Ahmed SAAIDI
1 Mai 2008
éditorial
Etablir un décompte macabre est fort peu ragoûtant. Il est néanmoins nécessaire. Particulièrement en matière de journalisme, où les chiffres constituent, parfois, la seule aune à laquelle l'horreur peut être jaugée.
Il est donc inexcusable que ces chiens de garde de la démocratie que sont les journalistes en soient privés. Placés dans l'incontournable situation où le temps joue en leur défaveur, ils se rabattent généralement sur les conjectures et autres on-dit qui sont à l'information ce que la communication est à la propagande : un ersatz dont l'usage ne sert en finalité que les intérêts les plus occultes. Est-ce dans un tel dessein que les cameramen de la deuxième chaîne de télévision ont été empêchés de filmer dans leur atrocité la plus poignante les images des dégâts causés par cet autobus fou qui a fait passer de vie à trépas plusieurs personnes, ce mardi 29 février à Sidi Moumen ? Nous ne le pensons point.
Force est néanmoins de préciser que le bus en question appartient au gestionnaire délégué de la défunte RATC que pilote depuis 2005 la célèbre régie parisienne des transports RATP. Avant cette date, les bus casablancais faisaient certes des accidents, ils en font et ils en feront toujours. Tel est leur destin, diront les gens dont la fatalité fait partie des croyances les plus chevillées au corps. Peut-être ! Encore faut-il savoir que dans tout contrat de gestion déléguée tel celui liant M'dina Bus à la Commune urbaine de Casablanca, le savoir technique étranger, le fameux know how, est fortement rétribué. Ce qui devrait induire sa mise à contribution pour la réorganisation des entreprises cédées et de leurs process. En clair, l'entretien passif des véhicules du transport urbain de la capitale économique devrait être à un diapason au moins égal à celui en vigueur au sein de la RATP. Il n'est rien au regard du fait qu'on n'a jamais vu mettre en circulation un bus parisien souffrant - ou passible de souffrir en cours de journée - de défaillances du système de freinage. Les édiles locaux devraient donc tirer la sonnette d'alarme et s'acquitter de leurs tâches.
Ce que les journalistes n'ont pu faire que difficilement vu que les statistiques qu'ils ont recueillies parlaient de trois cadavres alors qu'un communiqué de la wilaya suggérait que ce nombre s'élevait à quatre. Il était néanmoins tellement mal libellé que sa lecture avait donné l'impression qu'il ne s'agissait que de trois morts, en l'occurrence ceux qui avaient décédé sur le coup. Il aura fallu le lendemain pour que l'on sache que la quatrième victime s'est éteinte à l'hôpital après son transfert, c'est-à-dire vers 14h30. C'est trop tard. La communication, c'est non seulement la célérité, mais la concision et la précision. A bon entendeur salut !
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