Dorine Ekwè
30 Avril 2008
Les bas-fonds de la capitale sont les zones les plus touchées du fait de l'insalubrité.
Debout sur le mince espace cimenté qui lui sert de véranda, Véronique T, un pagne noué autour de son torse essaie de dégager la rigole naturelle qui sillonne à l'extérieur de son domicile situé au lieu dit Fanta Citron à Yaoundé. Il est environ 16h et le ciel s'obscurcit progressivement ce samedi 26 avril 2008. La jeune femme craint qu'il ne pleuve et préfère prendre ses précautions. "A chaque fois qu'il pleut, les ordures des maisons situées plus haut viennent s'amasser dans cette rigole et c'est un exercice terrible qu'il faut ensuite faire pour pouvoir les enlever de là avec les moustiques que nous avons déjà, il ne faut surtout pas en rajouter car même en journée, ils tourbillonnent dans la maison" confie-t-elle.
Ici en effet, des tas d'immondices se succèdent les uns aux autres alors que derrière certaines habitations, le petit cours d'eau qui traverse le quartier sert de poubelle et de latrines à quelques familles. "C'est tout ce que nous pouvons faire. Nous essayons de rendre l'endroit aussi propre que possible mais vous voyez bien que nous sommes sous les arbres et qu'il y a de l'humidité. Quand vous êtes nouveaux ici, la nuit il est pratiquement impossible de dormir à cause des piqûres de moustiques et du bruit qu'ils font". Dans ce quartier en effet, et comme à travers le pays d'ailleurs, le paludisme est la maladie la plus répandue. Pour s'en prémunir, chacun y va de son astuce. Tandis qu'ici, ce sont des grillages que l'on appose sur les fenêtres tout en prenant le soin de toujours maintenir les portes fermées, là-bas on essaie tant bien que mal d'éliminer les mauvaises herbes et les immondices autour de la maison. De part et d'autres chaque chef de famille s'échine également à installer une moustiquaire dans les chambres. Ce qui n'est malheureusement pas évident pour tous.
C'est d'ailleurs ce que reconnaît Eloïs Tsanguy, résidant au quartier Ntaba-Nlongkak à Yaoundé, un autre quartier situé dans les bas-fonds. Selon lui, dans la plupart des cas, ces moustiquaires sont installées à l'arrivée d'un nouveau né dans la famille et ne sont pratiquement jamais remplacées. "La plupart des gens qui habitent ici n'ont pas assez de moyens. Lorsque la femme est enceinte, on lui donne la moustiquaire à l'hôpital et pour qu'elle ne soit pas atteinte de paludisme. Quand elle accouche, si l'enfant ne dort pas avec nous, on met la moustiquaire sur son berceau et nous, nous dormons sans. Seulement, à partir de 17h30 ou 18h, on maintient la porte et toutes les autres ouvertures de la maison fermées pour que les moustiques ne nous envahissent pas puisqu'il y en a beaucoup avec le cours d'eau qui passe devant là et les ordures qui y sont accumulées", raconte Nadine, épouse d'Eloïs et femme de ménage au quartier omnisport et qui, du fait d'un accès palustre n'a pu se rendre ce jour à son lieu de service.
Pauvreté
D'après les chiffres du programme sectoriel de lutte contre le paludisme publiés à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre la paludisme qui a été célébrée vendredi le 25 avril dernier, outre les problèmes de santé, le paludisme contribue fortement à la pauvreté en réduisant la productivité individuelle (jusqu'à 26% du taux d'absentéisme au travail) et consomme plus de 40% du budget de santé des ménages. Ce que reconnaît clairement Elise Ngodjé qui réside au lieu dit Ntaba Nlongkak depuis cinq ans et a été victime d'une fausse couche il y a un an du fait du paludisme. "Je ne pense pas que l'un de mes enfants soit déjà resté deux mois sans avoir un accès palustre. Heureusement, à force de les emmener à l'hôpital je me suis rendue compte que ce sont toujours les mêmes médicaments que je garde toujours près de moi et que je leur donne au moindre signe". Une attitude qui fait le plaisir des vendeurs de médicaments de la rue installés à chaque recoin du quartier et proposent toutes les nouvelles molécules mises sur le marché, mais qui est fortement condamnée par les médecins et autres personnels de santé.
"Il est totalement irresponsable d'administrer des médicaments aux enfants parce que le médecin les a prescrits une ou deux fois aux enfants. Soigner le paludisme signifie qu'il faut acculer le parasite d'où la posologie prescrite par le médecin. Seulement, quand le patient prend sur lui de se soigner tout seul, il ne respecte jamais cette posologie et il finit par créer lui-même des résistances aux médicaments qu'il prend " affirme le Dr Ernest Onana, médecin généraliste à l'hôpital central de Yaoundé. Ce qui rejoint les conclusions du plan sectoriel de lutte contre le paludisme au Cameroun. Plan selon lequel les outils pharmacologiques s'amenuisent continuellement puisque la résistance à la chloroquine est observée dans plus de 67% des points de contrôle au Cameroun. C'est d'ailleurs en réponse à ce fléau que le Cameroun a adopté en avril 2002 un plan stratégique national, le de " Roll Back Malaria Initiative ", financé par l'Unicef, l'Oms, la banque mondiale et le Pnud. Ce programme base ses actions sur les plus récentes méthodologies de lutte intégrée contre le paludisme.
Pour Comprendre
Lutte
Le paludisme est la première cause de morbidité et de mortalité au Cameroun. Elle compte pour 50% des consultations médicales, 30% des hospitalisations, 40% des causes de mortalité des enfants de moins de cinq ans et entre 35% et 40% des mortalités dans les centres de santé et hôpitaux. Les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes paient le lourd tribut. Selon l'Oms, le paludisme tue 1 à 2 millions de personne chaque année, dont un enfant toutes les 30 secondes en Afrique. Il affecte de manière importante le développement corporel chez l'enfant en provoquant premièrement un ralentissement du développement du fÅ"tus, de l'anémie et un ralentissement sévère de croissance chez les individus infectés en bas âge.
Les femmes enceintes victimes du paludisme sont à risque de faire des avortements, des prématurés et morts - nés et même d'en mourir. En ce qui concerne la lutte contre le Paludisme au Cameroun, la stratégie sectorielle de santé a fixé comme objectif à atteindre en l'an 2010, de réduire de 50% la morbidité et mortalité liées au paludisme chez les populations vulnérables (enfants de 0 - 5 ans et femmes enceintes). Selon cette stratégie, il s'agit d'ici 2006 d'amener: 60% des populations à avoir un traitement approprié contre le paludisme, 60% des femmes enceintes à avoir accès à la prévention contre le paludisme, 60% des enfants de moins de 5 ans à dormir sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide, 60% des femmes enceintes à dormir sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide.
Pour atteindre ces objectifs il faut pouvoir assurer le renforcement de la capacité de prise en charge intégrée des cas de paludisme par les acteurs de santé publique, le renforcement des capacités institutionnelles et des acteurs de développement communautaire pour une lutte participative. Cela passe également par le développement du partenariat avec les acteurs locaux de développement communautaire, la prévention du paludisme à travers l'hygiène et la salubrité, la promotion de la lutte contre le paludisme par l'usage des moustiquaires imprégnées d'insecticide et la surveillance épidémiologique.
(Source: plan national de lutte contre le paludisme)
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