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Ile Maurice: Chagos - garder le cap !
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L'Express (Port Louis)
1 Mai 2008
Publié sur le web le 1 Mai 2008
Nad Sivaramen
Port Louis
30 juin 2008. Une date que la diplomatie mauricienne a intérêt à ne pas perdre de vue, même si cette dernière est dépourvue d'un ministre de tutelle.
Ce jour-là, à Londres, s'ouvrira le procès, en appel, du gouvernement britannique contre le jugement rendu, en mai 2007, en faveur du retour des déracinés des Chagos dans l'archipel. Ce procès est capital pour le mouvement chagossien d'Olivier Bancoult, qui devrait connaître le dénouement de sa longue lutte avec les autorités britanniques, celles-ci étant arrivées au bout de leur «delaying legal tactics».
Récemment de passage à Washington, Olivier Bancoult est venu demander aux Américains de soutenir financièrement sa campagne humanitaire dont le thème est tout simplement : «Let them return». Son objectif immédiat, a-t-il dit, est d'assurer les frais de voyage des 25 membres de la communauté chagossienne qui souhaitent assister au procès à Londres. Il est confiant quant à l'énoncé d'un «quatrième» verdict favorable (attendu vers octobre) et prépare déjà le terrain pour un retour aux Chagos...
Il importe de noter que la campagne de sensibilisation de Bancoult aux États-Unis se joue uniquement sur le plan des droits humains. «Même à Maurice, les pauvres ont le loisir de vivre sur leur sol natal, mais nous, nous sommes des pauvres qui vivent dans un pays étranger parce que notre terre nous a été arrachée (...) Les Américains et les Britanniques, qui se proclament champions des droits humains, doivent mettre en pratique ces principes qu'ils prêchent», a déclaré Bancoult sur le sol américain. Cette visite a été organisée par David Vine, chercheur en anthropologie à l'American University, qui publiera l'an prochain un ouvrage sur les Chagos.
Stratégique dans son approche, le leader du Groupe des réfugiés des Chagos a patiemment expliqué que son mouvement entend coexister avec la présence militaire des Américains à Diego Garcia.
Sur le site Internet dernier cri www.letthemreturn.com, animé par des spécialistes britanniques en relations publiques et en lobbying, le mouvement chagossien explique les grandes lignes de son ambitieux programme de retour aux Chagos, rédigé par l'expert en repeuplement John Howell. Les investisseurs y sont aussi invités à soumettre des projets éco-touristiques ou à faire des dons en espèces à travers un «development trust» nouvellement créé. Tous les aspects d'un éventuel retour sont considérés selon la perspective chagossienne...
Et quid de la position mauricienne ? Si Bancoult et ses amis sont à fond dans la voie humanitaire pour retrouver la terre des leurs ancêtres - une cause juste qui ne laisse pas insensible plusieurs donateurs en Europe et aux États-Unis -, cette voie s'avère dangereuse pour la diplomatie mauricienne qui, par le couloir politique et diplomatique, réclame la souveraineté de Maurice sur l'ensemble de l'archipel, y compris Diego Garcia.
Outre le retour des déracinés et de leurs proches, il y a d'autres «issues» à considérer dans le dossier Chagos. Le mouvement Lalit, qui milite contre la base militaire au coeur de l'océan Indien, exprime ses craintes quant aux risques liés à la stratégie exclusivement humanitaire. «The struggle around Diego Garcia is now, for those bent on the single-issue campaign of getting the Chagossians back, finally reduced to how Chagossians can cohabit with the US military base. Or even how Chagossians can get priority for getting jobs on the military base. And at the same time many people begin to slide down the slippery slope of how to keep Chagos a British Colony...», fait ressortir le mouvement Lalit sur son site Internet.
Pour sortir de l'impasse politique, c'est à la diplomatie mauricienne de profiter du combat de Bancoult pour rappeler sans cesse que le retour des Chagossiens ne peut être dissocié de la question de souveraineté sur les pittoresques îles des Chagos.
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