L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Un vieux radar, en panne depuis quatre ans, a gêné les prévisions

Nilen Kattany

30 Avril 2008


Port Louis — Les récents phénomènes ont révélé des failles dans notre système de prévention. Moderniser les moyens de surveillance nécessite un financement lourd. L'on espère avoir de l'aide étrangère.

Les travaux du fact finding committee (FFC) sur les pluies torrentielles du 26 mars ont mis en exergue les failles de notre système d'alerte et l'incapacité des autorités à réagir promptement. Suresh Boodhoo, directeur des services météorologiques, a indiqué lundi que le radar utilisé pour pister les intempéries, de fabrication américaine, date de 1979 et est en panne depuis environ quatre ans.

«Les pièces de rechange ne sont plus disponibles. Maurice est l'un des rares pays à avoir ce type d'appareil. Les Américains ont été étonnés d'apprendre qu'on en a fait usage aussi longtemps.» Le directeur de la météo a précisé que des pièces japonaises et chinoises ont été utilisées et que l'appareil est désormais inutilisable. Les procédures pour se doter d'un système de radar plus efficace ont été enclenchées, mais l'argent fait défaut. «Un tel appareil coûte environ 3 millions d'euros (Rs 135 millions). On espère bénéficier d'une aide étrangère», a-t-il ajouté.

Suresh Boodhoo a expliqué que la Réunion possède des équipements dernier cri. Mais les signaux ne sont pas toujours fiables. «Un système radar a une portée de 400 kilomètres. Mais sa fiabilité s'amenuise quand on s'éloigne de la source.»

Suzanne Boodhoo, Principal Hydrological Officer au ministère des Services publics, a aussi déposé devant le FFC hier. Elle a souligné le manque d'un système d'alerte efficace pour prévenir contre les pluies torrentielles

Avant le déluge du 26 mars, a-t-elle dit, les autorités minimisaient l'importance d'un Flood Warning System. «Les rivières sont relativement courtes et étroites. On ne pensait pas que les systèmes d'alertes pouvaient servir à grand-chose. Mais depuis les récents événements, il ne fait aucun doute que l'installation d' équipements pour informer la population des dangers potentiels liés aux inondations s'impose. Un radar est indispensable», a-t-elle déclaré.

«Une valve sacrée»

Elle a précisé que les inondations comme celles du 26 mars sont appelées flash floods : elles ne durent que quelques heures. «Chez nous, elle n'a duré que trois heures», a-t-elle ajouté.Elle a aussi donné les raisons du débordement de la rivière Calebasse. La Nicolière était remplie, de même que les rivières affluentes. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce débordement. «La perméabilité de la terre et la quantité d'eau en sont quelques-uns. Il faut aussi prendre en considération l'effet cumulatif des pluies des jours précédents .»

Le juge Bushan Domah et ses deux assesseurs, Jacques Rosalie et Ranjit Vaghjee, se sont appesantis sur le rôle et les réalisations de la Water Resources Unit (WRU). Ce service, dépendant du ministère des Services publics, est responsable de l'entretien et de l'amélioration du système de tout-à-l'égout. Dhaneshwar Deepchand, son directeur, a indiqué qu'après une étude faite en 2003, la WRU avait soumis une liste de 326 projets aux autorités. Mais ces projets, estimés à environ Rs 1,5 milliard, n'ont pas abouti par manque de fonds.

Il a affirmé qu'il revenait à la National Development Unit (NDU) d'exécuter ces projets. «Notre responsabilité s'achève avec la publication du rapport. Les détails sur la éalisation des projets sont avec le ministère des Administrations régionales», a-t-il souligné. En ce qui concerne les récentes inondations, il a expliqué que l'excès d'eau de La Nicolière est canalisé vers la rivière Du-Rempart et n'a pu causer le débordement de la rivière Citron.

Le directeur de la WRU a aussi expliqué que l'excès d'eau des réservoirs est utilisé pour l'irrigation. Il est régulé par une valve. Le 26 mars, la valve donnant sur la rivière Citron est restée fermée. «L'ouverture de la valve dépend de beaucoup de choses, dont les besoins en eau pour l'irrigation. Les décisions sont toutefois prises par un comité regroupant plusieurs institutions.»

«Ca a l'air d'une valve sacrée car il faut tout un comité pour prendre une telle décision», a remarqué le juge Bushan Domah, qui a demandé à maintes reprises : «Who does the opening ?» « The valve operator from the Central Water Authority », a finalement répondu le directeur de la WRU.

Jacques Rosalie, premier assesseur, a, de son côté, demandé à Dhaneshwar Deepchand si la WRU peut mesurer le niveau des cours d'eau. «Nous en avons un mais ne faisons pas de prévisions», a-t-il répondu. «Mais s'il pleut abondamment, vous pouvez collecter et disséminer ces informations précieuses pour aider les autorités à émettre des avertissements de pluies torrentielles», a poursuivi Jacques Rosalie.La prochaine séance du FFC est prévue pour vendredi, 2 mai.

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