Sidwaya (Ouagadougou)

Afrique de l'Ouest: VIIIe sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'ABN

Jean Marie SAWADOGO

2 Mai 2008


Vers un développement intégré, concerté et durable du Bassin du Niger

Les Chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de l'Autorité du Bassin du Niger (ABN) se sont retrouvés à Niamey, le 30 avril 2008, pour la tenue du VIIIe Sommet de l'Organisation sous régionale, confrontée à d'importants défis qu'elle doit impérativement relever pour sauver le fleuve Niger en péril. La rencontre, qui a vu la participation des Chefs d'Etat du Bénin, du Mali, du Tchad et du Niger, avait comme ordre du jour, entre autres, l'examen et l'adoption du programme d'investissement 2008-2027 ainsi que la Charte de l'Eau du Bassin du Niger. La délégation burkinabè, présente à ce sommet et qui a activement pris part aux travaux, était conduite par le Premier ministre Tertius Zongo, qui représentait le président du Faso.

Le Bassin du fleuve Niger est un patrimoine vital pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale, au regard des énormes opportunités qu'il offre tant en matière d'hydroélectricité, d'irrigation, de pêche que de gestion environnementale. Aussi, tous les intervenants à la tribune de ce VIIIe Sommet ont reconnu la nécessité de mener de toute urgence des actions pour son développement, en vue de contribuer à l'amélioration des conditions d'existence des 110 millions de personnes qui vivent dans cette vaste région du bassin et dont les activités sont directement tributaires des ressources du fleuve Niger.

Pour le président nigérien, Mamadou Tandja, Président en exercice sortant du Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Autorité du Bassin du Niger, il y a urgence pour les Etats membres de réaffirmer leur volonté politique commune de faire du fleuve Niger "un instrument sous régional d'intégration socio-économique", à travers la promotion d'un développement intégré, concerté et paisible du bassin par la mise en valeur de ses ressources dans tous les domaines.

Cela implique surtout, selon lui, "la capacité à réaliser les consensus nécessaires et à accepter des sacrifices importants, dans cette phase cruciale qui fera davantage appel à la compréhension mutuelle, pour franchir certains obstacles". En effet, le Bassin du Niger connaît réellement aujourd'hui de multiples problèmes comme l'a relevé le président nigérien. A l'instar des autres bassins fluviaux de la sous-région ouest africaine, celui du Niger connaît depuis près d'une quarantaine d'années, une réduction des écoulements de 20 à 55% et subit une baisse de la pluviométrie de l'ordre de 20 à 30%, a relevé Mamadou Tandja. Ces phénomènes dus aux effets conjugués du changement climatique et de la pression démographique, ont entraîné une dégradation et une fragilisation des ressources naturelles qui se caractérisent par l'apparition ou l'aggravation de l'ensablement des cours et plans d'eau, leur envahissement par les plantes aquatiques. Face à ces problèmes qui constituent une menace sérieuse et réelle pour l'écosystème et les populations, les Etats membres de l'ABN ont consenti individuellement d'importants efforts et développé des initiatives diverses pour une gestion rationnelle des ressources naturelles.

Cependant, le président Tandja regrette que ces efforts n'aient pas réussi à garantir la mise en valeur efficiente des ressources du bassin dont les défis et enjeux de développement restent entre autres : la réduction de la pauvreté et l'amélioration des conditions de vie des populations ; la protection de l'environnement et des écosystèmes ; la sécurité alimentaire ; l'utilisation durable et équitable des ressources en eau par tous les utilisateurs ; le partage équitable des bénéfices.

Pour une vision claire et partagée du développement du bassin

Au regard de ces nombreux défis et obstacles, mais face également à l'urgence de multiplier les actions et initiatives pour inverser le processus de dégradation et d'amenuisement des ressources du bassin, les Chefs d'Etat et de gouvernement avaient mandaté le secrétariat exécutif de l'ABN en 2002 lors du VIIe Sommet à Abuja, pour examiner ensemble avec ses partenaires, les modalités d'élaboration d'une "vision partagée du Bassin du Niger". Cette décision historique, selon le Président nigérien, consiste en "une vision d'ensemble du développement du bassin, négociée et acceptée par l'ensemble des Etats membres et autres acteurs, usagers des ressources du bassin". A la suite des études multisectorielles nationales sur les opportunités de développement, trois domaines prioritaires de développement du Bassin ont été retenus par les Etats membres : le développement des infrastructures socioéconomiques ; la préservation des écosystèmes du bassin ; le renforcement des capacités et la participation des acteurs.

Le processus de la vision partagée a pris forme avec : l'élaboration et l'adoption du Plan d'action de développement durable du Bassin du Niger ; l'élaboration du programme d'investissement 2008-2027, sur la base du Plan d'action de développement durable, structuré en quatre plans quinquennaux, dont le besoin global de financement est d'environ 3 645 milliards de Francs CFA pour toute la période ; l'élaboration de la Charte de l'Eau qui permettra à terme de garantir une gestion équitable, paisible et durable des ressources en eau du Bassin du Niger.

Les deux premiers plans quinquennaux (2008-2012 et 2013-2017) correspondent à une phase intense d'investissements, notamment pour trois barrages transfrontaliers et la réhabilitation de barrages au Nigeria et au Cameroun. Le premier plan quinquennal revêt un caractère prioritaire avec un montant total évalué à 905 milliards de F CFA. Les financements acquis s'élèvent à 40% des besoins en investissement, avec un gap à combler d'environ 565 milliards de FCFA. Ce plan quinquennal prioritaire fera l'objet de la table ronde des bailleurs de fonds le 23 juin 2008, comme l'ont décidé les Chefs d'Etat et de gouvernement, en vue de la mobilisation des financements nécessaires à sa mise en Å"uvre.

Le Plan d'action de développement durable, le Programme d'investissement et la Charte de l'Eau constituent désormais ensemble le cadre stratégique de référence pour toutes les actions de développement dans le Bassin du Niger.

Les partenaires techniques et financiers de l'Autorité du Bassin du Niger, par leur porte-parole, Mme Inger Andersen, directrice du Département du développement durable de la Banque mondiale ont marqué leur disponibilité à poursuivre leur appui à l'Organisation. "La coordination entre tous permettra de contribuer plus rapidement et plus facilement au développement durable du bassin, tout en maximisant les bénéfices économiques et sociaux et tout en préservant l'environnement. Nous nous réjouissons de la perspective de contribuer à cette initiative combien exaltante et louable", a-t-elle souligné.

Au terme de leurs travaux, les Chefs d'Etat et de gouvernement ont, dans un communiqué final, décidé de renforcer les mécanismes sous régionaux, régionaux et internationaux d'intégration et de coopération existants, en vue de promouvoir un développement durable et concerté du Bassin du Niger. Ils ont décidé de l'adoption du Programme d'investissement 2008-2027 du Bassin du Niger ; de la Charte de l'Eau du Bassin et l'accélération du processus de son entrée en vigueur.

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