Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La CPI recherche Bosco Ntaganda, 4ème rebelle de l'Ituri

Stephane Etinga

30 Avril 2008


Kinshasa — La Cour pénale internationale (CPI) vient, une fois de plus, d'inculper un chef de guerre de l'Ituri pour crimes contre l'humanité. Il s'agit d'un quatrième rebelle devenu chef d'état-major du CNDP de Laurent Nkunda du nom de Bosco Ntaganda. La CPI attend des autorités de la RDC et de Nkunda une totale coopération consistant en l'arrestation immédiate de l'inculpé afin qu'il réponde de ses actes à la Haye.

Les autorités de la République démocratique du Congo et les Casques bleus de l'ONU devraient prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour exécuter le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) à l'encontre d'un chef rebelle congolais, accusé de conscription d'enfants soldats et d'autres abus, a déclaré mardi l'ONG internationale Human Rights Watch.

En effet, la CPI a levé mardi les scellés sur le mandat d'arrêt à l'encontre de Bosco Ntaganda, qui est accusé d'avoir enrôlé, conscrit et utilisé activement dans les combats, des enfants soldats en 2002-2003 au cours du conflit en Ituri, dans la province Orientale. Il était à l'époque le chef des opérations militaires au sein de la milice ethnique Hema, « l'Union des Patriotes Congolais (UPC) ». L'inculpé Ntaganda est aujourd'hui le chef d'état-major militaire du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, une fonction qu'il a endossée après avoir quitté l'UPC à la suite de conflits internes au sein du groupe en 2006.

Dirigé par Laurent Nkunda, le CNDP est considéré comme responsable d'abus graves contre les populations civiles dans la province du Nord-Kivu. Le 23 janvier 2008, le gouvernement de la RDC a signé un accord de paix à Goma, avec 22 groupes armés, parmi lesquels le CNDP. Aux termes de cet Acte d'engagement, les différentes parties se sont engagées à observer un cessez-le-feu immédiat et à respecter le Droit international humanitaire et des droits humains.

«Si Laurent Nkunda prend véritablement l'accord de Goma au sérieux, alors il doit immédiatement livrer Ntaganda à la CPI», a souligné Anneke van Woudenberg, chercheuse principale sur la RDC à Human Rights Watch. «C'est l'opportunité parfaite pour Nkunda de mettre en pratique ses serments publics en faveur des droits humains».

Des contacts avec le CNDP

A noter que M. Ntaganda est le quatrième chef rebelle congolais à être mis en accusation par la CPI pour crimes de guerre. Trois autres suspects - Thomas Lubanga, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo - sont déjà en détention à La Haye.

Les envoyés spéciaux de l'Union africaine, de l'Union européenne, des Etats-unis, des Nations unies et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ont joué un rôle crucial dans la négociation de l'accord de paix de Goma. La plupart de ces diplomates continuent de rencontrer régulièrement les représentants du CNDP pour discuter de la mise en oeuvre de l'accord. Human Rights Watch les a appelés à user de toute leur influence pour convaincre les officiels du CNDP de remettre Ntaganda à la CPI le plus rapidement possible.

La CPI a émis le mandat d'arrêt à l'encontre de Ntaganda le 22 août 2006, mais la publication est intervenue le 28 avril 2008. Les autorités congolaises et les responsables de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc), ont eu connaissance de son existence et de son contenu dès qu'il a été émis, mais Ntaganda étant toujours actif au sein d'un groupe rebelle, ils n'ont pas pu trouver le moyen de l'arrêter.

« Un criminel de guerre présumé, recherché par la Cour la plus importante du monde, ne devrait pas pouvoir vivre librement au Congo », a déclaré Van Woudenberg. « Si Nkunda ne le remet pas à la CPI, les forces de maintien de la paix de l'ONU devront tout faire pour arrêter Ntaganda le plus vite possible ».

Les crimes que Ntaganda est présumé avoir commis, ont eu lieu lorsqu'il était chef des opérations militaires de l'UPC. Il était un proche collaborateur de Thomas Lubanga Dyilo, l'ancien chef de l'UPC, que la CPI accuse de recrutement, conscription et utilisation active d'enfants pendant cette même période. Le jugement de Lubanga devrait commencer cette année à la Haye.

Human Rights Watch a rassemblé des centaines de témoignages des survivants fournissant des informations sur les crimes graves qui auraient été commis par l'UPC, lorsque Lubanga et Ntaganda étaient à la tête du groupe. Ces crimes comprennent le massacre de certains groupes ethniques, particulièrement les membres du groupe ethnique Lendu, meurtre, torture, viol. Plus récemment, Human Rights Watch a obtenu des informations sur des crimes qui auraient été commis par les forces du CNDP lorsque Ntaganda était le chef de l'état-major militaire.

«Ntaganda a, par le passé, infligé d'insoutenables souffrances aux populations civiles de l'Est du Congo», a affirmé Van Woudenberg. «La CPI devrait l'accuser de tous les crimes dont il est coupable, afin de permettre aux victimes d'obtenir la justice qu'elles poursuivent désespérément».

A rappeler que Ntaganda, Tutsi d'origine congolaise, s'est battu au sein de l'Armée patriotique rwandaise au début des années 1990 et a participé au coup d'Etat du gouvernement rwandais au moment du génocide en 1994.

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