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Ile Maurice: Déchiffrer le message de la maladie
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L'Express (Port Louis)
30 Avril 2008
Publié sur le web le 30 Avril 2008
Marie-Annick SavripÃàne
Port Louis
Cet après-midi entre 13 et 15 heures à la Croix Rouge de Pamplemousses, Elisabeth Krista, qui a vécu les affres d'un cancer et en est sortie transformée, animera, à la demande de «Link To Life,» une causerie sur ce mal. Pour cette Autrichienne, toute maladie est porteuse d'un message.
A écouter cette presque sexagénaire qui ne fait pas son âge, elle a changé du tout au tout depuis qu'elle a eu un cancer. «Je suis beaucoup plus heureuse aujourd'hui, malgré les peurs de récidive et les doutes. Je suis plus reconnaissante de ce que la vie m'apporte et plus éveillée aux symboles figurant dans la nature et qui me ramènent à moi», dit-elle en nous montrant une photo publiée dans son livre, écrit en allemand et dont le titre peut se résumer à Du bouton à la fleur. Le cliché montre un étrange cocotier figurant dans les jardins du Club Méditerranée à la Pointe-aux- Cannoniers. La particularité du tronc de ce palmier est d'avoir poussé allongé au ras le sol sur plus d'un mètre pour finalement se relever et laisser son feuillage s'épanouir. «Ce palmier, c'est un peu moi. J'ai compris qu'il fallait lever la tête pour m'épanouir.»
Dans la vie d'Elisabeth Krista, ancienne institutrice, qui a longtemps fait de l'accompagnement des malades en tant qu'aumônière des hôpitaux, il y a deux périodes distinctes. Celle d'avant 2003 est ponctuée par un engagement professionnel intense. De même que par la réponse aux besoins d'un mari ingénieur en eaux usées dont l'expertise est souvent requise à l'étranger et un encadrement à leurs trois enfants aujourd'hui âgés de 38, 34 et 28 ans. Autre fait à retenir durant cette période, c'est un long séjour à Maurice au cours duquel elle a formé bon nombre de personnes en accompagnement des malades, des personnes âgées et de celles ayant vécu un deuil.
L'année 2003 est marquée par la découverte un matin d'une grosseur au-dessus de son sein droit alors qu'elle met du linge à sécher. Après ça, sa vie ne sera plus jamais pareille. Commence alors pour elle une série d'examens cliniques dont une mammographie pour évaluer ladite grosseur. Les trois premiers médecins qu'elle consulte hésitent à lui dire la vérité. Son moral joue alors au yo-yo. Certains jours, elle déprime et touche le fond, persuadée d'avoir effectivement un cancer. D'autres jours, elle est plus optimiste et se dit que ce n'est pas ça. Elle apprend la vérité sur son état par un quatrième médecin qui lui fait passer une tomographie. C'est bel et bien une tumeur et elle doit être enlevée.
«Je me dis parfois que cet été sera peut-être le dernier qu'il me sera donné de vivre car personne ne peu me dire que je ne rechuterai pas. Je ne me laisse pas abattre.»
Elisabeth subit une première intervention, croyant que la tumeur est localisée. L'analyse des prélèvements révèle qu'il s'agit bien d'un cancer. L'autre mauvaise nouvelle est que les cellules l'entourant ne sont pas nettes également. Il faut donc opérer à nouveau. Deux semaines après, elle subit une deuxième intervention pour enlever les cellules en folie. Quand les praticiens réalisent que son cancer est virulent et qu'il s'est encore étendu, l'unique solution qui s'impose est la mastectomie (ablation du sein).
Elle qui a accompagné les malades et qui sait, a priori, comment s'y prendre, décide de faire le deuil de son sein avant l'intervention. «J'ai parlé à mon sein. Je l'ai remercié pour son rôle joué dans ma sexualité et pour avoir nourri mes enfants. Je lui ai dit qu'il fallait que je le laisse partir car il contient un agent porteur de mort». Elle rejette l'idée d'une reconstruction mammaire. «Pour moi, une reconstruction est cosmétique. Le cancer est une maladie trop grave pour que je pense à l'aspect cosmétique.»
Le chirurgien qui doit l'opérer lui fournit toutes les explications sur son mal et les traitements à venir. Il va même plus loin : sentant qu'elle a un mal-être dans sa vie, il lui demande de faire un exercice : noter d'un côté sur une feuille de papier les éléments positifs dans sa vie, et de l'autre, les négatifs. Et de répéter l'opération à plusieurs reprises pour y voir plus clair. Il lui précise que 50 % de sa guérison dépendent certes des médicaments mais le reste de son choix de vie. Elle se prête docilement à la chimiothérapie pendant quatre mois, suivie de séances quotidiennes de radiothérapie et même à un essai thérapeutique censée prévenir une éventuelle récidive.
Elisabeth fait ensuite un travail d'introspection. «La médecine sait que le mental influe sur le physique. Si psychiquement on est mal, on ne regarde plus ce qu'on mange. On ne se relaxe plus, on ne fait plus d'exercices. On mène une vie qui n'est plus saine. La science ne sait toujours pas à 100 % ce qui déclenche le cancer. Moi, je suis presque sûre que le psychique a une grosse part de responsabilité sur le physique. Je suis convaincue que si nous vivons contre notre nature, cela nous rendra malade.»
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Elle met alors de l'ordre dans sa vie, se délestant de tout ce qui lui pesait. «J'étais une femme soumise. Qui ne savait pas qui elle était. Qui s'oubliait. Qui oubliait ses besoins et qui ne savait même pas ce qu'ils étaient. Qui pensait que son bonheur n'est tributaire que de celui des autres. La maladie m'a obligée à changer. Aujourd'hui, je suis capable de mettre une frontière entre moi et les autres pour ne pas me laisser étouffer. J'ai appris à dire non. J'ai appris à exprimer mes sentiments, mes émotions, mes désirs alors qu'avant je ne disais rien. J'ai pu exprimer ma créativité. J'ai découvert par exemple que j'aime jouer du piano que j'ai appris durant l'enfance et que je n'ai pas joué pendant 30 ans. Que j'aime marcher, apprécier la nature.»
Elle cohabite avec l'idée de la mort en permanence. «Cette idée est à l'arrière de ma tête. Il est vrai que mon dernier traitement était en février et que je suis sous surveillance médicale tous les trimestres. Mais le danger est là. Je me dis parfois que cet été sera peut-être le dernier qu'il me sera donné de vivre car personne ne peut me dire que je ne rechuterai pas. Malgré cela, je ne me laisse pas abattre.»
Pour que les femmes se mettent à penser davantage à elle et à leurs besoins et «n'attendent pas que la maladie se déclare et les oblige à voir en face ce qui ne va pas dans leur vie», Elisabeth a écrit le livre susmentionné qu'elle fera bientôt traduire en français. «Les femmes doivent regarder leur vie et ne pas vivre contre leur nature. Elles doivent s'interroger sur la signification d'une vie saine aussi bien physiquement que psychiquement »
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