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Ile Maurice: Le marché de la chaussure ne marche pas très bien
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L'Express (Port Louis)
3 Mai 2008
Publié sur le web le 3 Mai 2008
Valérie Olla
Port Louis
En ce moment, la mode est aux chaussures très plates et aux talons ultrahauts.
Des années que Paris Shoes fournit des semelles aux producteurs de chaussures locaux. Et puis, ces trois dernières années, l'entreprise a perdu 50 % de ses commandes. Georges Sheng, le propriétaire l'explique par le fait que «les fabricants locaux sont beaucoup moins nombreux aujourd'hui». Il cite le cas de Bata et National Shoes, deux de ses plus importants clients qui ont mis la clé sous le paillasson. Si Paris Shoes fournissait essentiellement des semelles pour des chaussures industrielles, qu'en est-il des chaussures de ville ? Le marché de la chaussure est-il en crise ? Lily Tsang Mang Kin, directrice de Tamak Textiles, est d'avis que non. C'est d'ailleurs pourquoi cette professionnelle du textile investit dans la chaussure et relance Bata à Maurice. Fin mai, la première boutique ouvrira ses portes à Rose-Hill. Une semaine plus tard, une autre à Port-Louis et finalement une troisième boutique à Quatre-Bornes.
Forte des dernières statistiques de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), Lily Tsang Mang Kin dit croire «énormément dans le marché de la chaussure». «La quantité a augmenté. La valeur également. Si nous relançons Bata à Maurice, c'est parce que nous pensons que le marché existe. Avec nos boutiques, les gens auront davantage de choix. Tant au niveau du style que du prix», explique-t-elle. Que le volume de chaussures sur le marché soit très élevé, Saleem Oodheea, manager de Bella Donna, qui compte cinq magasins à travers l'île, ne le nie pas. C'est d'ailleurs, selon lui, la raison pour laquelle il vend, comme beaucoup d'autres, moins de chaussures depuis quelques années. «La compétition est rude. Il y a énormément de magasins de chaussures. Le marché s'est dispersé. Chaque année depuis trois ou quatre ans, nous enregistrons une baisse de 10 à 15 % dans nos ventes», estime ce jeune chef d'entreprise.
Pas de main-d'oeuvre qualifire
C'est pourquoi, afin de faire face à cette compétition accrue, Bella Donna a négocié l'exclusivité de la marque brésilienne Via Uno. «C'est le seul moyen de survivre : offrir des modèles exclusifs aux clients. C'est une plus-value.» Si ses chaussures sont importées du Brésil et de Chine, Saleem Oodheea a tenté l'expérience locale l'an dernier. Sans grand succès. Il en veut pour preuve le fait qu'il n'ait pas retenté l'expérience . Selon lui, il n'y a pas de demande pour les chaussures fabriquées localement. «Le client peut aimer le modèle, trouver le prix abordable mais dès que vous lui dites que c'est fabriqué localement, il n'en veut plus», souligne le manager de Bella Donna. Selon lui, les clients préfèrent, de loin, les chaussures importées. Il ne les blâme pas pour ce choix. Car lui-même, n'a pas été très satisfait des chaussures fournies par des producteurs locaux. «Sur dix paires de chaussures, il y avait au moins deux paires défectueuses. Les matières utilisées sont bonnes. C'est au niveau de la finition qu'il y a un souci.»
Patrick Louis, directeur de Miss Bliss, lui, n'a aucun souci ni au niveau de la finition ni en ce qui concerne la vente de ses sandales, savates et ballerines. Il place le gros de sa production, 1 000 à 2 000 paires par mois, dans des magasins. Le reste de sa production, il l'écoule dans sa boutique à Rose-Hill. Là où il rencontre des difficultés par contre, c'est au niveau de la qualité des matières premières qu'il achète à Maurice. Car puisque sa production n'est pas suffisamment importante pour qu'il puisse importer ses matières premières, Patrick Louis doit se contenter de tissu et de «PU» (cuir synthétique) achetés localement. Matières premières qui sont, selon lui, non seulement «pas de très bonne qualité» mais également «plus chères».
Des difficultés, il en rencontre également pour le recrutement de la main-d'oeuvre. «On ne trouve plus de main-d'oeuvre qualifiée. La cordonnerie est en voie de disparition», se plaint Patrick Louis. Saleem Oodheea est d'avis que les défauts de finition de certains produits peuvent être attribués à une main-d'oeuvre peu qualifiée. Dev Santchurn, directeur de Manisa Company Ltd., dont 85-90 % des chaussures sont fabriquées localement, abonde en ce sens. Il éprouve tellement de difficulté à trouver de la main-d'oeuvre qualifiée à Maurice, qu'il a déjà fait une demande auprès du ministère du Travail afin de pouvoir employer de la main-d'oeuvre étrangère.
En attendant de pouvoir augmenter sa productivité, Dev Santchurn essaie de réduire ses dépenses et négocier le coût de ses matières premières. Lui qui importe la plupart de son cuir d'Europe dit pouvoir «souffler» un peu avec l'appréciation de la roupie. Ce qui compense quelque peu la baisse de 7 à 8 % qu'il a enregistré dans ses ventes depuis l'année dernière. Une baisse qu'il attribue davantage à la baisse du pouvoir d'achat qu'autre chose. Il dit avoir constaté que les gens préfèrent investir dans la réparation de leurs chaussures et le remplacement des semelles plutôt que dans l'achat de chaussures neuves.
Pour toutes les bourses
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Aujourd'hui, à même le trottoir, une paire de chaussures, par exemple des sandales, peut se vendre à partir de Rs 150. Dans les magasins griffés, la paire de chaussures peut atteindre Rs 3 500. Rs 4 500 pour une paire de bottes chez «Manisa». Pas de grande différence de prix entre les chaussures fabriquées à Maurice et celles importées. Celles-ci peuvent même être moins chères que les chaussures «Made in Mauritius». Chez «Manisa», il faut compter Rs 1 600 à Rs 4 000 pour une paire de chaussures pour dames fabriquées localement. Chez «Bella Donna», la fourchette de prix pour une paire de chaussures pour dame importées du Brésil et de Chine varie de Rs 800 à Rs 2 200.
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