LUDI CARDOSO
5 Mai 2008
Kinshasa — Le leader de l'opposition zimbabwéenne qui a toujours revendiqué une victoire avec plus de 50% des suffrages dès le premier tour, doit s'exprimer, sauf imprévu, ce lundi 5 mai sur sa participation au second tour de la présidentielle. Au regard de la « tension » et de la « peur »qui règnent actuellement au Zimbabwe, plus d'une personne appellent Morgan Tsvangirai à la retenue d'autant plus que la sortie de la crise dépend non seulement de la volonté politique au pouvoir mais aussi et surtout de l'opposition.
Trois jours après la publication des résultats officiels de la présidentielle zimbabwéenne par la Commission électorale, le président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai doit décider aujourd'hui lundi 5 mai de sa participation au second tour du scrutin face à Robert Mugabe. Le leader de l'opposition zimbabwéenne était hier dimanche 4 mai en Afrique du Sud. Depuis quatre semaines, il multiplie les contacts diplomatiques en coulisses et n'est pas rentré au Zimbabwe, où le régime a implicitement menacé de l'inculper pour « trahison », a indiqué AFP.
Arrivé largement en tête du premier tour de la présidentielle avec 47,9% des suffrages contre 43,2% pour Mugabe, Morgan Tsvangirai n'a pas atteint la majorité absolue selon les chiffres annoncés le vendredi 2 mai dernier par la Commission électorale. Toutefois, le leader du MDC a remporté une victoire historique à la Chambre des députés. Le MDC, qui dénonce des résultats « scandaleux », a souligné qu'un second tour « n'est pas nécessaire». Et c'est dans ce contexte qu'il demande au président Mugabe d'« accepter sa défaite ».
Mais, au-delà de ces déclarations, l'hypothèse d'un boycott semble peu probable, car Tsvangirai a une marge de manoeuvre très limitée : s'il décide de se retirer, Mugabe, 84 ans, conservera automatiquement la présidence du pays qu'il dirige depuis l'indépendance, en 1980.
La date du second tour n'a pas encore été annoncée, mais la Commission électorale se réunira «dès que possible» pour la fixer, a déclaré son président George Chiweshe, cité dimanche par l'hebdomadaire d'Etat Sunday Mail. Pour l'opposition, comme pour nombre d'organisations de défense des droits de l'Homme, la tension dans le pays depuis le 29 mars ne permet pas l'organisation d'un scrutin « libre et équitable ».
APPEL A LA RETENUE
En effet, plusieurs propositions sont de plus en plus avancées pour sortir le Zimbabwe de sa crise politique. Au cas où le président du MDC boycotterait le second tour, l'hypothèse d'un accord négocié qui permettrait d'éviter ce scrutin, est régulièrement évoquée. Ce point de vue a été aussi partagé par l'ambassadeur zimbabwéen à l'Onu. Pourtant, le porte-parole du gouvernement zimbabwéen Bright Matonga a rejeté abruptement cette hypothèse. « S'il doit y avoir un gouvernement d'union nationale, il ne pourra pas inclure Morgan Tsvangirai parce que c'est un vendu », déclarait-il.
Au regard de la «tension» et de la « peur »qui régent actuellement au Zimbabwe, plus d'une personne appellent Morgan Tsvangirai à la retenue. Ils estiment que le leader du MDC a tout intérêt d'accepter les résultats officiels de la présidentielle et de participer au second tour pour sortir ce pays de l'Afrique australe de son impasse politique. En définitive, tout porte à croire que la crise zimbabwéenne ne dépend non seulement de la volonté politique du pouvoir en place mais aussi et surtout de l'opposition.
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