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Algérie: Vibrant hymne pictural au combat du peuple algérien pour sa liberté


La Tribune (Algiers)
 

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La Tribune (Algiers)

6 Mai 2008
Publié sur le web le 6 Mai 2008

Sihem Ammour

Le MAMA accueillera jusqu'à la fin de ce mois une exposition d'oeuvres exceptionnelles où «l'Algérie et son combat étaient au coeur du monde ; un acte de liberté universelle, un prestige humaniste et une espérance» Jusqu'au 31 mai, le Musée d'art moderne algérien (MAMA) accueillera une exposition inédite intitulée «Les artistes internationaux et la révolution algérienne».

Placée sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, elle a été inaugurée il y a une semaine par la ministre de la Culture, Khalida Toumi, qui a souligné dans le catalogue de l'exposition que c'est avant tout une marque de gratitude et un hommage à tous ces artistes dont «la renommée mondiale comme l'immense talent furent une contribution émérite à l'indépendance de l'Algérie et leurs toiles, leurs dessins ou leurs gravures demeurent, aujourd'hui, un témoignage vivant de ce combat comme de l'honneur de leur engagement».

Des signatures aussi prestigieuses que celles de Picasso, de Matta ou de Masson, de Taslitzky, de Mireille Miailhe, de Fougeron, d'Henri Kréa, de Jean-Jacques Lebel, de Nasser Assar et tant d'autres sont présentes et témoignent de leur solidarité et de leur engagement aux côtés du peuple algérien en lutte pour sa liberté et sa dignité.

Parmi les oeuvres les plus marquantes, les organisateurs ont choisi comme emblème à cette manifestation le portrait au fusain de Djamila Boupacha, signé de la main de Picasso, le 8 décembre 1961. Il illustre l'engagement de l'artiste aux côtés de la révolution algérienne.

En effet, dans le but d'alerter l'opinion publique et de contribuer à sauver de la guillotine la jeune militante, ce dessin avait été publié à la une des Lettres françaises du 8 février 1962 et en couverture du plaidoyer de Simone de Beauvoir et de Gisèle Halimi publié chez Gallimard. Dans la présentation de cette exposition, il est expliqué que le mouvement de solidarité artistique, concentré autour des années 1950, s'appuie sur deux éléments essentiels marqués par la rupture tant dans la forme que dans le fond.

Tout d'abord, la rupture du premier noyau de la peinture moderne algérienne qui voit le jour grâce à des artistes tels que Benanteur, Issiakhem, Khadda et Mesli qui, lors de leur séjour parisien, marquent une véritable rupture avec l'orientalisme instrumentalisé par la colonisation. Ils puisaient leur inspiration moderne dans leurs racines identitaires pour une affirmation de la revendication nationale d'indépendance.

Ensuite, il s'agit d'une deuxième rupture, celle de l'art contemporain universel qui s'impose dans le monde à travers une multitude de courants et de tendances. «En rupture avec le classicisme, il se caractérise par un respect de l'identité artistique des peuples colonisés et s'accompagne de positions politiques forgées dans la résistance au nazisme et aspirant à la liberté des peuples et des individus.»

A ce sujet, Henri Alleg, dont la Question avait inspiré à sa parution à Matta une oeuvre picturale éponyme, avait écrit dans sa préface à l'Art et l'Algérie insurgée d'Anissa Bouayed, commissaire de l'exposition : «Des peintres algériens et étrangers, bouleversés par ce qu'ils savaient ou devinaient, ont, dans le sillage de Goya, traduit sur la toile leur indignation devant les horreurs de la guerre et leur solidarité avec les combattants de l'indépendance et de la liberté.»

Ainsi, M'Hamed Issiakhem et d'autres à sa suite, comme Myriam Ben, Abdallah Benanteur, Fares Boukhatem, Mohammed Khadda, Denis Martinez, Choukri Mesli, Ismaïl Samsom, Bachir Yelles ou Arezki Zerarti témoigneront de la résistance de leurs compatriotes. Entre 1957 et 1963, ils seront de plus en plus nombreux à prendre conscience et à témoigner de la guerre menée contre les Algériens et des méthodes employées par l'armée française et parmi eux Chafik Abboud, Dino Abidine, Vasco Gasquet, Renato Guttuso, Mariano Hernandez, Jean-Pierre Jouffroy, Ladislas Kijno, Robert Lapoujade, Jean Lurçat, Michel Parré, César Peverelli, Edouard Pignon, Yasse Tabuchi et le dessinateur Siné. Rappelons qu'il y a plus de quarante ans, en 1964, en prémices à l'ouverture d'un musée d'art moderne à Alger, 80 artistes de 26 nationalités différentes avaient participé à la salle Ibn Khaldoun à Alger à une exposition intitulée «l'art et la révolution algérienne», dont les oeuvres ont été offertes à l'Algérie indépendante.

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Après l'exposition, cette exceptionnelle donation fut déposée au Musée national des beaux-arts d'Alger qui la versa à ses collections. A travers cette exposition, il est ainsi possible de revoir ces oeuvres qui sont le symbole de la permanence de l'engagement des artistes internationaux aux côtés du peuple algérien et qui avaient un double but : «Remettre au peuple algérien un ensemble d'oeuvres inspirées de sa révolution, et constituer le premier fonds d'un futur musée d'art moderne qui devait être aussi le premier d'Afrique.»

Aujourd'hui, cet élan de solidarité se poursuit à travers la mobilisation des différentes institutions internationales, des ayants droit et d'artistes qui ont prêté gracieusement les oeuvres pour cette manifestation. Les organisateurs ont tenu encore une fois à exprimer leur gratitude envers eux. Particulièrement aux peintres Gosselin, Erro, Rancillac et Tyszblat pour la générosité du don qu'ils font à l'Algérie à l'occasion de cette exposition. Citons aussi Jacques Arnault, un combattant des libertés, auquel Issiakhem avait offert une densité de lumière peinte en 1960 nommée Algérie. Après avoir vécu 50 ans avec ce tableau, Arnault veut maintenant que l'Algérie retourne aux Algériens.

Pour conclure, citons l'universitaire Benamar Médiene, qui convie les Algériens à visiter «Les artistes internationaux et la révolution algérienne» qui se poursuivra jusqu'au 31 mai au MAMA en soulignant qu'«ils verront que l'Algérie et son combat étaient au coeur du monde ; un acte de liberté universelle, un prestige humaniste et une espérance.»



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