues en la matière et les difficultés inhérentes à la saisine de la justice expliquent, selon les spécialistes, cet état de fait sans le justifier. ;Les données inhérentes au drame de Lissassfa s'inscrivent plus ou moins dans cette logique. De fait, Rosamor Ameublement est une entreprise où le travail est permanent et les travailleurs temporaires. Seuls neuf des 163 employés y émargent à titre de salariés titulaires. Les 154 autres sont autrement plus taillables et corvéables puisque provenant, pour 81 d'entre eux, d'une entreprise de travail intérimaire dénommée Pectra et les autres de Chat Guard.

Du Zola en plein XXIème siècle! Seulement 30 employés de l'usine seraient déclarés à la Caisse nationale de la sécurité sociale et la moyenne salariale pour les ouvriers non qualifiés n'y est que de 350 DH par semaine. C'est du moins ce qui ressort de déclarations faites à chaud à l'AFP par Fellah Hassan et Smaïl Benhamed, deux ouvriers qui n'ont pas eu peur de dire haut ce qu'ils avaient sur le coeur.

Le propriétaire Adil Moufarreh qui possède une unité similaire au Maârif et son fils Abdelali, avaient certes été verbalisés par l'inspection du travail à deux reprises, le 15 juin 2006 et le 6 mars 2007.

Des avertissements leur ont même été adressés mais ils n'y ont pas obtempéré préférant se jouer de laloi que de la respecter. A preuve, ils ont édifié le troisième étage de Rosamor Ameublement sans autorisation de construire et s'en servaient comme dépôt.

Pis, sous prétexte d'éviter que des larcins puissent être commis par les travailleurs temporaires, ils n'avaient pas trouvé mieux que de fermer toutes les issues de leur usine, sitôt le travail commencé. Tout cela au vu et au su de tout le monde. Ils le paieront peut être plus lourdement que le haut commis de l'Etat à qui nous devons cette estafilade qui enlaidit la banlieue casablancaiseet où le drame est survenu; à savoir le quartier Lissassfa. A l'instar du procès à l'eau de boudin de cet agent d'autorité qui s'est terminé en queue de poisson, celui de Rosamor ne résoudra nullement le problème puisque le nombre d'usines casablancaises similaires est fort important et leurs victimes nombreuses.

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Il suffit de faire quelques pas dans les zones industrielles ou mixtes; voire même dans certaines zones résidentielles, pour s'en rendre compte. De fait, il s'agit purement et simplement de zones de non-droit où même les syndicats semblent avoir des difficultés à s'introduire.



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