Khady Bakhoum
5 Mai 2008
Les travailleurs du secteur dit informel ne sont pas déclarés aux régimes actuels de sécurité sociale. La problématique de la santé et de la sécurité au travail dans ce secteur est une équation qui doit être résolue quand on sait sa contribution à l'économie nationale et le pourcentage important de la population active qu'il brasse.
La faiblesse de la productivité, la précarité de l'emploi, les difficiles conditions et milieux de travail et le manque de législation sont les caractéristiques du secteur dit informel. Les branches de l'agriculture, de la pêche, de l'artisanat, le domaine des Bâtiments et travaux publics (Btp), de la mécanique automobile enregistrent les taux les plus élevés d'accidents de travail. Les travailleurs sont plus exposés dans ces domaines alors qu'il existe une absence totale de culture de prévention ou encore une évaluation du risque dans le secteur dit informel.
C'est pourquoi, la célébration de la douzième Journée africaine de la prévention des risques professionnels, qui s'est tenue mercredi dernier, a été l'occasion d'aborder les thèmes : 'La sécurité et la santé au travail dans le secteur public et parapublic' et 'La sécurité et la santé dans le secteur informel'.
Selon le Bureau international du travail (Bit), 'plus de deux millions de personnes décèdent chaque année d'un accident de travail ou d'une maladie professionnelle, et jusqu'à 270 millions de personnes victimes d'accidents non mortels'. Le continent africain comptabilise, à lui seul, 18 % des accidents de travail mortels alors qu'elle ne représente que 2 % des emplois dans le monde. Et le coût des pertes liées aux accidents équivaudrait à 4 % du Produit intérieur brut (Pib) mondial.
Le directeur général de la Caisse de sécurité sociale (Css), Ahmadou Yéri Diop, par ailleurs président de l'Interafricaine de la prévention des risques professionnels (Iaprp), estime que, vu cette situation, 'il n'est pas étonnant que les gouvernements, les organisations patronales et syndicales et les institutions de sécurité sociale réagissent avec la plus grande vigueur contre ce fléau'.
Car les accidents de travail 'détruisent le niveau de revenus des travailleurs', rendent l'entreprise moins productive, donc moins compétitive et annihilent les efforts de développement des pays africains 'déjà fortement perturbé par les effets pervers de la mondialisation', poursuit-il. En outre, prévient le Dg de la Css, 'si l'on veut que la mondialisation des échanges ne se traduise pas par un phénomène de délocalisation des risques les plus lourds, une véritable culture de prévention doit être partagée au niveau africain'.
Selon, Ahmadou Yéri Diop, 'depuis 1996, la Css a entrepris d'élargir la protection sociale aux travailleurs non-salariés par un projet-test d'assurance volontaire, pour réduire la précarité sociale desdits travailleurs'. Mais clarifie-t-il, 'les objectifs de ce projet n'ont pas été totalement atteints, en raison de certains obstacles d'ordre psychologique, juridique, social et économique rencontrés dans l'exécution du projet'. Au Sénégal, 91 % de la population active évoluerait dans l'informel. Ce qui induit que la législation en matière de protection sociale ne s'applique qu'à une minorité active.
Pour sa part, le ministre de la Fonction publique, de l'Emploi, du Travail et des Organisations professionnelles, Innocente Ntap Ndiaye, la célébration de la 12e journée africaine de la prévention des risques professionnels trouve le Sénégal dans 'un contexte de promotion de la réglementation en la matière qui traduit l'intérêt que les pouvoirs publics portent à la question en adoptant une série de quatorze décrets'.
Ces textes sont relatifs aux prescriptions minimales de protection contre les risques chimiques, aux obligations des employeurs en matière de sécurité au travail, aux moyens juridiques d'intervention de l'inspection du travail dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail, aux prescriptions minimales de sécurité et de santé pour les chantiers temporaires ou mobiles, etc. Ceci pour 'résorber le grand retard accusé avec l'application de normes remontant à l'époque coloniale et combler les vides juridiques rendant difficile la mission des acteurs', précise Innocence Ntap Ndiaye.
Par ailleurs, le ministre a annoncé que le Sénégal, en partenariat avec le Bit, 'envisage de créer un Centre international d'information de sécurité et de santé au travail'. Ce centre, qui aura une dimension sous-régionale, a pour but d'accroître l'efficacité de la gestion des connaissances dans les différents pays en matière de santé et de sécurité au travail.
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