Le Potentiel (Kinshasa)

Zimbabwe: Impasse politique - Morgan Tsvangirai en passe d'hypothéquer l'avenir du Zimbabwe

LUDI CARDOSO ET PIERRE EMANGONGO

6 Mai 2008


Kinshasa — Le sort de Zimbabwe continue à dépendre des lèvres de l'opposant Morgan Tsvangirai qui n'indique toujours pas s'il se présenterait au second tour de la présidentielle. Face à ce suspense qui fait monter les enchères, des pressions sont en train d'être exercées sur le leader du MDC dans le but de le ramener à la raison.

Le Zimbabwe est depuis hier lundi 5 mai dans l'attente de la décision du fondateur et président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai, sur sa participation au second tour de la présidentielle dont la date n'a pas encore été fixée par la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC).

Déjà dès le premier tour, pendant que la publication des résultats du scrutin tardait, le principal parti de l'opposition zimbabwéenne avait annoncé ses couleurs : « un second tour n'est pas nécessaire, ( ) notre leader a remporté la présidentielle avec plus de 50 % des suffrages, Robert Mugabe doit accepter sa défaite et quitter le pouvoir ».

Pour étayer la revendication du MDC, les Etats-Unis d'Amérique qui exercent des pressions sur les dirigeants de l'Afrique australe au sujet de l'impasse politique au Zimbabwe, ont annoncé récemment la victoire du Morgan Tsvangirai à la présidentielle du 29 mars dernier. Et pour couper court à toutes les spéculations sur les résultats de cette élection, la Commission électorale a, le vendredi 2 mai dernier, annoncé que Morgan est arrivé largement en tête avec 47,9% des voix contre 43,2% pour Mugabe. Aucun candidat en lice n'ayant gagné la majorité absolue aux votes exprimés, les Zimbabwéens doivent retourner aux urnes pour départager les deux protagonistes.

PRESSIONS

Comme il fallait s'y attendre, le MDC qui ne cesse de revendiquer sa victoire dès le premier tour, ne veut pas reconnaître les résultats officiels. Et pendant que le président sortant, ne s'avouant pas encore vaincu, a bien affûté ses armes pour tirer sa vengeance contre son adversaire au second tour, le candidat de l'opposition n'a toujours pas indiqué s'il se lancerait dans la course.

Entre-temps, le suspense entretenu par Morgan Tsvangirai commence à faire monter les enchères. Si l'intransigeant du MDC déciderait de boycotter, une hypothèse jugée peu probable par certaines sources, Mugabe, 84 ans, restera automatiquement à la tête du pays qu'il dirige depuis l'indépendance, en 1980.

Bien qu'elle soit soutenue par une certaine opinion politique, l'hypothèse d'un accord négocié sur la formation d'un gouvernement d'union nationale afin de juguler la tension au Zimbabwe ne semble pas tenir à cause d'un divorce consommé entre les deux hommes politiques. Face à cette situation, plusieurs observateurs craignent qu'un refus de Tsvangirai puisse aggraver la crise dans l'ancienne colonie britannique.

Liens Pertinents

Il y a péril en la demeure. Il faut sauver les meubles, préviennent plusieurs Africains qui estiment qu'il faut exercer des pressions sur Morgan afin de le convaincre de se présenter à la prochaine échéance électorale et demander au régime de Harare d'organiser un scrutin libre et transparent. C'est dans ce cadre que se justifie le déplacement du président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, hier lundi 5 mai dans la capitale zimbabwéenne où il s'est entretenu avec Robert Mugabe.

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