Amel Nejjari
29 Avril 2008
opinion
Faut-il continuer à croire en l'Union du Maghreb Arabe? L'Union est-elle encore possible? Ce sont les principales questions soulevées lors de la commémoration du Cinquantième anniversaire de la Conférence des partis du Maghreb arabe, tenue en avril 1958. C'est la capitale du Détroit qui a accueilli ces festivités, ce dimanche 27 avril
Un lieu hautement symbolique puisqu'il y a cinquante ans, c'est à Tanger que les dirigeants du Parti marocain de l'Istiqlal, du Néo-Destour tunisien et du Front de libération nationale algérien (l'Algérie était encore sous occupation française) se sont donné rendez-vous pour affirmer la volonté des peuples maghrébins, unis par la langue et la religion, de concrétiser une union autour d'institutions communes. A l'époque, il s'agissait d'abord de rappeler le droit à la souveraineté et à l'indépendance du peuple algérien. C'est ainsi que les différents partis maghrébins ont apporté leur total soutien au voisin algérien dans la lutte pour son indépendance. Ce n'est que trois décennies plus tard, conscients que seules des institutions communes leur permettaient de s'ériger en partenaires économique et politique forts que les pays maghrébins ont pu officialiser et commencer à concrétiser cette union par la création de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), en février 1989 à Marrakech.
Les représentants des principaux partis maghrébins étaient donc présents dimanche à Tanger: le Parti de l'Istiqlal, l'Union socialiste des forces populaires, le FLN, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD-Tunisie), le Congrès général du peuple libyen ainsi que les partis mauritaniens du Pacte national pour la démocratie et du Rassemblement des forces démocratiques.
Au niveau international, parle-t-on actuellement de cette Union du Maghreb Arabe? Quel poids représente-t-elle sur l'échiquier géostratégique mondial?
Dimanche 27 avril, les cinq pays étaient tous représentés. Lors de l'inauguration de la Place de l'Union Arabe, la photo de famille était splendide.«Un anniversaire, ça se fête», nous dira-t-on. Alors, il fallait «marquer le coup», «s'échanger des salamalecs», «inaugurer une place» et «se tenir la main le temps d'une photo» pour donner l'image d'un semblant d'Union à l'opinion nationale et internationale. Mais de quelle union parle-t-on? Un projet qui traîne depuis près de deux décennies, une idée lancée il y a un demi-siècle et qui ne s'est jamais concrétisée. «Nous voulons que l'Union se concrétise» a déclaré le Premier ministre Abbas El Fassi. Le temps presse car si cinquante ans ont été nécessaires pour parler de volonté de concrétisation, combien nous faudra-t-il d'années pour concrétiser pendant que d'autres groupes régionaux ont, quant à eux, émergé de manière efficiente. Mohamed Elyazghi de l'USFP a rappelé justement dans son discours que le Traité de Rome, signé en 1957, soit un an avant la Rencontre de Tanger, a permis de mettre sur pied une Union Européenne forte, principal interlocuteur économique à un niveau international. Rappelons que le continent européen sortait alors de deux guerres mondiales qui avaient créé des ravages sur le plan humain et économique.
