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Ile Maurice: Itinéraire d'une funambule


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

3 Mai 2008
Publié sur le web le 3 Mai 2008

Marie-Annick
Port Louis

Pour célébrer entre amis la réussite de sa première thèse en vue d'être actuaire, la jeune femme réalise une natte en jute plastifiée et d'énormes coussins moelleux. Impressionnés, ses amis ont voulu les mêmes. Elle a répliqué l'ensemble, en a créé d'autres, qui portent la marque «Lazybones». Ce qui est tout à fait son contraire.

C'est vrai que le travail ne fait pas peur à Annick Albert. Alors qu'elle est employée d'un call centre de Paris qui a fermé aujourd'hui, cette jeune femme de 34 ans prend pendant trois ans des cours par correspondance de la Society of Actuaries de Chicago aux États-Unis. Ce qui n'est pas rien quand on sait que le programme d'études de tout futur actuaire comprend énormément de statistiques et d'analyses financières.

Entreprendre de telles études en solo n'est donc pas évident. Annick Albert le reconnaît mais croit avoir été aidée par sa mémoire. «C'est vrai qu'étudier l'actuariat est très dur car c'est une matière très mathématique mais j'aime les maths. Et puis, ma mémoire est constituée de telle sorte que je ne mémorise pas les choses comme les autres. Les formules ont pour moi une identité. Par exemple, quand les cours de la Bourse connaissent des fluctuations ou des Time Series comme on le dit dans le milieu, je les associe à des comportements humains. Quand j'entends le nom d'une personne, je l'entrevois en couleurs. J'ai cette faculté-là. J'avais cru que c'était une technique personnelle mais, en regardant un reportage télévisé, j'ai vu qu'un petit pourcentage de personnes a aussi cette faculté. Ce qui explique je crois que je n'ai pas besoin d'un tuteur pour mes études.»

Pour réussir, il lui faut accumuler des crédits. Une fois qu'elle atteint les 150 points, elle doit assister à des séminaires animés par des professeurs de renom américains qui tournent dans plusieurs universités, y compris au Canada. Cela tombe bien pour la jeune femme car ses parents ont des amis dans cet immense pays au nord des États-Unis. Ayant réussi à faire des économies et, avec l'aide financière de ses parents, Annick Albert s'envole pour le Canada, plus particulièrement à To-ronto et habite chez les amis de sa fa-mille.

«C'est dommage que je n'ai pas vécu seule ( ), je crois que cela aurait été une chose à découvrir. Cela m'aurait sans doute permis d'aller au fond de moi.»»

Elle suit presque un an de cours à l'université de Toronto et pour suivre des exposés d'autres sommités de l'actuariat, elle passe sept mois à Ottawa, habitant toujours chez des amis de ses parents. L'année suivante, elle est à Montréal, toujours selon cette formule. Elle regrette de n'avoir pas vécu seule car elle pense que la solitude a un côté formateur. «J'ai toujours vécu chez des amis de mes parents. C'est dommage que je n'ai pas vécu seule en appartement car, malgré la solitude, je crois que cela aurait été une chose à découvrir. Cela m'aurait sans doute permis d'aller au fond de moi.»

C'est ainsi qu'Annick Albert poursuit son cumul de crédits et obtient son diplôme d'associate de la Society of Actuaries de Chicago. Elle aurait bien joué les prolongations au Canada. D'autant plus qu'elle a pu enrichir sa connaissance générale en assistant à des conférences sur des sujets les plus divers, dont une animée par le célèbre astrophysicien Hubert Reeves.

Mais les finances commencent à manquer. Et cet état de choses correspond à l'expiration de son visa. Elle se dit qu'il vaut mieux qu'elle regagne Maurice, travaille un peu et fasse des économies pour pouvoir ensuite repartir. C'est ce qu'elle fait. Elle rentre en 2001. Après une année sabbatique, elle essaie de se faire embaucher au sein d'entreprises faisant de l'actuariat. Elle réalise que leurs activités sont limitées en comparaison avec les possibilités au Canada. «À Maurice, c'est plus classique. On ne s'occupe que de la gestion des fonds de pension. Il n'y a pas de débouchés en termes de portfolio management et d'entreprise risk management qui sont mes branches de spécialisation.»

À force de chercher, Annick Albert finit par trouver un emploi d'associée dans une entreprise de gestion de fonds de pension. Côté études, elle entame cette année la dernière ligne droite de ses cours par correspondance en vue d'obtenir son fellowship. Comme elle a opté pour deux filières de spécialisation, elle a deux thèses à préparer. La première qui couvre ses cours de portfolio management a trait à la création d'une entreprise de fondue savoyarde qui réaliserait une meilleure performance que la chaîne de fast-food américaine McDonald. Pour y parvenir, elle épluche les comptes de McDo et réussit à montrer que sa compagnie est «plus efficiente en termes de coûts généraux, plus ludique et plus conviviale car la fondue se mange en groupe et qu'elle est multiculturelle car elle peut être japonaise, chinoise ou mexicaine». Ses examinateurs ont bien aimé l'exercice puisqu'ils lui ont donné la note maximale, 15 crédits.

Pour célébrer l'événement, Annick Albert décide de réunir quelques amis sur la plage publique d'Albion et leur faire une fondue savoyarde. Et pour y mettre une touche exotique, elle décide d'y adjoindre des huîtres. Voulant d'une mise en scène spéciale comme écrin à ce festin, elle qui a appris à coudre avec sa tante, conçoit une natte en jute plastifiée et d'énormes coussins en velours délavé avec appliques en similicuir. De par les zébrures qu'elle applique sur la natte et le concept général de ses coussins, il est clair que l'Afrique l'a inspirée.

La soirée en question est une réussite sur toute la ligne. Annick Albert tombe des nues lorsque ses amis lui demandent où ils peuvent se procurer les mêmes nattes et coussins. C'est là que germe dans l'esprit de la jeune femme l'idée de répliquer l'ensemble. Les demandes sont telles qu'elle décide d'en créer d'autres dont elle sous-contracte la fabrication. Elle développe alors trois lignes d'accessoires : une inspirée des bovidés, une autre des cochonneries alimentaires et la dernière des spécialités de différentes cultures. Elle choisit de commercialiser ses nattes et coussins sous la marque Lazybones, qui signifie paresseuse. Sa cible, ce sont les touristes de passage. An-nick Albert n'a toutefois toujours pas réussi à pénétrer le marché hôtelier. De ce fait, elle travaille sur des commandes de particuliers et place ses accessoires chez Una Gift Shop au Gateway Building à Quatre-Bornes, boutique appartenant à son amie d'école, Aruna Nabasing.

Dans le cadre de sa seconde thèse portant sur l'entreprise risk management, Annick Albert a créé une compagnie fictive répondant au nom de Blink.com, qui fait des tissus d'ameublement d'inspiration urbaine. Son examen final est prévu la semaine prochaine.

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Bien que l'engouement pour ses accessoires ait aiguisé son appétit, elle n'entrevoit pas de changer de filière. Pour elle, ces accessoires favorisant la détente et les pique-niques demeureront une «parenthèse amusante». «C'est sûr que j'ai pensé à d'autres types de produits à commercialiser mais mon objectif premier est d'être actuaire. D'ici la fin de l'année, je veux repartir à l'étranger, là où le secteur financier est très développé et où je pourrai appliquer les connaissances que j'ai apprises. Je laisserai mes accessoires en héritage à ma famille». Généreuse avec ça



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