6 Mai 2008
Port Louis — Erosion des plages et appauvrissement de la biodiversité sont deux des maux dont souffrent nos zones côtières. Des consultants étudient leur gestion mais c'est maintenant qu'il faut agir.
Neuf mois. C'est le temps qu'on devra attendre pour la soumission du rapport des consultants en développement Landell Mills sur la structure d'un plan de gestion intégré des zones côtières. S'il est louable que les autorités planchent sur la problématique complexe des zones côtières, il est tout aussi évident que le temps est un élément dont nous ne disposons pas des masses. D'autant plus que la pullulation de développements touristiques sur la côte, tels les IRS, risque de déséquilibrer un réseau d'écosystèmes délicatement interconnectés.
Le prérapport de Landell Mills établit quelques-unes des causes de la dégradation de nos zones côtières. Ce qu'il faut comprendre d'emblée, c'est qu'en raison de son exiguïté géographique, l'île entière doit être considérée comme une zone côtière. En effet, même les activités humaines au centre du pays ont un impact sur le littoral, ce qui rend la tâche d'une gestion durable des zones côtières encore plus difficile. De plus, même si le changement climatique a un impact sur les régions côtières, on constate que les hommes sont à l'origine de la grande majorité des maux dont souffre le littoral. «Pendant les deux dernières décennies, la marge côtière a connu un développement très rapide avec la construction d'hôtels pour le secteur touristique et de maisons individuelles et d'appartements pour répondre à la demande de résidences secondaires près de la côte. L'absence d'une vraie planification et d'une application inadéquate des normes de construction ont donné lieu à une construction incontrôlée sur les zones côtières. Des constructions à proximité des plages ont causé leur érosion qui menace l'infrastructure et d'autres biens immobiliers ; le leaching provenant des fosses septiques des logements à haute densité et le drainage des fermes ont résulté en une pollution des lagons ; et l'exploitation du sable pour la construction a contribué à la réduction du réapprovisionnement naturel des plages.»
Autre fait inquiétant : la rapidité à laquelle avance l'érosion. Certaines zones «qui n'avaient pas été identifiées comme des zones critiques en 2003 sont devenues des zones critiques (par exemple, le nord-est) et une étude effectuée récemment sur les plages publiques a identifié sept zones critiques en termes d'érosion des plages couvrant 5 300 mètres». Parmi les zones les plus affectées par l'érosion, on compte Grand-Baie, Belle-Mare, Flic-en-Flac et Tamarin.
Coordination des efforts
L'érosion des plages n'est toutefois pas le seul casse-tête auquel sont confrontés les décideurs. Une pollution croissante, la disparition des zones humides, l'enlèvement des coraux et l'invasion d'espèces végétales exotiques sont quelques défis parmi d'autres qui devront être relevés si on veut arriver à une gestion durable des zones côtières.
Or, comme l'explique la présidente de la Mauritius Marine Conservation Society, Jacqueline Sauzier, les récifs coralliens, les lagons et les plages «dans leur ensemble» sont menacés. «Il y a un développement anarchique de l'activité touristique. Le gouvernement veut que le pays accueille 2 millions de touristes d'ici 2015. Où est-ce qu'on va les mettre ? Qu'est ce qu'ils vont manger ? Comment est-ce qu'on va les transporter ? Il faut planifier toutes ces choses-là maintenant !» Elle estime qu'il y a une prise de conscience mais qu'elle est très «erratique».
Et justement, pour ce qui est du tourisme, le prérapport de Landell Mills dresse une liste de desiderata pleine de bon sens. Il incombera aux autorités de passer au crible tous les sites d'hôtels potentiels afin de régler les problèmes environnementaux spécifiques à chaque site. Les consultants en développement préconisent également la création d'une Central Environment Authority qui devra mettre en oeuvre les règlements relatifs à la gestion des zones côtières. De son côté, la Beach Authority devrait développer «des capacités scientifiques et techniques». Finalement, les écoles hôtelières pourraient se doter d'un «composant environnemental», alors que les hôteliers devraient élaborer un code éthique auquel se conformeront les employés et les touristes.
Le prérapport montre que les autorités sont bien au fait des sévices subis par les zones côtières et de certaines solutions qui pourraient les endiguer. Mais là n'est pas le problème. Le hic sera de traduire avec assez de célérité les recommandations en actes concrets. Comme le rappelle le Dr Henri Agathe, expert national en gestion intégrée des côtes pour Maurice et Rodrigues, la coordination de tous les efforts sera vitale. «Maurice est extrêmement centralisé. Le pays n'a pas été capable de prendre en charge les problèmes locaux car les autorités locales n'ont pas suffisamment d'autonomie.» Le Dr Henri Agathe est d'avis qu'un système fiscal local devrait être mis sur pied et les recettes reversées aux autorités locales.
Le rapport de Landell Mills donnera donc le ton en matière de gestion intégrée des zones côtières. Il faudrait cependant commencer dès maintenant à traiter les zones côtières avec le discernement qu'elles méritent. Car, attendre la publication finale du rapport en se tournant les pouces équivaut à les condamner à une mort lente de laquelle toutes les recommandations du monde ne pourront les sauver.
Ces rapports restés sans suite
Il est souvent dit que "the road to hell is paved with good intentions". Si on suit cette logique, on pourrait également affirmer que «la route de l'immobilisme est jalonnée de rapports d'experts». Car ces rapports et autres plans de gestion fournissent l'alibi parfait aux autorités pour ne pas s'attaquer à des problèmes pressants. Quatre ans peuvent facilement passer entre le début de la réalisation d'un rapport et la mise en oeuvre de mesures concrètes. Pis, l'alternance politique fait en sorte que les rapports se retrouvent souvent au fond d'un tiroir obscur sans jamais servir à quoi que ce soit, sinon à gaspiller des fonds publics.
Prenons, par exemple, le Plan de gestion pour l'île d'Ambre compilé par le cabinet de consultants Agrer pour le compte du ministère de l'Agro-industrie en 2004. En vue de la richesse et de la fragilité de l'écosystème marin autour de l'île, les auteurs du plan de gestion avaient recommandé la conversion de l'île et de ses alentours en «Marine Protected Area» (MPA). «L'accès pour les bateaux à des fins éducatives et récréatives serait permis à l'intérieur de la MPA, mais des activités dégradantes, telles la pêche sur les récifs, la pêche à la seine et l'ancrage seraient interdits.» Le rapport avait également proposé la création de zones consacrées à l'éducation, la conservation et la sensibilisation, ainsi que la mise sur pied d'une assemblée locale composée de pêcheurs, opérateurs de bateaux et d'acteurs environnementaux. Quatre ans plus tard rien de tout cela n'a été fait.
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