Face à l'Union européenne, le Maghreb reste, quant à lui, en profonde léthargie Loin de là sont les aspirations de la Rencontre historique de Tanger, loin de là sont les concrétisations des recommandations, «sur le papier» lors de la création de l'UMA qui réaffirmait «les liens solidaires qui nous unissent ( ) liens fondés sur la communauté de l'histoire, de la religion et de la langue». La situation actuelle du Maghreb est en contradiction avec ces fondements. Où en sont les objectifs sociopolitiques et culturels définis par le traité de l'UMA portant notamment sur la «libre circulation des personnes»? Où en est la «stratégie maghrébine commune de développement» qui assurerait la libre circulation des marchandises et ainsi, lutter contre la contrebande qui ne fait que ruiner la santé et l'économie de nos concitoyens? Une économie commune, un passeport et une devise communs restent des utopies. Arrêtons de jouer la politique de l'autruche. L'exemple des frontières est à cet égard probant. Fermées depuis près de 15 ans, les frontières terrestres entre le Maroc et l'Algérie handicapent les relations entre nos deux pays. L'appel du Maroc pour leur réouverture n'a malheureusement pas trouvé d'écho à l'est Selon la diplomatie algérienne, d'autres problèmes devraient être réglésen amont : la contrebande, le trafic de drogue, l'insécurité C'est oublier que ces problèmes résultent peut-être, aussi, de cette fermeture entre pays qui aspirent à créer une Union
Un autre dossier, et non des moindres, est exploité et évoqué «à demi-mot» par les représentants algériens: «le problème du Sahara serait un frein à la concrétisation de l'UMA». La position du Maroc est une et univoque: la question du Sahara, sacrée pour le Royaume, doit être laissée entre les mains de l'ONU et ne doit aucunement intervenir dans le processus de l'UMA et ainsi bloquer le partenariat des cinq pays. D'un autre côté, l'Algérie, tout en réfutant son ingérence dans cette question, l'érige comme principal obstacle aux négociations. Des positions qui ne manquaient pas de transparaître dimanche, à Tanger. Mohamed Elyazghi a appelé solennellement «les dirigeants maghrébins, particulièrement le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, à soutenir le projet marocain pour sortir le dossier du Sahara de l'impasse». Il a rappelé à cet égard le contenu du rapport de l'Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara, Peter Van Walsum: "L'indépendance du Sahara occidental n'est pas une option réaliste". M. Belkhadem a quant à lui répondu que «l'Algérie ne renoncera jamais au principe consistant à soutenir l'autodétermination». Son discours a été mal perçu par l'opinion algérienne
Fallait-il continuer à jouer hypocritement lors de cette rencontre qui est vue par les observateurs comme un moyen de relancer l'Union? Mettre des mots sur des maux est ce qui permettra de sortir l'UMA de l'impasse. Quelques heures après les discours officiels, la presse algérienne n'a pas hésité à rebondir et parler de piétinement «de toutes les règles de l'hospitalité» «Et cela qui plus est en présence du chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem» Comme si les réalités étaient difficiles à accepter. Doit-on rester à l'ère des bienséances et civilités au détriment d'une avancée dans la consécration de l'Union duMaghreb arabe?
Si certains parlent d'espoir et d'optimisme, force est de constater que des malaises sont perceptibles. D'autres places seront commémorées, d'autres poignées de mains et sourires immortalisés sans que la situation de l'UMA n'avance d'un iota Le 13 juillet prochain, le premier Sommet euro-méditerranéen se tiendra à Paris afin de lancer les bases d'un partenariat et de rassembler les Etats autour de projets concrets touchant à un bien commun: la Méditerranée. Quelle image donnera l'UMA devant les pays européens qui ont su redécouvrir leur véritable dimension historique et culturelle? Face à l'Europe, aux Etats-Unis et aux pays asiatiques qui émergent, le Maghreb Arabe semble avoir oublié l'esprit de Tanger de 1958 et se contenter de querelles sans fondements autour de questions qui devaient trouver des solutions au niveau de l'ONU. La commémoration du Cinquantième anniversaire de la Rencontre de Tanger a clairement souligné le fait que les pays maghrébins ont perdu cinquante ans durant lesquels ils auraient pu se hisser au rang des nations unies La question qui reste posée aujourd'hui: à quoi pourrait aboutir cette réunion de chefs de partis politiques?
o Pour une réconciliation nécessaire
«L'Union du Maghreb Arabe est nécessaire. A mon avis, il ne faut même pas se poser la question. Avec la globalisation et l'émergence de grands groupes dans le monde, on ne peut dialoguer et faire évoluer nos économies dans une logique étriquée. Un pays, une économie doivent intégrer une logique régionale. Il ne faut pas oublier qu'en juillet prochain, lors du Sommet euro-méditerranéen, verra la naissance de l'Union pour la Méditerranée.
Nous sommes interpellés en tant que pays maghrébins ( ) Notre capacité de négociation ne peut s'améliorer que si l'on intègre cette logique de partenariat maghrébin. Nous devons nous féliciter de cette commémoration qui nous permet de réfléchir non pas sur le passé mais sur l'avenir. Maintenant, il faut agir. La présence de M. Belkhadem est un bon message et ce que je souhaite, c'est que la volonté politique amène, ce que j'appelle, «la réconciliation nécessaire.»
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