Le Messager (Douala)

Cameroun: Les tout petits à l'assaut du SIDA

Jacques Kaldaoussa (stagiaire)

5 Mai 2008


Le sida, une gangrène sociale. Les élèves de la maternelle et du primaire informés des actions à accomplir pour éviter d'attraper le virus. Premières évaluations dans le septentrion.

La règle d'hygiène au bout des doigts

Barakat, sept ans, inscrite l'école publique de Domayo à Maroua, connaît déjà ce que c'est que le sida. Elève au cours préparatoire, elle avoue avoir pris connaissance de cette maladie au cours d'une leçon. « Le maître nous a parlé du sida, comment il se transmet et se manifeste. On nous a donné aussi des conseils comme éviter de jouer avec les lames de rasoir utilisées ; il nous a également dit de bien mettre de l'alcool sur la tondeuse avant que le coiffeur ne commence à raser la tête ». Des témoignages de ce genre, beaucoup d'élèves qui ont l'âge de cette jeune fille en rendent. Un signe que la lutte contre le virus de l'immunodéficience humaine (Vih) responsable du syndrome immunodéficitaire acquis (sida) est déjà une réalité dans les établissements scolaires du septentrion, surtout au niveau de l'enseignement du premier degré.

Aujourd'hui, presque tous les acteurs de la chaîne de l'éducation institutionnelle reconnaissent l'importance de ce combat citoyen. Car, comme on le dit au ministère de l'Education de base (Minedub), « c'est dans l'enfant que l'on construit le citoyen de demain. Ce dernier doit grandir avec un esprit et un corps sains. » D'où l'urgence d'appuyer sur l'accélérateur de la prévention. Les enseignants exploitent désormais nombre de situations pédagogiques pour sensibiliser les enfants. « Au-delà de la discipline Education à la santé qui faisait déjà l'objet d'un apprentissage systématique dans les écoles maternelles et primaires, nous prodiguons des conseils aux tout petits de la maternelle et du primaire à partir de nombreuses autres situations motivantes d'enseignement », affirme Mme Friki Fadimatou Toumba, inspecteur d'arrondissement de l'Education de base de Maroua.

Sous l'impulsion de Enfance joyeuse

Le réveil que connaît actuellement la partie septentrionale du pays dans la prévention du sida en milieu scolaire n'est pas le fait d'une génération spontanée. L'intensification de la lutte a été aussi impulsée par la société civile. A côté du programme gouvernemental, l'Ong Enfance joyeuse du Cameroun (Ejc) a organisé du 22 janvier au 02 février 2008 un séminaire de formation des enseignants de l'Education de base dans les provinces de l'Extrême-Nord, du Nord et de l'Adamaoua. L'action de ce mouvement d'action post et périscolaire pour l'enfance et l'adolescence, reconnu d'utilité publique en avril 2006, rentre dans le cadre du projet Addissida (Action de diffusion pour le développement d'information en milieu scolaire contre le sida). Un projet revigoré par la signature, l'année dernière, d'un accord de partenariat entre le ministère de l'Education de base (Minedub), l'Ejc et l'association française Agir abcd (Association générale des intervenants retraités). L'objectif de ce partenariat est de « faire de l'enfant un acteur et un messager de la santé et de l'hygiène pratique dans sa communauté car la meilleure arme contre le sida c'est la connaissance et l'application des règles de prévention. »

C'est fort de cette reconnaissance institutionnelle que Enfance joyeuse du Cameroun s'est lancée sur le terrain. Déjà, en avril 2007, en application de la convention signée entre l'Etat du Cameroun, représenté par le Minedub, et Ejc, 300 enseignants de l'éducation de base venant des 10 provinces du Cameroun ont pris part au tout premier séminaire sur la lutte contre le sida à l'école maternelle et primaire. Les travaux effectués dans les provinces septentrionales sont une poursuite de cette dynamique qui, à en croire les responsable de Ejc, s'étendra à tout le pays. Déjà, les séminaires de Maroua, Garoua et Ngaoundéré clôturés par le ministre de la Jeunesse Adoum Garoua, ont connu un succès auprès des participants. Près de 1500 enseignants y ont effectivement pris part. Au-delà des exposés théoriques sur la connaissance du Vih/sida et les approches didactiques en situation d'apprentissage, 10.000 mallettes pédagogiques (support d'enseignement) ont été distribuées. C'est en s'appuyant sur ces supports que les participants ont restitué les connaissances acquises. Zebai Nguéléo, instituteur à l'Ecole publique de Douggoy à Maroua, témoigne : «Nous avons reçu des mallettes pédagogiques et une fois dans nos établissements respectifs, nous avons rendu compte à nos collègues et à nos élèves. On a quand même bénéficié d'une nouvelle approche dans la sensibilisation de nos élèves sur la prévention du sida ».

Réduire le taux de prévalence

Cette phase du projet Adissida a coûté un peu plus de 30 millions de Fcfa. Au-delà des fonds de Enfance joyeuse du Cameroun, l'association française Agir a financé le transport et l'hébergement de consultants dont Thérèse Bruhier et Anne Paule Labruyere. Si ces dernières ont axé leur intervention dans l'angle de la communication pédagogique et des aspects psychosociaux, des spécialistes dont le Dr. Elie Fotso, membre de Médecins sans frontières, sont revenus sur deux constantes : il n'existe pas encore de vaccin du sida ; le meilleur moyen de lutte reste la prévention.

La gravité de la pandémie a été mise en relief. Aujourd'hui, dans les familles camerounaises, il y a de nombreux séropositifs. Les statistiques globales situent le taux de prévalence à 5,5% pour l'ensemble du territoire. Ce qui signifie que près de deux millions de personnes seraient porteuses du méchant virus au Cameroun. Considérant ce statut comme une gangrène - la maladie ruine psychologiquement l'homme et retarde le développement du pays - le Dr. Angay, coordonnateur du groupe technique provincial de lutte contre le Vih/sida dans l'Extrême Nord, estime que « les actions des Ong en faveur de la prévention sont à encourager».

Selon le médecin, même s'il « n'y a pas de taux spécifique de séroprévalence en milieu scolaire », la situation du Cameroun est préoccupante. La diffusion de l'information en direction des plus jeunes pourrait-elle contribuer à baisser la prévalence de façon significative ? Tel est, en tout cas, l'objectif des enseignants ainsi formés.

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