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Madagascar: La petite cité du savoir
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L'Express de Madagascar (Antananarivo)
3 Mai 2008
Publié sur le web le 3 Mai 2008
Hernan Rivelo
Cela fait 17 ans que le marché aux livres d'Ambohijatovo ouvre ses étals bariolés à la curiosité du promeneur. Livres rares, romans, manuels ou magazines, tout le monde est assuré d'y trouver son bonheur. A condition de prendre le temps de fureter.
Le vieux et le (presque) neuf se mélangent pour le plaisir des lecteurs.
«Inona le boky zahànao zay ? Sa misy angah' any ?» Traduire : «C'est quoi le livre que vous cherchez ? Ou vous en amenez ?» Ce sont les deux phrases les plus courantes quand vous pénétrez dans l'enceinte des bouquinistes d'Ambohijatovo. Qu'on se faufile à gauche ou à droite dans le dédale des kiosques, ce qui saute aux yeux, ce sont forcément les livres. Etalés par centaines, par milliers. Editions jaunies, patinées par le temps, qui feront les délices du biblipophile, romans à deux sous jetés là comme neufs, manuels scolaires, magazines du monde entier... tout se trouve ici à portée de main.
Les promeneurs animent en permanence les ruelles ombragées de livres de toutes sortes. Ils picorent à la devanture des stands tout en dialoguant avec les vendeurs ou glissent juste un regard diagonal espérant toujours saisir l'oiseau rare au passage.
«Combien coûte ce dictionnaire anglais-français?», demande un client. «Ar 3 000 !», lui répond le vendeur. «Fais-le moi à Ar 2000! C'est tout ce que j'ai», implore l'acheteur. Quelques minutes d'intenses discussions avant que les deux parties ne se mettent d'accord pour Ar 2200. Ainsi tout le monde est content !
«Il n'y a pas de prix fixe, tout se négocie», relève Haja, un bouquiniste d'une trentaine d'années, installé ici depuis huit ans.
Il vit ici comme au coeur d'une petite cité, une bibiothèque au grand air, en plein centre-ville de Tana. Tout le savoir humain, ou peu s'en faut, est concentré ici, après être passé de main en main, mais c'est ça aussi la circulation des idées ! «Presque 90 % des livres proviennent de l'étranger», fait remarquer Haja. Avec une forte proportion de littérature française. D'un Don Juan en collection de poche des années 60 destiné aux collèges au Lolita de Nabokov, en passant par un exemplaire tout dépareillé des chroniques théâtrales de Paul Léautaud - une perle rare -, en gratttant aux étalages, on est assurés d'en remonter plus d'une merveille. Question de chance et de coup d'oeil.
Les livres les plus récents attirent le regard par leur couleurs vives. De même les magazines encore sous plastique qui libérent une odeur d'encre et de papier une fois ouverts.
C'est aussi l'endroit idéal pour remonter le temps, en compulsant des éditions qui nous ramènent au début du siècle dernier, voire à celui d'avant.
Un simple kiosque de 4 m2 peut se révéler un véritable coffre au trésor à celui qui sait prendre le temps de s'arrêter et de fouiner. Certains ouvrages sont de petites raretés pour lesquelles il faut savoir mettre le prix. Tel ce tome de la vénérable Encyclopedia Universalis proposé à Ar 180 000. Le même prix pour ce Dalloz, bien conservé et toujours prisé par les étudiants en droit. De génération en généartion, le savoir se transmet ainsi à moindres frais.
Mais on est loin des chiffres records atteints par certains livres d'histoire de Madagascar édités au XIXe siècle ou avant. «Ce genre d'ouvrages trouve preneurs jusqu'à 3 voire 6 millions d'ariary. C'était le cas pour les ouvrages en plusieurs tomes écrits par Alfred Grandidier au XVIe siècle», se souvient Haja.
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«Nous avons nos clients réguliers, des bibliophiles avertis, certains très connus, qui ne peuvent se passer de cet endroit», confie Haja, tenu toutefois à la discrétion quant à leur identité.
Ce qui est sûr, c'est qu'en parcourant la soixantaine de kiosques sur une surface de moins de 1 000 m2, on fait le tour du monde du savoir humain. Dictionnaires, histoire, médecine, mathématiques, informatiques, et même des magazines «pour adultes» qu'on sort précautionneusement de l'ombre.
Le marché aux livres fait aussi les délices des touristes qui aiment musarder dans ce labyrinthe. «Je cherche des livres sur les insectes de Madagascar», confie un Français de passage, qui est aussi chercheur. Et vu la pile de livres qu'il ramène avec lui, pas de doute qu'il a trouvé son bonheur.
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