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Afrique du Sud: La réconciliation comme processus de changement politique et non de maintien du statu quo
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La Tribune (Algiers)
6 Mai 2008
Publié sur le web le 6 Mai 2008
Louisa Aït Hamadouche
Le monde dit «libre» s'apprête à célébrer le soixantenaire de la création de l'état hébreu. «Si vous voulez la guerre, je dois admettre honnêtement que nous ne pourrons pas vous affronter sur les champs de bataille. Nous n'en avons pas les moyens.
Mais n'oubliez pas deux choses. Vous ne pouvez pas gagner en raison de notre nombre : impossible de nous tuer tous. Et vous ne pouvez pas gagner en raison de la communauté internationale. Elle se ralliera à nous et nous soutiendra», Nelson Mandela lors d'une réunion entre l'ANC et les généraux de droite de l'armée sud-africaine.
Le point de départ du processus de réconciliation en Afrique du Sud a été un constat mutuel que l'affrontement armé n'était bénéfique à aucune des deux parties. Le point d'arrivée de cette réconciliation est un système politique totalement remis en cause. La jeune démocratie sud-africaine n'est, certes, pas encore totalement aboutie, mais l'essentiel existe déjà : des forces politiques qualifiées de dinosaures marginalisées, une Constitution respectée, une alternance au pouvoir.
Le chef de l'Etat perd même la direction de son parti
Quand les politologues évoquent l'Afrique, ils en évaluent l'évolution des systèmes politiques, le degré de cohésion interne et la capacité des gouvernants à faire prévaloir l'intérêt de l'Etat par rapport aux intérêts claniques. Quand les économistes étudient l'Afrique, ils scrutent la courbe de croissance, le degré d'autosuffisance et de dépendance, ainsi que les conséquences des crises économiques et la capacité des gouvernements à y faire face. Quand les géopolitologues abordent l'Afrique, ils en analysent les conflits, les rapports de force, les parties directes et indirectes aussi bien que les implications sur la cohésion interne et les prolongements régionaux.
Quelle que soit la spécialité choisie, l'Afrique du Sud est incontournable. Elle est partie prenante dans de nombreux conflits et initiatives visant leur résolution ou seulement leur gestion. Son économie est considérée comme l'une des plus fortes du continent, et son évolution politique interne est étudiée comme un cas d'école.
Vérité + amnistie = pardon + réconciliation
Au niveau de l'évolution politique interne, l'Afrique est encore aujourd'hui prise en exemple. Ce statut particulier vient du fait que ce pays a innové. Il a créé un nouveau modèle de résolution d'un conflit interne. Le conflit le plus difficile à résoudre. Ce modèle consiste à mettre en équation deux éléments clés : la vérité et l'amnistie. La première est la condition sine qua non de la seconde. Quant à la somme de la vérité et de l'équation, elle n'est autre que la réconciliation. Vérité + amnistie = réconciliation.
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Comment la vérité a-t-elle été établie ? Entre 1996 et 1999, 2 400 victimes ont témoigné devant la commission vérité et réconciliation, créée en 1995 et présidée par Mgr Desmond Tutu.
L'équation posée plus haut semble simple, mais elle ne l'est pas du tout. Alors, quels ont été les compromis faits par l'une et l'autre des parties ? Victorieux militairement, le gouvernement de l'apartheid voulait conserver le pouvoir et l'amnistie totale pour les forces de police et de l'armée. Défait politiquement, il s'est trouvé dans l'obligation d'accepter l'élargissement de la participation politique à la majorité noire avec une amnistie sous conditions. Victorieux politiquement, l'ANC souhaitait l'élimination complète et définitive du pouvoir blanc, en plus de la poursuite des criminels de l'apartheid. Battu militairement, il a dû se résigner à partager le pouvoir et à renoncer aux poursuites judiciaires.
A la place, l'amnistie sous-conditionnée a permis aux victimes de dire publiquement ce qui leur était arrivé. Elles reconnaissent donc leur statut comme victime. Ensuite, les auteurs de crimes politiques ont été tenus de rendre compte de leurs actes en s'engageant à dire toute la vérité et à demander pardon. Enfin, on ne punissait pas les coupables, mais on indemnisait les victimes. Le tout étant limité dans le temps, ceux qui ne se présentaient pas devant la commission ont été poursuivis par la justice. Ce processus a inclus les crimes et violations des droits de l'Homme perpétrés par les mouvements de libération. L'exemple le plus illustratif est celui de Mme Winnie Madikizela-Mandela, laquelle s'est présentée devant la commission pour demander pardon, suite à la mort chez elle du jeune militant Stompie Seipei Moeketsi. Elle a embrassé la mère de Stompie après l'audience, et Mme Moeketsi a déclaré son pardon à Winnie. La commission a entendu les récits des atroces souffrances subies par les victimes et a choisi la honte et le discrédit comme châtiment moral.
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