Serge Armand Didi
5 Mai 2008
analyse
Crise post électorale
Le Zimbabwe attend aujourd'hui la décision de l'opposant Morgan Tsvangirai, président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), sur sa participation au second tour de l'élection présidentielle face au chef de l'Etat Robert Mugabe. Il est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle avec 47,9% des suffrages contre 43,2% pour Mugabe. Il n'a donc pas atteint la majorité absolue, selon les chiffres annoncés vendredi par la Commis-sion électorale pour être déclaré président de la république au premier tour.
A l'évidence l'opposition du Zimbabwe est dans une position délicate. Elle est aujourd'hui attendue sur la question du second tour de l'élection présidentielle. Qu'est-ce qu'elle va décider ? va-t-elle se prononcer en faveur d'un boycott ? où va-t-elle dire oui à un second tour et se préparer activement ? L'équation n'est pas si simple pour Morgan Tsvangirai et ses amis. Envisager la thèse de la politique de la chaise vide à la seconde phase de la présidentielle réclamée par la commission électorale du Zimbabwe pourrait susciter le mécontentement d'une opinion africaine, et même occidentale qui verrait là une certaine incohérence du parti de Tsvangirai. Il sera, en effet, difficile d'expliquer aux observateurs de la scène politique zimbabwéenne pourquoi le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a endossé les résultats de la commission électorale quand il s'est agi des législatives et pourquoi il refuse ceux de présidentielle livrés par cette même commission. Il y aura là un manque de cohérence qui ne manquera pas de susciter la méfiance de quelques supporteurs et de certains parrains qui croient encore à la popularité de Tsvangirai.
Accepter un second tour est certes républicain et démontre son sens du civisme, mais cette démarche n'est pas sans risque sur le plan purement électoraliste. Tsvangirai et ses amis, qui ont eu une victoire si éclatante aux législatives (109 députés sur 210) face à un Mugabe qui est apparu pendant des années indétrônable, donnent l'impression de ne pas être sûrs de rééditer l'exploit pour ce qui est de la présidentielle. Ils ont bien peur que leur électorat ne change d'avis pour le second tour. Ils pensent que l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF de Robert Mugabe) va instaurer un climat de terreur avant la dernière joute électorale de telle sorte que leurs électeurs vont renoncer soit à voter Tsvangirai, soit à voter tout simplement. Ils sont d'autant plus terrifiés qu'ils se demandent si les fermiers blancs d'origine zimbabwéenne, qui se sont exilés en Europe après la réforme agraire, et qui composent en majorité leur électorat pourront revenir au Zimbabwe pour ce second tour de la présidentielle. Surtout que cette échéance électorale se déroulera dans un climat, on l'imagine, plus surchauffé.
Il y a en réalité une cause plus importante : Robert Mugabe qui veut refaire son retard bat désormais ouvertement campagne sur le thème de l'ingérence grandissante de la Grande Bretagne dans cette élection. Mugabe demande aux populations de faire un choix entre l'administration anglaise et son pouvoir qui même imparfait est l'émanation des fils du pays. On sait bien que le Zimbabwe, alors sous domination anglaise, et appelé Rhodésie du Sud, a sué eau et sang pour avoir son indépendance. Cette période a été vécue comme une période de dictature extrême des anglais par bon nombre de vétérans de la guerre du Zimbabwe.
Copyright © 2008 Notre Voie. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.
Read comments. Write your own.