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Maroc: Abdellah El Gourd, le gardien du temple


Libération (Casablanca)
 

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Libération (Casablanca)

3 Mai 2008
Publié sur le web le 3 Mai 2008

Ayoub Akil

Cela fait 28 ans que cela dure. Au départ : une bonne idée. A l'arrivé : un patrimoine préservé. Telle est l'histoire de Dar Gnawa. Située dans la Médina de Tanger, Dar gnawa est à la fois un musée de la culture gnawi, un centre d'apprentissage pour les jeunes musiciens et un club de musique.

A l'origine de son édification, le maâlem Abdellah El Gourd et Randy Weston. Les deux musiciens sont très passionnés par le jazz et la musique gnawa. Ils ont toujours collaboré depuis 1967. Un peu plus tard, en 1980, El Gourd, qui se sent investi d'une mission de préservation de la culture gnaoua ouvre « Dar gnawa ».

Ainsi, a-t-il démontré comment l'art de Tagnaouite s'est transformé à un héritage, une configuration de l'influence des lignes généalogiques dans la diaspora africaine.

Deborah Kaptchan, professeur associé au département des études de performance à l'Université de New York, garde encore de très beaux souvenirs de son expérience à Dar Gnawa. Pour lui, l'expérience de «Dar gnawa» dans la préservation de cet héritage à travers le son, l'image et la parole est très important. «C'est également sous cette appellation qu'est désigné le groupe de musiciens qui accompagne El Gourd», nous confie-t-il. Son amitié avec le pianiste de jazz Randy Weston, le maâlem Abdellah Boulkhair El Gourd ne date pas d'aujourd'hui. Cela remonte à très loin. Je connais Randy Weston depuis les années 60. Nous avons toujours travaillé ensemble. Et cela ne s'arrêtera jamais. Car, nous aimons la musique et nous la défendons corps et âme », explique Abdellah El Gourd. Ce dernier est l'une des principales personnalités gnawi à avoir propagé l'essence de cette philosophie et de cette musique à travers le monde. Fervent militant de la musique gnaoua, il est considéré comme le gardien du temple de cet héritage.

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Pour Randy Weston, Abdellah représente la voix de gnaoua, le lien entre le monde entier et l'Afrique. Il est un musicien rituel par excellence».

Né en 1947, dans la Casbah de Tanger, Abdellah Boulkhair El Gourd embrasse la haute philosophie de gnaoua, parallèlement à des études d'ingénieur électricien. Le répertoire gnaoui comprend 243 chants interprétés dans un ordre préétabli lors de cérémonies rituelles appelées "Lilas" dirigées par un maâlem, maître initié. En 1967, Abdellah Boulkhair, travaille comme électricien à la station de radio « Voice of America ». Il fait la connaissance du pianiste américain Randy Weston. Dès lors, le jazzman et le futur maâlem partagent vite une amitié qui ne se démentira plus. Ce séjour marocain revêt la plus grande importance pour le jazzman qui, grâce à son ami, découvre la musique gnawi qui, selon Weston, porte en elle tous les germes de ce qui le fascine dans le jazz. En 1972, les deux musiciens participent ensemble au premier Festival de jazz de Tanger. Et si les gnawa forment une confrérie religieuse basée au Maroc, ils descendent tous des esclaves venus d'Afrique de l'Ouest. Pour illustrer tout cela, Abdellah travaille sur des luhas chargés de symboles. « Il y existe plusieurs luhas à Dar Gnawa. Je travaille sur une nouvelle « luha » sur laquelle je compte inscrire les noms des pays d'où provient la culture Gnaoua », affirme, Abdellah. Il s'agit de la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, le Guinée-Bissau, l'Uganda, le Congo, la Kynie, la Côte d'Ivoire, le Zaïr, le Niger, le Sudan, la Guinée, le Sierra Léone, le Malawi, la République centre-Africaine, le Chad, Nigeria et Bourkinafaso. «Abdellah avait une impérieuse prédilection pour la documentation, mais surtout à la création de l'héritage. Et si Weston a toujours été qualifié d'anthropologue, El Gourd est un ethnographe surdoué.

Il continue ardemment à piocher dans l'histoire de ses origines et ses traditions pour composer de nouveaux textes», explique Deborah Kaptchan. Et c'est dans cet esprit là que Dar Gnawa ait été édifiée.



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