Narjis Rerhaye
29 Avril 2008
Une conférence nationale pour sortir de la crise
"Face à tous ces événements, face à ce qui se passe, nous n'avions plus qu'un seul choix, celui de tirer la sonnette d'alarme sur la situation dans les prisons marocaines». Le président de l'Observatoire marocain des prisons, OMP, Abderrahim Jamaï est un homme en colère. Et cette colère est perceptible dans le long communiqué -qui vient tout juste d'être rendu public- du bureau exécutif de l'Observatoire. «La situation dans les prisons est inquiétante, l'OMP ne se contente pas de tirer la sonnette d'alarme mais des propositions concrètes», tel est l'intitulé du communiqué de l'OMP à l'adresse de l'opinion publique.
Les raisons de l'inquiétude de ces défenseurs de la dignité humaine qui ont choisi l'univers carcéral comme terrain d'action ont été dictées par les derniers événements survenus dans les prisons.
Entre évasion spectaculaire de 9 détenus «jihadistes» condamnés à de lourdes peines, grèves de la faim observées par des prisonniers de la mouvance islamiste et décès dans le secret des geôles -l'exemple tragique du vieux Hajj Nacer, 90 ans, décédé dans la prison de Beni Mellal est édifiant- les prisons marocaines n'en finissent pas d'alimenter la chronique. A cela, viennent s'ajouter ce que les associations tels que l'Observatoire marocain des prisons dénoncent à coup de communiqués, les conditions inhumaines d'incarcération, du surpeuplement aux mauvais traitements.
«Nous sommes tous responsables du scandale des prisons, s'exclame A. Jamaï. Au sein de l'OMP, nous nous élevons contre les attaques injustes dont fait l'objet le secrétaire général du ministère de la Justice, M. Lididi à qui on veut absolument incomber la responsabilité de ce qui se passe dans les prisons. Les problèmes sont beaucoup plus complexes que cela. Et les premiers responsables sont à nos yeux ces institutions en charge des libertés. Je veux dire les parquetiers, les juges d'instruction ainsi que les juges d'application des peines. Des personnes sont incarcérées sous n'importe quel motif. Des mineurs sont jetés en prison. C'est bien la liberté des personnes qui est sacrée et non pas la magistrature».
La responsabilité de l'Etat marocain est pointée. Celle des élus qui ne remplissent pas leur mission de contrôle jusque dans les établissements pénitentiaires, des institutions nationales à l'image du CCDH qui se contentent d'élaborer des rapports confidentiels sur les prisons, du ministère de la Justice qui doit être en mesure de mettre en place une vision politique du rôle de la prison.
Une commission d'enquête nationale pour cerner les dysfonctionnements
C'est pourquoi ceux de l'Observatoire marocain des prisons en appellent à l'organisation d'une conférence nationale sur la prison au Maroc. Des assises auxquelles participeraient les associations de défense des droits humains, le gouvernement, les parlementaires, les responsables de l'administration pénitentiaire, la presse mais aussi quelques détenus choisis parmi les hommes et les femmes. «Il est temps que l'on se mette tous autour d'une table pour étudier la situation dans les prisons du Maroc et les conditions d'incarcération. C'est la seule manière de tenter de comprendre les raisons de ce qui est aujourd'hui bel et bien une crise dans l'univers carcéral en cernant tous les dysfonctionnements. C'est aussi la seule manière pour tous les intervenants de livrer une vision globale dans la perspective de solutions», explique le président de l'OMP.
Les activistes de l'Observatoire se prononcent d'ailleurs en faveur de la mise en place d'une stratégie nationale pour que la réforme du secteur des prisons passe du discours à la réalité. Il est temps, soutiennent-ils à l'unisson, de procéder à l'amendement de la loi sur les prisons dans le sens de l'harmonisation avec les conventions internationales et les lois internationales régissant les établissements pénitentiaires Et c'est aussi d'une même voix que ceux de l'Observatoire réclament la formation d'une commission d'enquête nationale composée d'associations de la société civile, de magistrats et de parlementaires. Une telle commission à qui on ouvrirait les portes des prisons serait en charge d'élaborer un rapport exhaustif, sans pression ni complaisance, sur les dysfonctionnements qui ont conduit à la crise des prisons mais aussi sur les conditions d'incarcération de tous les détenus, hommes, femmes, vieillards et mineurs. «Au final, et sur la base du travail sur le terrain effectué, les membres de cette commission d'enquête nationale sont invités à élaborer des propositions politiques, juridiques et administratives pour que la prison joue le véritable rôle qui devrait être le sien. Des propositions qui garantiraient également la protection des prisonniers et à la sécurité dans les établissements pénitentiaires. L'urgence est à nos portes. Essayons tous ensemble de sauver nos prisons car ce sont nos citoyens qu'elles abritent,» conclut A. Jamaï.
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